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CHAP. IV. — DU PRIX NATUREL ET DU PRIX COURANT

20, dans un autre de 25, et dans un troisième de 30 pour cent, ils continueraient toujours à présenter cette même différence relative, qui ne saurait augmenter : car si, par une cause quelconque, les profits d'un de ces genres d'industrie Ycnaient à hausser de 10 pour cent, cette hausse serait momentanée, et ils reviendraient promptement à leur taux ordinaire, ou les profits des autres commerces s'élèveraient dans la même proportion.

Supposons que toutes les marchandises soient à leur prix naturel, et par conséquent que le taux des profits du capital reste le même dans toutes les industries ; ou bien supposons que les profits ne diffèrent que parce que ces marchandises ont, dans l'esprit des parties intéressées, quelque avantage réel ou imaginaire dont on jouit ou auquel on renonce. Supposons ensuite qu'un changement dans la mode augmente la demande des soieries et diminue celle des étoffes de laine : leur prix naturel restera le même , car la quantité de travail nécessaire à leur production n'aura pas changé ; mais le prix courant des soieries haussera, et celui des étoffes de laine baissera. Par conséquent les profits du fabricant de soieries se trouveront au-dessus, et ceux du fabricant d'étoffes de laine , au-dessous du taux ordinaire des profits ; et ce changement survenu dans les profits s'étendra au salaire des ouvriers. Cependant la demande extraordinaire des soieries serait bientôt satisfaite, au moyen des capitaux et de l'industrie détournés des manufactures de draps vers celles de soieries ; et alors les prix courants des étoffes de soie et de laine se rapprocheraient de nouveau de leurs prix naturels , et chacune de ces branches de manufactures ne donnerait plus que les profits ordinaires.

C'est donc l'envie qu'a tout capitaliste de détourner ses fonds d'un emploi déterminé vers un autre plus lucratif, qui empêche le prix courant des marchandises de rester longtemps beaucoup audessus ou beaucoup au-dessous de leur prix naturel. C'est cette concurrence qui établit la valeur échangeable des marchandises, de telle sorte qu'après le paiement des salaires pour le travail nécessaire à leur production, et après les autres dépenses indispensables pour donner au capital engagé toute sa faculté de production, l'excédant de valeur est dans chaque espèce de manufacture en raison de la valeur du capital employé.

Dans le premier chapitre de la Richesse des Nations , tout ce qui

a rapport cà cette question est traité avec beaucoup de sagacité. Quant

à nous , après avoir pleinement reconnu les effets qui , dans certains

emplois du capital , peuvent modifier accidentellement le prix des

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denrées, celui des salaires et les profits des fonds sans avoir aucune influence sur le prix général des denrées, des salaires ou des profits; après avoir, dis-je, reconnu ces effets qui se font également sentir à toutes les époques de la société , nous pouvons les négliger entièrement en traitant des lois qui règlent les prix naturels , les salaires naturels et Les profits naturels , toutes choses indépendantes de ces causes accidentelles. En parlant donc de la valeur échangeable des choses, ou du pouvoir qu'elles ont d'en acheter d'autres, j'entends toujours parler de cette faculté qui constitue leur prix naturel, toutes les fois qu'elle n'est point dérangée par quelque cause momentanée ou accidentelle \

» La distinction entre le prix naturel et le prix courant que M. Ricardo admet après Smith , paraît être tout à fait chimérique. Il n'y a que des prix courants en économie politique. En effet , que voyons nous dans toute espèce de production? 1" des services productifs fonciers (l'action productive de la terre), dont le prix courant s'établit comme la valeur de toute autre chose, en raison composée de la quantité de ce service , offerte et demandée en chaque lieu ; 2° des services rendus par des capitaux productifs dont le prix courant, le loyer, se règle sur les mêmes motifs ; 3» enfin des travaux de tout genre , dont le prix courant dépend des mêmes causes.

Qu'est-ce qui établit la demande du service productif de ces divers agents ? la demande qu'on fait du produit qui doit en résulter. Et qu'est-ce qui établit la demande de ce produit ? le besoin qu'on en a , l'utilité dont il est.

Mais comme on n'achète un produit qu'avec un autre produit *, et que le produit qui achète n'a pu exister de son côté que par des services productifs analogues à ceux qui ont donné naissance au premier, les hommes qui composent la société ne font, dans la réalité, qu'offrir les services productifs propres à un genre de production, en échange des services productifs propres à un autre genre, propres à créer le produit dont ils ont besoin, — et par services productifs j'entends non - seulement les services que rend le travail que l'auteur aurait dû nommer industrie , mais de plus les services que rendent les capitaux et les terres.

Il en résulte , pour chaque genre , une quantité d'offres et de demandes qui règle la valeur courante , le prix courant de tous ces différents services. Il n'y a point là de prix naturel, de taux commun et fixe , parce qu'il n'y a rien de fixe dans ce qui tient aux valeurs.

Ce n'est pas un prix que le taux auquel une chose ne se vend pas ; et si elle se vend à ce taux, ce taux devient son prix courant.

Tout le reste est hypothétique et de peu d'usage dans la pratique. — J.-B. Say.

" L'argent ou la monnaie ne sont qu'un intermédiaire qui ne reste pas entre les mains des contractants. L'argent qui paie un produit n'a été acquis que par la vente d'un autre. On a vendu son blé pour acheter son drap ; c'est comme si l'on avait échangé du blé contre du drap. L'argent qui a servi à cet dchauge est allé ailleurs.

CHAP. V. — DES SALAIRES. fiT

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