‹ Œuvres completesChapitre 79 sur 121 · DE L OPINION DE M. MALTHUS SUR LA RENTE · texte numérisé non relu

DE L OPINION DE M. MALTHUS SUR LA RENTE

Quoique je me sois étendu assez longuement , dans les premiers chapitres de cet ouvrage , sur la nature de la rente , je me crois cependant obligé d'examiner certaines opinions émises sur cette matière , opinions qui me paraissent fausses, et qui sont d'autant plus dangereuses, qu'elles se trouvent énoncées dans les écrits d'un penseur auquel diverses branches de l'Economie politique doivent plus qu'à aucun autre auteur vivant. Je saisis cette opportunité pour témoigner de mon admiration pour V Essai s^^r la population, de M. Malthus. Les attaques des adversaires de cet admirable ouvrage n'ont servi qu'à démontrer la solidité des doctrines qu'il renferme, et je suis convaincu que la réputation bien méritée de son auteur s'étendra à mesure qu'on cultivera davantage la science dont il est l'un des ornements les plus distingués. M. Malthus a aussi expliqué d'une manière satisfaisante la théorie de la rente, et il a fait voir qu'elle monte ou s'abaisse selon les avantages relatifs de fertilité ou de situation des différents terrains en culture. Par là il a répandu beaucoup de lumières sur plusieurs points difficiles qui ont du rapport avec le fermage , et qui étaient inconnus auparavant ou trèsimparfaitement compris; il me paraît cependant être tombé dans quelques erreurs, que son autorité rend plus nécessaire de combattre ; et ce devoir devient moins pénible en raison de la noble simplicité qui le caractérise.

Une de ces erreurs consiste dans la supposition que la rente est un profit net , et une nouvelle création de richesse.

Je n'admets pas toutes les opinions de M. Buchanan au sujet de la rente ; mais je suis parfaitement d'accord avec les observations contenues dans le passage suivant de son ouvrage, et qui a été transcrit par M. Malthus. Par la même raison, je ne saurais adopter le commentaire que ce dernier auteur en donne :

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« Sous ce point de vue , la rente ne peut rien ajouter au capital » de la communauté en général; car l'excédant net en question n'est » rien de plus qu'un revenu qui passe des mains d'une classe de la » société dans celles d'une autre , et il est évident que cela ne peut w pas créer un fonds susceptible de couvrir l'impôt. Le revenu qui » paie les produits de la terre, existe déjà entre les mains de ceux » qui achètent ces produits, et si le prix des subsistances était plus w bas, il resterait dans leurs mains, où il serait tout aussi aisé de « le soumettre à un impôt , que lorsque , en raison d'un prix plus » élevé, il a passé dans les mains du propriétaire foncier. »

Après diverses observations sur la différence qui existe entre les produits de l'agriculture et les objets manufacturés, M. Malthus demande : « Est -il dès lors possible de considérer la rente , avec » M. de Sismondi, comme un simple produit du travail, comme » une valeur purement nominale , et qui n'est que le résultat de » cette augmentation de prix qu'un vendeur obtient par l'effet d'un » privilège spécial; ou, avec M. Buchanan, comme n'ajoutant rien » à la richesse nationale, et comme une simple transmission de va- » leur qui n'est avantageuse qu'aux propriétaires , et qui est , dans * la même proportion, nuisible aux consommateurs * ? ••

J'ai déjà, en traitant de la rente, exprimé nettement mon opinion, et j'ajouterai que la rente est une création de valeur, dans le sens que je donne à ce mot, mais non une création de richesse. Si le prix du blé, en raison de la difficulté d'en produire une portion quelconque, haussait de 4 à 5 1. le quarter, un million de quarters vaudrait 5,000,000 1. au lieu de 4,000,000 1. ; et puisque ce blé s'échangera, non-seulement contre plus d'argent, mais aussi contre une plus grande quantité de toute espèce de marchandises, il est clair que les propriétaires auront une valeur plus forte ; et comme cela ne diminuera la richesse de personne, la société entière possédera une somme plus considérable de valeur, et dans ce sens la rente devient une création de valeur. Mais cette valeur peut être regardée comme nominale, en ce qu'elle n'ajoute rien à la richesse de la société, c'est-àdire à la masse des choses nécessaires, commodes ou agréables. Nous aurions toujours précisément la même quantité de choses, pas davantage, et le même million de quarters de blé ; mais l'effet de la hausse du blé, de 4 à 5 1., serait de faire passer une partie de la valeur du blé et des autres marchandises des mains de leurs anciens

* An Inquiry into the nature and progress o/Rent, pag. 1.)

possesseurs dans celles des propriétaires. La reutee est donc une création de valeur, mais non une création de richesse. Il n'ajoute rien aux ressources du pays ; il ne lui fournit pas les moyens d'entretenir des escadres et des armées ; car le pays aurait un fonds disponible plus considérable si son terrain était d'une meilleure qualité, et il pourrait employer le même capital sans donner naissance à la rente.

