CHAPITRE VI
Là connaissance de la mérité est toujours utile.
L'houtmc obéit toujours à son intérêt bien ou ImI entendu : c*esi uncvériié défait; qa*on ht taise ou qu'on la dise y la conduite de f homme sera toujours la même. La révélation de cette vérité n'est donc pas nuisible. Mais de quelle utiKté pent-^Ue être? de la phis grande. Une fois assuré que l'homme agit toujours confoimém^t à son intérêt, le législateur infligera tant de peines au crime ^ accordera taftt de récompenses à la verta, que tout particulier aura intérêt d'étt^e vertOféus*
Ce législateur sait4l qu'ami de sft cc^servitftion,
(i) Tffuà^ vériiéf dit Je fronethe, n'est pus bonnp à,dire. Mais que «gnifie ce mot bonne? il est le sj^nonyme de sûre. Qui dit la vérité , s^ezpose sans doute à la persécution : c^est un imprudent; je le veux. L'imprudent est donc Tespèce d^omine là plus miie« II sème à ses frais des vérités dont ses concitoyens recueilleronl les fruits. Le mal e&t pour lui , et te profit pour eui^,^ ,
5o4 BE l'homme.
riiomme se présente avec craiiite an danger? Il attachera tant de honte et'd'in&mie à la lâcheté , tant d'honneur an conrage^ que le soldat anra, le jour de la bataille , plus d^întérét de combattre que de fiiîr.
Qu uniquement occupé de ses Ëintaisies j un homme mette son hien à fonds perdu y qu'il laisse ses enEains dans rindîgence, quel remède à ce mal? le mépris qu'on lui marquera. Fait-on connaître Thomme aux autres hommes , leur montre-t«on les crimes qu'il peut commettre; ils créeront les lois propres à les réprimer (i),'èt parviendront enfin à lier assez étroitement l'intérêt particulier à l'intérêt public , pour se nécessiter eux-mêmes à la vertu.
En toute espèce de science , l'écrivain doit chercher et dire la vérité. Faut-il en excepter la science de la morale ? En ce genre/ toute vérité :nouvelle n'est, comme je l'ai déjà dit, qu'un nouveau moyen d'améliorer la condition des citoyens. Le désir de leur bonheur seraitil un crime?
' En morale ^ c'est le vrai seul qu'il faut enseigner. Mais ne peut«H>n en aucun cas y sub^tuer des erreurs utiles? il n'en est point de telles : je le démontrerai ci-après. La rçligion elle-même ne rend point un peuple vertueux : les Romains modernes en sont la preuve. L'intérêt est notre unique moteur. L'on paraît sacrifier, . mais l'on ne sacrifie jamais son bonheur à celui d'autrui. Le$ eaux ne remontent point à leur source, ni les hommes contre le courant rapide de leurs intérêts. Qui le tenterait serait un fOu. De tels fous sont d'ailleurs en trop petit nombre pour avoir quelque influence sur la masse totale de la société. S'il ne s'agit que de former des citoyens vertueux, qu'est-il besoin, à cet effet, de . recourir à des moyens impossibles eft surnaturels?
(i) Lé législateur qui donne des lois suppose tous les bommes méchans , puisqu'il y^ut que tous j soient également soumis.
SECTION IX, CHAPITRE Vî. 5o5
, Qu'on fasse de l}onnes lois, elles dirigeront naturel-*- ^ement les citoyens au bien général en leur laissant suivre la pente irrésistible qui les porte à leur bien particulier. Une crainte respective et salutaire les contiendra dans les bornes du devoir. Les voleurs ont des lois; et peu d'entre eux les violent , parce qu'ils s'inspectent , et se suspectent. Les lois font tout. Si quelque Dieu, disent à ce sujet les pbilosophes' Siamois , fut réellement descendu du ciel pour instruire les hommes dans la science de la morale, il leur eût donné une bonne législation y et cette législation les eût nécessités à la vertu. En morale, oomme en physique , c'est toujours en grand et par des nioyeps simples que la Divinité opère.
Le résultat de ce Chapitre, c'est que la vérité, souvent odieuse au puissant injuste , est toujours utile au public. Mais n'est-il point d'instaiit où sa révélation puisse occasionner des troubles dans un empire ?