‹ Œuvres completesChapitre 65 sur 121 · CH. XXV. — DU COMMERCE COLONIAL · texte numérisé non relu

CH. XXV. — DU COMMERCE COLONIAL

la concurrence de ses com])atriotes empêche le vendeur de vendre ses marchandises au-dessus de leur prix naturel ; ce qu'il eût fait, soit qu'il les exportât en France, en Espagne , aux Indes occidentales, soit qu'il les vendît pour la consommation de l'intérieur.

En quoi donc consiste l'avantage de cette stipulation du traité? Le voici. Il n'aurait pas été possible de fabriquer ces marchandises en Angleterre pour l'exportation , si ce pays n'avait pas le privilège exclusif d'en approvisionner le marché en question ; car la concurrence des pays dans lesquels le prix naturel est plus bas lui aurait ôté toute chance de pouvoir vendre ses marchandises. Gela inquiéterait cependant fort peu l'Angleterre, si elle était bien sûre de pouvoir vendre pour une valeur aussi forte d'autres produits de ses manufactures, soit dans le marché français, soit autre part, avec le même bénéfice. L'objet que l'Angleterre se propose est d'acheter en France pour une valeur de 5,000 l. st. de vins; elle voudrait donc vendre dans un marché quelconque, des marchandises qui puissent lui rapporter ces 5,0001. st. Si la France lui accorde le monopole du drap, l'Angleterre y enverra aussitôt du drap pour l'échanger contre le vin dont elle a besoin ; mais si le commerce est libre, la concurrence de l'industrie des autres pays peut empêcher que le prix naturel du blé ne soit assez bas pour qu'en le vendant, elle retire ces 5,000 1. ,en|obtenant en même temps les profits ordinaires du capital employé dans ce genre de manufacture. Il faut donc que l'industrie de l'Angleterre se porte vers un autre objet. Mais il se peut qu'il n'y ait aucun de ses produits, qu'elle puisse, eu égard à la valeur actuelle de l'argent , vendre au prix naturel des marchandises des autres pays. Quelle en sera la conséquence? Comme les buveurs de vin, en Angleterre, sont encore disposés à dépenser 5,000 l. st. en vin de France, il faudra qu'on exporte dans ce pays 5,000 l. st. en argent pour y acheter ce vin. Cette exportation de numéraire en fera hausser la valeur en Angleterre, en la faisant baisser dans les autres pays ; et le prix naturel de tous les produits de l'industrie anglaise baissera aussi en même temps ; car la hausse du prix de l'argent équivaut h la baisse du prix des marchandises. On pourra alors se procurer les 5,000 1. par l'exportation de marchandises anglaises; car, après la réduction de leur prix naturel, elles pourront soutenir la concurrence avec les marchandises des autres pays. Il faudra cependant vendre une quantité plus considérable de marchandises à bas prix pour obtenir les 5,000 1. dont on a besoin; et quand on les aura obtenues, elles ne s'échangeront plus contre la même quantité de vin qu'auparavant ; car pendant que la diminution de numéraire en Angleterre y aura fait bais-

ser le prix naturel des marchandises , 1 augmentation d'argent en France y fera monter le prix naturel des marchandises et du vin. On importera donc moins de vin en Angleterre en échange de ses produits, quand le commerce sera entièrement libre, que lorsque ce pays sera particulièrement favorisé par des traités de commerce. Cependant, le taux des prolits ne varierait pas; le numéraire aurait changé de valeur relative dans les deux j)ays, et l'avantage que la France en retirerait , serait d'obtenir une plus grande quantité de marchandises anglaises en échange d'une quantité déterminée de produits français; et la perte pour l'Angleterre consisterait en ce qu'elle obtiendrait une moindre quantité de marchandises françaises en échange des marchandises anglaises.

Le commerce étrauger se soutiendra donc toujours, qu'on y mette des entraves, qu'on l'encourage, ou qu'il soit libre; et il ne peut être réglé que par le changement du prix naturel , et non par le changement de la valeur naturelle des frais de production dans chaque pays, et ce changement s'opère dès qu'on altère la distribution des métaux précieux. Cette explication confirme l'opinion que j'ai émise ailleurs, qu'il n'y a pas d'impôt, de prime ou de prohibition sur l'importation ou l'exportation des marchandises, qui ne donne lieu à une différente distribution des métaux précieux, et qui, par conséquent, ne modifie dans tout pays le prix naturel et le prix courant des marchandises.

Il est donc évident que le commerce avec les colonies peut être réglé de manière qu'il soit en même temps moins avantageux pour tes colonies et plus lucratif pour la métropole, qu'un commerce parfaitement libre. De même qu'il serait désavantageux pour un consommateur d'être restreint à n'acheter que dans une seule boutique, de même est-il nuisible pour une nation de consommateurs d'être'forcée de n'acheter que dans un seul pays. Si la boutique, ou le pays en question, peut fournir les marchandises demandées à meilleur marché, ils sont bien siirs de les vendre sans avoir besoin pour cela d'aucun privilège exclusif; et s'ils ne peuvent pas les livrer au prix le plus bas , l'intérêt général demanderait qu'on ne les encourageât point à continuer un commerce qu'ils ne peuvent pas faire avec un avantage égal à celui de leurs rivaux. La boutique et le pays qui vendraient exclusivement pourraient perdre à ce changement d'emploi ; mais l'intérêt généra' n'est jamais si bien assuré que par la distribution la plus pioductiNc du capital général, c'est-à-dire par un commerce universellement libre.