Dans une partie de son ouvrage, M. Maltlius observe que, « la « cause immédiate de la rente est évidemment l'excédant du prix » sur les frais de production, obtenus par la vente des produits » agricoles sur le marché : » et dans un autre endroit il dit que > les causes du haut prix des productions agricoles peuvent se ré- » duire aux trois suivantes :

) En premier lieu, et c'est la cause la plus importante, vient la » qualité de la terre, qui permet d'en retirer une quantité plus con- » sidérable de choses nécessaires à la vie. En second lieu, se place ) la propriété particulière qu'ont les choses nécessaires à la vie, de » pouvoir se créer d'elles-mêmes une demande, ou de faire naître » un nombre de consommateurs proportionné à la quantité de ces « denrées produites : en troisième lieu, enfin, la rareté comparative « des terrains plus fertiles. »

En parlant du haut prix du blé, il est évident que M. Malthus ne veut pas parler du prix par quarter ou par boisseau, mais plutôt de l'excédant de prix de toute la production sur les frais qu'elle a coûtés, entendant toujours, par frais de production, les profits aussi bien que les salaires. Cent cinquante quarters de blé, à 3 1. 10 sh. le muid , doivent rapporter une plus forte rente au propriétaire que cent quarters à 4 1., pourvu que les frais de production soient les mêmes dans les deux (;as.

L'élévation du prix, si l'on prend l'expression dans ce sens, ne peut être dite la cause de la rente. On ne saurait dire que « la cause « immédiate de la rente est évidemment l'excédant des prix sur « les frais de production ; « car c'est précisément cet excédant qui constitue la rente. M. Malthus a défini la rente « la portion de » la valeur de tout le produit qui reste au propriétaire de la terre, « après qu'il a payé tous les frais de sa culture , — de quelque » nature qu'ils soient , et y compris les profits du capital employé, » estimé d'après le taux courant et ordinaire des profits agricoles » à une époque déterminée. » Or, ce que la rente de cette portion peut rapporter en argent est le montant de la rente en argent; c'est

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ce que M. Malthus appelle « l'excédant du prix sur les frais de » production; » et par conséquent, en recherchant les causes qui peuvent faire monter le prix des produits agricoles, comparé avec les frais de production , nous recherchons les causes qui peuvent faire monter les rentes.

Par rapport à la première cause de hausse , M. Malthus fait les observations suivantes : « Il nous reste encore à connaître pourquoi » la consommation et l'approvisionnement sont tels , qu'ils font » monter le prix si fort au-dessus des frais de production. La cause » principale est évidemment la fertilité de la terre qui produit les » choses nécessaires à la vie. Diminuez cette abondance, diminuez la » fertilité de la terre, et l'excédant diminuera ; diminuez-la encore , » et il disparaîtra. » Certes, l'excédant des choses nécessaires diminuera et disparaîtra, mais ce n'est pas de cela dont il est question : il s'agit de savoir si l'excédant du prix de ces objets de première nécessité sur les frais de production diminuera ou disparaîtra; car c'est de cette circonstance que dépend la rente en monnaie. De ce que l'excès de quantité doit diminuer et disparaître, M. Malthus estil en droit de conclure que « la cause de l'excédant de prix des choses w nécessaires dépend de leur abondance plutôt que de leur rareté, et » est non-seulement essentiellement différente de la cherté occasion- » née par des monopoles artificiels , mais encore du prix élevé des » produits particuliers de la terre , autres que les subsistances, pro- " duits qu'on peut nommer des monopoles naturels et nécessaires? »

N'y aurait-il pas des circonstances dans lesquelles la fertilité de la terre et l'abondance de ses produits peuvent éprouver une diminution sans en occasionner une pareille dans ce produit net, c'est-àdire , sans occasionner une diminution des rentes? Si ce cas peut exister, la proposition de M. Malthus devient beaucoup trop générale ; car il me semble qu'il pose en principe général , que la rente doit hausser par l'augmentation de la fertilité de la terre , et qu'elle doit baisser par la diminution de sa fertilité.

M. Malthus aurait raison sans doute, si, à mesure que la terre rendrait plus de produits, il en était payé une^plus forte part au propriétaire; mais il en arrive tout autrement. Quand il n'y a en culture que les terrains les plus fertiles, le propriétaire n'a que la moindre part de tout le produit, aussi bien que la moindre valeur, et ce n'est que quand on a besoin des terres de qualité inférieure, pour nourrir une population croissante, que la part de tout le produit qui revient au propriétaire, ainsi que sa valeur, augmentent progressivement.

