CHAPITRE IV
Si te luxe est nécessaire et utile*
Il est de rîniérêt de toute nation de former de grands hommes dans les arts et les sciences de la guerre, de l'administration, etc. Les grands talens sont partout le fruit de Fétude et de Tapplicalion; etThomme, paresseux de sa nature , ne peut être arraché au repos que par un motif puissant. Quel peut être ce motif? de grandes récompenses. Mais de quelle nature seront les récompenses décernées par une nation? Entendrait-on par ce mot le simple don du nécessaire? non sans doute. Le mot récompense désigne toujours le don de quelque superfluité (i), ou dans les plaisirs, ou dans les commodités de la vie. Or, toutes les superfluités dont jouit celui auquel elles sont accordées , le mettent dans un état de luxe par rapport au plus grand nombre de ses concitoyens. Il est donc évident que les esprits ne pouvant être arrachés à une stagnation nui-
(i) Dans les siècles héroïques, dans ceux des Hercule , des Thésëe , des Fingal , c'était par le don d'un riche carquois , d'une épée bien trempée , ou d'une belle esclave qu'on récompensait les Tertus des guerriers. Du temps de Manlius Capitolinus , c'était en agrandissant de deux acres les domaines d'un héros , que la patrie s'acquittait envers lui. La dixme d'une paroisse, aujourd'htfi cédée au plus vil moine , eût donc jadis été la récompense d'un Scévola ou d'un Horatius Goclès. Si c'est en argent qu'on paye aujourd'hui tous lés services rendus à la patrie, c'est que l'argent est représentatif de ces 9ncieDS , dons* L'amour des superfluités Ait en tous Iw temps le moteur de l'homme. Mats quelle manière, d'administrer les dons de la reconnaissance publique , et quelle espèce de superfluité faut-il préférer pour en feire la récompense des talens et de la vertu ? c'est un problème moral , Clément dîgne de l'attention du ministre et 4u phiioBophe.
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sible à la société, qne par Tespoir des récompenses, c'est-à-dire y des superfluités, la nécessité du luxe est démontrée I et qa'en ce sens le luxe est utile.
Mais , dira-t-on , ce n'est point contre cette espèce de luxe ou de superfluité, récompense des grands talens, que s'élèvent les moralistes : c'est contre ce luxe destructeur qui produit l'intempérance , et sur-* tout cette avidité de richesses corruptrices des mœurs d'une nation , et présage de sa ruine.
J'ai souvent prêté l'oreille aux discours des moralistes : je me suis rappelé leurs panégyriques vagues de la tempérance, et leurs déclamations encore plus va-* gués contre les richesses; et jusqu'à présent nul d'entre eux , examinateur profond des accusations portées contre le luxe, et des calamités qu'on lui impute, n'a, selon moi, réduit la question au point de simplicité qui doit en donner la solution.
Ces moralistes prennent-ils le luxe de la France pour exemple? je consens d'en examiner avec eux les avantages et les désavantages. Mais avant d'aller plus loin , est- il bien vrai> comme ils le répètent sans cesse : 1®. que le luxe produise l'intempérance nationale? 2"*. que cette intempérance enfante tous les maux qu'on lui attribue ?