CHAPITRE XII
Du pays où T argent rCa point cours.
L'argent est- il sans valeur dans im pays, quel moyen d'y faire le commerce ? par Change. Mais les ^changes sont incommodes. Aussi s'y fait-il peu de ventes, peu d'achats, et point d'ouvrages de luxe. Les liâbitans de ce pays peuvent être sainement nourris , bien vêtus, et non connaître ce qu'en France on appelle le luxe.
Mais un peuple sans argent et sans luxe aurait , à certains égards, des avantages sur un peuple opuleotw Qui, sans doute; et ces avantages sont tels, qu'en un pays où l'on ignorerait le prix de l'argent, peut-être ne potirrait-on l'y introduire sans crime. . Un peuple sans argent , s'il est éclairé , est communément un peuple sans tyrans (i). Le pouvoir ar-^ bitraire s'établit difficilement dans un royaume sans canaux , sans commerce et sans grands chemins. Le prince qui lève ses impôts en nature , c'est-à-dir^ en
(i) On pourrait dire aussi sans, ennemis. Qui se proposera d'attaquer un pays où Ton ne peut gagner que des coups ? On sait d^ail. leurs qu'un peuple tel que les Lacédémoniens , par exemple , est invincible 9 s'il est nombreux.
dfeiirétà, jpëut rarement soudoyef et rassembler le flotubire d'hotiimé^ nécessaire^ pcwir iheitré iine nation eut ferd.
Un priflbe d'Orient se flïl difficilement assis et soutÈtlu silr le tiràht dé Sparte où de Rodie naissante. Or, si le despotisme est le plus cruel fléau des nations, et la sdiirce là plus féeohdë de leur^ màlbétirs, la nonintroduction de Targent , qtil conimunémént les défend de la tyrannie , peut donc être regardée comme un bien.
Mais jouissait-<)Tl à Sparte de certaines commodités de la vie ? O riches et puissans qui faites cette question, ignor^e-Vdti^ i^u^ leh pays de luxe sont ceux où les peuples sont le plus misérables ! .
Serait-ce eh effet la sôthptuosité deà amebblêthens et les recberchbs dé la thoUesse cjui ct)nstitUdi'âient k félibité huibairte? il y aurait tk-ôp peu d'heureux. Placera-l-Oti le bonheur dans la délicatesse de la table? mais la différlstlie cilisihe des nations ptoUVe que la bonne chère n'e^t ^ùe la chère accoutUHiée.
Si des mets bien apprêtés irritent mon appétit et Aie donnent quelques sehsatiotis agréables, ils me dbnneiit à\issi des pesaiileurS , des thaladies ; et , tout cbhîj)ëhsé j le témj)ét'ânt est au bout de Yûû dli tnditts aussi hëtikeux que lé gourmand. Quiconque a faim et peut satisfaire ce besoin est iiontent (t). Un homme ést-il bien nourri , bien vêtu , le surplus de son bonheur dépetid de la matiière plus 6u liioinS agï^éablé dont il remplit , comme je le prouverai bientôt , f mïiersfalle tfui sépare un besoin Satisfait d'un besoih renaissant.
(i) Le paysan à-i-il dû lard et dés chôùx dâii§ ^dn pèl : il né désire bi là gelidot'e de4 AlpeS , ni la carpe du Rhin , ni l'ombre du lac de G enlève. Àucuil de ces h)éts» ne lui hiatlqué.
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