LETTRE XXII
Je reçois dans ce moment , mou aimable petit-fils d'Apollon , une lettre de monsieur votre père , et une de vous. Le père ne. veut que me guërir, mais le fils veut faire mes plaisirs. Je suis pour le fils. Que je languisse, que je souffre , j'y consens , pourvu que vos vers soient beaux. Cultivez votre gënie , mon cher enfant ; je vous y exhorte hardiment, parce que je sais que jamais vos goûts ne vous feront oublier vos devoirs, et que chez vous Thomme, le poète et le philosophe seront également estimables. Je vous aime trop pgur vous tromper.
Macte animo, generose puer; sic iiur ad astra^ En allant adastra, n'oubliez pas Girey. Grâce au génie de madame du Châtelet^ Girey est sur la route. Elle vous fait ses complimens ; et moi je vous assure , sans compliment et sans formule, de l'amitié la plus tendre et de la plus sincère estime. Ces sentimenssi vrais ne souffrent point de très-humble et très. ...
Ce 10 août.
LETTRE XXIIL
Qvi eût cru que la v..i.. dût venger la philosophie? il en est cependant quelque chose« Avant hier quelques médecins tinrent conseil pour savoir si on rognerait le monsieur , ou si on ne le rognerait pas ; et je ne sais quel a été le résultat du conseil.
Gutent. Ils poarront (aire brûler quelque bon livre : mais ils seront honnis dans la so<nété, ils seront sans crédit dans la bonne compagnie; et c'est la bonne compagnie seule qui gouverne les opinions des hommes. Frère Elisée dirigera quelques badaudes ^ frère Menou quelques sottes de Nancy; il y aura encore quelques convulsionnaires' au cinquième étage; mais les bons serviteurs de la raison et du roi triompheront à Paris, à Voréy et même aux Délices.
On envoya à Paris, il y a deux mois , des ballots de V Histoire de Pierre-le-Grand. Robin devait avoir Thonneur de vous en présenter un , et à M. Saurin un autre. J'apprends qu'on a soigneusement gardé les ballots à la chambre nommée syndicale , jusqu'à ce qu'on eût con^ trefeit le livre ^ Paris. Grand bien leur fasse ! Je vous embrasse, vous aime, vous estime, vous exhorte à ras^ sembler les honnêtes gens , et à fiiire trembler les sots.