‹ Œuvres complètes d'Octave Feuillet Scenes et comediesChapitre 72 sur 74 · I.A FJÎE · texte numérisé non relu

I.A FJÎE

(Mademoiselle de Kerdic «liante, avec un accompagnement très dous de l’orchestre, les paroles de la ballade

Ballade.

Dans la brume du soir Qui dort sous cc vieux chêne?

C'est Ro{(cr Beaumanoir,

Le jeune capitaine...

Pendant qu'au fond des bois Courent ses chiens danois.

(L'orchestre reprend la ritournelle de l’air.)

LE COMTE, à demi-voi J .

.Encore, je vous en prie, (il s’endort peu à peu.)

MADEMOISELLE DF. KERDIC.

’ Il

Il effeuille, en rêvant,

Dans la verte fontaine,

Il effeuille, en rêvant.

Des fleurs de marjolaine...

Pendant qu’au fond des bois Courent scs chiens danois.

(Le comte est endormi : mademoiselle de Kerdic se lève doucement, et le retarde, penchée sur lui; puis clic reprend d’une voix de plus en plus faible :)

lit

O mon jeune amoureux,

Des fleurs que la main sèmo, Dit la fêc aux yeux bleus,

Je tresse un diadème...

Pendant qu’au fond des bois Courent tes chiens danois.

LECOMTE, s'éveillant comme en sursaut.

Ah! où suis-je donc?... (U se lève étonné.) J’ai rêvé... c'était bien VOUS <]lte je voyais cependant... (Il la regarde avec surprise : mademoiselle de Kerdic semble avoir rajeuni; ses rides s’cflacenl ; scs ebevrui sont presque noirs.) C’est extraordinaire.

MADEMOISELLE DE KERDIC. souriant.

Qu’y a-t-il donc ?

LE COMTE

Vous n’avez plus vos soixante ans 1

M A D r MOISELLE DE KERDIC.

Bah ! vous me voyez à travers les derniers rayons de votre rêve...

LE COMTE

Cela sc peut... cela doit être... et cependant je jurerais , que vous êtes plus jeune de vingt années...

Eh bien ! qu'y aurait-il à cela de surprenant, monsieur de Comminges ? Les annales de la féerie ne sont-elles point remplies de pareilles aventures ?... Je me flatte que vous avez conçu pour moi un peu d’aflection... vous savez qu’il a suffi en tout temps de l’amour intrépide d’un jeune chevalier pour rompre le charme qui voilait la beauté de la fée sous les rides de la vieille décrépite... Vous n’en êtes encore malheureusement qu’à l’affection... et c’est pourquoi je n’ai rajeuni qu’à moitié... Peut-être un sentiment plus vif amènerait une métamorphose plus complète.

LE COMTE

Qu’à cela ne tienne... aussi bien cet étrange aveu brûle mes lèvres... Qui que vous soyez, Mademoiselle, et il y

LA F El'-,

a des instanis où ma tôle s’égaie à sonder ce mystère... qui que vous soyez, je n’ose dire que je vous aime... c’est un mot que j’ai trop profané... mais jamais femme ne m’inspira rien qui approche du respect profond... et passionné dont votre présence, dont votre langage, dont votre regard me pénètrent!... Je ne vous aime pas... je suis près de vousadorer...oui... pour cette seule soirée de simplicité, de calme, de vérité que je vous ai due... pour ce doux attendrissement dont vous avez rafraîchi mes yeux... je voudrais vous dévouer toute mon àme retrouvée... je vou- • drais... si ce n’était pas de l’égoïsme encore... enchaîner à jamais ma vie à vos côtés... non... à vos pieds !

MADEMOISELLE DE KERDIC, avec émotion et dignité, le regardant

• ‘ en face.

Est-ce vrai, monsieur de Comminges

LE COMTE

Sur mon honneur, c’est la vérité.

MADEMOISELLE DE KEHDIC.

Eh bien!. .. (Elle le regarde avec une sérénité souriante.) Eli bien ! . .

je sens que le charme fatal est rompu au dedans de moi... mais j’ai oublié les paroles sacramentelles qui doivent rendre le miracle visible aux yeux de tous... Il faut que je Consulte mon grimoire... (Elle lui sourit encore et disparait par la porte latérale.)

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