‹ Œuvres complètes d'Octave Feuillet Scenes et comediesChapitre 66 sur 74 · LES MÊMES, FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LES MÊMES, FRANÇOIS

pnAtçois.

On vient en toute hâte chercher Mademoiselle de la part du pauvre Kado, ce vieux bûcheron que Mademoiselle est allée visiter ce matin... Il est bien mal, Mademoiselle.

MADEMOISELLE DE KERDIC,

Comment, bien mal ?

LA FÉE

FRANÇOIS

11 est repris du tremblement, et la tête n'y esl plus, à ce que dit sa petile Marie.

Oh ! c'est un accès que j'attendais : je vais couper cela.

LE COMTE

Comment! vous êtes donc médecin. Mademoiselle?

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Est-ce que les fées n’ont pas été, de tout temps, versées dans la connaissance des simples? — Écoute, François, je te vais donner une potion, avec des instructions par écrit... tu vas y aller.

FRANÇOIS

Eh! Seigneur, Mademoiselle veut donc qu’on m’enterre demain ? Je ne ferais pas quinze pas dehors sans être assommé par la grêle ou emporté par l’ouragan... Écoutez donc le vacarme... de la neige, du vent et du tonnerre tout à la fois... c’est comme qui dirait un bouleversement de !a nature.

MADEMOISELLE DF. KERDIC, qui est ailée à la fenêtre.

Il est certain que le temps ne paraît pas beau... Tu as raison, mon anSi... il ne faut pas que tu sortes... A ton âge, ce ne serait pas prudent... (Elle réfléchit) J’y enverrais bien la vieille Marthe, mais elle esl trop bête... Je vais y aller, moi, tout bonnement... Vous voudrez bien m’excuser, monsieur de Commingcs, n'est-ce pas? (Elle prend dans un tiroir

de sa chiffonnière une fiole et un papier.)

LE COMTE

Mais, Mademoiselle, ne puis-je vous rendre ce petit service? '

.MADEMOISELLE DE KERDIC.

Vous! 01) ! grand Dieu ! (François sort )

SCÈNES l.T COMEDIES.

LE COMTE

Je vous jure que vous m’eu rendi ez un véritable à moimême, en me fournissant une occasion de vous être agréa- ' ble... car je succombe sous le poids de ma reconnaissance... Voyons, est-il donc si difficile d’administrer celte potion ?

MADEMOISELLE DE KERDIC

Vous y tenez! Sérieusement?

LE C.OMTB.

Je vous l’atteste.

MADEMOISELLE DE KEIIDIC, après un peu d'hésitation.

Eh bien, soit ! -Titien n’est plus facile. Voici la potion telle lui donne la Golc et le papier; et voici la manière de s’en servir. Malheureusement aucun de ces pauvres gens ne sait lire. Vous leur expliquerez ce qu'il y a à faire. — François va vous conduire jusqu'à la petite porte de mon jardin; vous trouverez là un sentier qui vous mènera directement à la chaumière du malade : c’est un bûcheron nommé Kado; il n’y a pas de fée sans bûcheron, vous savez ! .. François... Eh bien, où est-il ?

FRANÇOIS, rentrant arec une lanterne allumée et un grand manteau.

Tenez, Monsieur... prenez ça, — ou jamais vous ne vous en tirerez vivant...

LE COMTE

Merci bien, mon bonhomme. (Il prend la lanterne et se courre du grand manteau.) (A part, se royaut dans la glace.) Mc voilà bien

équipé... je ressemble à Diogène... Allons, partons 1

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Vous reviendrez?

FRANÇOIS

Parbleu! ne faut-il pas qu’U i apporte notre manteau et notre lanterne?

LA FÊE. 307

LE COMTE

Oui. certainement... je reviendrai vous faire mes adieux

(U sort avec François par la petite porte qui s'ouvre à gauche du buftet.)

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