L'augmentation des frais de production ne diminue pas nécessai-

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renient la consommation d'un produit, si ce produit est de première nécessité; car, quoique en général les ressources des consommateurs se trouvent diminuées par la hausse d'une marchandise quelconque , ils peuvent cependant renoncer à la consommation de ([uelque autre produit dont les frais de production n'ont pas augmenté. Dans ce cas, l'offre et la demande conserveront la même proportion que par le passé : les frais de production seuls auront augmenté, et cependant le prix haussera; et il doit hausser, pour mettre les prolits du créateur du produit renchéri au niveau des profits des autres commerces.

M. Say convient que les frais de production sont le fondement du prix , et pourtant , dans plusieurs endroits de son livre , il soutient que le prix est réglé par la proportion entre l'offre et la demande. Le régulateur réel et définitif de la valeur relative de deux produits quelconques , c'est ce que la production de chacun a coûté , et non les quantités respectives de cliacun de ces produits , ni la concurrence ]mrnii les acheteurs.

Selon Adam Smith, le commerce colonial de l'Angleterre étant un de ceux dans lequel il ne peut y avoir d'employés que des capitaux anglais, fait monter le taux des prolits de tous les autres commerces, et comme, selon lui, les hauts prolits, ainsi que les forts salaires , font hausser le prix des produits, le monopole du commerce colonial a été, à ce qu'il croit, nuisible à la mère-patrie, dont il a diminué la faculté de pouvoir vendre des objets manufacturés à un prix aussi bas que les autres pays. « Par l'effet du monopole, dit-il, l'accroissement du com- ' merce des colonies a bien moins été, pour le commerce général de la » Grande-Bretagne, la cause d'une addition à ce qu'il était aupara- ' vaut, que celle d'un changement total de direction. Secondement, ce

> monopole a contribué nécessairement à maintenir , dans toutes les

> branches différentes du commerce de la Grande-Bretagne , le taux ' des profits à un degré plus haut que celui où il se serait tenu na- » iurellement, si le commerce avec les colonies anglaises eut été ou- » vert à toutes les nations.... Or, tout ce qui fait monter dans un » pays le taux ordinaire du profit plus haut qu'il n'aurait été sans » cela, assujettit nécessairement ce pays en même temps à un désavan- » tage absolu et à un désavantage relatif dans toutes les autres bran- » ches de commerce, dont il n'a pas le monopole. Il assujettit ce pays à '> un désavantage absolu, attendu que, dans toutes les autres bran- » ches de commerce , ses marchands ne peuvent retirer ce plus gros » prolit sans vendre à la fois, et les marcfiandises des pays étrangers >' qu'ils importent dans le leur, et les marchandises de leur propre

» pays qu'ils exportent à l'étranger, plus cher qu'ils ne les eussent » vendues sans cela. Il faut, à la fois , que leur propre pays vende » plus cher qu'il n'aurait fait sans cela; qu'il achète moins et vende » moins; qu'ii jouisse moins et qu'il produise moins.

» On entend souvent nos marchands se plaindre des hauts

» salaires de nos ouvriers, comme étant la cause de ce que les ouvra- » ges de leurs fahriques ne peuvent soutenir la (M>ncurrence dans les >> marchés étrangers; mais on ne les entend jamais parler des hauts » profits du capital. Ils se plaignent des gains excessifs des autres, » mais ils ne disent rien du leur. Cependant les hauts profits du ca- » pital , en Angleterre , peuvent contribuer , dans beaucoup de cir- » constances, autant que les hauts salaires qu'on y paie aux ouvriers, » et, dans quelques circonstances , contribuent peut-être davantage » à faire hausser le prix des ouvrages des fabriques anglaises »

J'admets que le monopole du commerce avec les colonies doit dé ranger, et quelquefois d'une manière désavantageuse, la direction des capitaux; mais d'après ce que j'ai déjà dit au sujet des profits, on verra , je crois, qu'aucun déplacement du commerce étranger et aucun changement du commerce intérieur pour le commerce avec l'étranger, ne sauraient affecter le taux des prolits. La perte qui en résultera est celle que je viens d'exposer ; elle consiste dans une moins bonne distribution des capitaux et de l'industrie, et par suite dans une diminution de production. Le prix naturel des produits haussera , et par conséquent, quoique le consommateur soit en état d'acheter pour une même valeur en argent , il n'obtiendra , avec cet argent , qu'une quantité moindre de marchandises. Et lors même que le monopole aurait pour effet de faire hausser les profits , il n'occasionnerait pas le moindre dérangement dans les prix ; car le prix n'est réglé ni par les salaires ni par les profits.

Adam Smith lui-même paraît en convenir, quand il dit que « le » prix des choses, ou la valeur de l'or et de l'argent, comparée aux '» marchandises, dépend de la proportion qu'il y a entre la quantité » de travail nécessaire pour faire arriver au marché une certaine » quantité d'or et d'argent, et la quantité de travail nécessaire pour « y faire arriver une certaine quantité de marchandises d'une autre » espèce. » Cette quantité restera la même, que les profits et les salaires montent ou baissent. Comment donc le prix peut-il hausser par l'effet des hauts profits?

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