‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 160 sur 203 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De la liberté de la presse*

Tj'est à la contradiction, par conséquent à là Jiberté de la presse que les sciences physiques doivent leur perfection. Olez ceit,e liberté, que d'erreurs consacrées par. le tenîps seront citées comme des axiomes incontestables ! Ce que je dis du physique est applicabile au moral et au politique. Veut-on, en ce genre, s'assurer de la vérité de ses ppinions? il faut les promulguer. C'est à la. pierre de touche de la contradiction qu'il faut les éprouver. La presse doit donc être libre. Le magistrat qui la gêne s'oppose donc à la perfection de la morale et de la politique : il pêche contre sa n^on ; il étouffe jusque dans leurs germes les idées heureuses qu'eût produites cette liberté.

Le prince doit donc aux nations la vérité cotnme utile, et la liberté de la presse comme moyen de la découvrir. Partout oit cette liberté est interdite ', l'ignorance, comme une nuit profonde, s'étend sur tous les esprits. Alors, en cherchant la^vérité, ses amateur^ craignent de la découvrir. Ils sentent qu'une fois dé/couverte, il faudra, ou la taire , ou la déguiser lâchement, ou s'exposer à la persécution. Tout homme la redoute. S'il est toujours de l'intérêt public de connaître la vérité , il n'est pas toujours de l'intérêt particulier de la dire.

' La plupart des gpuvernemens exhortent encore le citoyen à sa recherche ; riiais presque tous le punissent de sa découverte. Peu d'hommes bravent à la longue la haine du puissant par pur amour de l'humanité et de la vérité. En conséquence; peu de maîtres qui la

révèlent à leurs élèves. Aussi Finstrucdon donnée maintenant dans les collèges et les séminaires se réduit-elle à la lecture de qudques légendes^ à la science de quelques sophismes propres à favoriser la superstition, à rendre les esprits (am et les cœurs inhumains. Il faut aux hommes une autre éducation ; il est temps qu'à de frivoles instructions, on en substitue de plus solides;^ qu'on enseigne anz citoyens ce qu'ils se doivent, à eux, à leur pi'ochain^ à leur patrie; qu'on leur fasse sentir le ridicule de» disputes religieuses (i), l'intérêt qu'ils ont de perfectionner la morale, et par conséquent de s'assurer la liberté de penser et d'^rire. • Mais que d'opinions bizarres n'engendrerait point cette liberté? qu'importe. Ces opinions, détruites par la raison aussitôt que produites, n'altéreraient pas la paix des états.

Point de prétextes spécieux dont l'hypocrisie et la tyrannie n'aient coloré le désir d'imposer silence aux hommes éclairés ; et , dans ces vains prétextes, nul citoyen vertueux n'aperçut de motif légitime pour la taire.

La révélation de la vérité ne peut être odieuse qu'à ces imposteurs qui, trop souvent écoutés des princes, leur présentent le peilj)le éclairé comme factieux , et le peuple abinili comme docile.

Qu'apprend au contraire l'expérience ? que toute nation instruite est sourde aux Taines déclamations du fanatisme , "et que l'injustice la révolte. C'est lorsqu'on me dépouille de la propriété de mes biens , de ma vie

(t) S*agît-il de religion, par quelle raison en défendre Texamen? fist«Ue vraie ^ elle peut supporter la preuve de la discussion. Estelle fausse ; en ce dernier cas , quelle absurdité de protéger une religion dont la morale est pusillanime et cruelle, et le culte à charge à Tétai par l'excessive dépense qu'exige Tentretten de ses ministres I

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et de ttia liberté, que je m'irrite; c*est alors que 1 esclave s'arme Oôntre le maître. Là vérité n'a pour ennemis que les ennemis mêriies du bien public. Les mécfaans s'opposent seuls à sa promulgation.

C'est peu de montrer que la vérité est mile; que l'homme la doit à rbomtile , et que la presse doit être libre : il faut de plus indiquer les maux qu'engendre ddns les empires l'indifférence pour la vérité.

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