Supposons que la demande soit de un million de quarters de blé , et que ce soit le produit des terres actuellement eu culture ; supposons encore que la fertilité de ces terres soit tellement diminuée , qu'elles ne rendent plus que neuf cent mille muids, la demande étant de un million de muids, le prix du blé hausserait, et il faudrait avoir recours à des terrains d'une qualité inférieure plus tôt qu'on ne l'aurait fait si les bonnes terres avaient continué à produire un million de quarters.

€'est cette nécessité de mettre des terres d'une qualité inférieure en culture , qui est la cause de l'augmentation de la rente. La rente n'est pas, il faut se le rappeler, en proportion de la fertilité absolue des terres en culture, mais en proportion de leur fertilité relative. Toute cause qui portera les capitaux vers la culture des terrains ingrats doit la faire hausser, puisque la rareté comparative des terrains les plus fertiles est la source de la rente , ainsi que M. Malthus l'a annoncé dans sa troisième proposition. Le prix du blé doit naturellement s'élever par suite de la difficulté qu'on éprouve d'en obtenir les dernières portions ; cependant , comme les frais de production ne s'accroîtront pas sur les terres les plus fertiles , que le salaire et les profits, pris ensemble, conserveront la même valeur \ il est clair que l'excédant du prix par delà les frais de production, ou, en d'autres termes , la rente , doit monter par suite de la diminution de fertilité de la terre , à moins qu'une grande réduction de capital, de population et de demande ne s'y oppose.

Il ne parait donc pas que la proposition de M. Malthus soit exacte ; la rente ne monte ni ne baisse d'une manière immédiate et nécessaire à proportion de l'augmentation ou de la diminution de la fertilité de la terre; mais l'augmentation de sa fertilité la rend susceptible de payer à la longue une rente plus forte. Des terres très-peu fertiles ne peuvent jamais fournir un rente; des terres médiocrement fertiles peuvent supporter de payer une rente modique lorsque la population s'accroît; et, dans ce même cas, les terres très-fertiles peuvent payer une grosse rente, mais ce n'est pas la même chose dé pouvoir supporter une forte rente, et de la supporter effective-

* Voyez le chapitre des Profits, où j'ai essayé de démontrer que, quelque facilité ou difficulté qu'on puisse rencontrer dans la production du blé, les salaires et les profits conservent la même valeur. Quand les salaires haussent, c'est toujours aux dépens des profits, et quand ils baissent les profits s'en augmentent.

fNote de l' Auteur. J

C[I. XXXII. — DE L'OPliNION DE M. MALTIiUS SUU LA RENTE. 377

ment. Les rentes peuvent être plus basses dans un pays dont les terres sont extrêmement fertiles, que dans un autre où elles ne sont que d'un rapport médiocre; car la rente est en raison de la fertilité relative plutôt que de la fertilité absolue , en raison de la valeur des produits plutôt que de leur abondance. M. Malthus dit que « la cause » qui fait que des choses nécessaires à la vie donnent un produit » net , tient plutôt à l'abondance de ces denrées qu'à leur rareté , et » diffère essentiellement à la fois de l'élévation des prix occasionnée w par des monopoles artificiels et du haut prix de certains produits » naturels, autres que les subsistances, et que l'on peut nommer des « monopoles naturels et nécessaires, »

N'arrive-t-il donc jamais que la fertilité de la terre et la richesse de ses produits diminuent sans diminuer nécessairement le produit net ou la rente? Si ce fait n'est pas sans exemple, la proposition de M. Malthus prend donc un caractère trop absolu : car il paraît avoir établi avec l'inflexibilité d'un principe , que la rente s'élève ou s'abaisse toujours lorsque s'élève ou s'abaisse la fertilité de la terre.

M. Malthus aurait incontestablement raison, si la part du propriétaire se grossissait proportionnellement à l'abondance croissante des récoltes sur tout domaine : mais c'est dans le contraire précisément qu'il faut aller chercher la vérité. Lorsque les terres d'une fertilité supérieure sont seules livrées à la culture, la part du propriétaire, en quantité et^en valeur, est à son minimum; et c'est seulement lorsque les besoins d'une population croissante ont provoqué le défrichement des sols moins riches, qu'augmente progressivement cette part.

Supposons que les nécessités de la situation fassent demander un million de quarters de blé, et que ce million soit récolté sur la superficie de terrain actuellement cultivée ; supposons encore que la fertilité de ce territoire s'altère au point de ne plus donner que 900,000 quarters : la demande restant toujours d'un million de quarters, le prix du blé s'élèverait, et on devancera ainsi le moment où l'on aurait défriché les terrains inférieurs, si la fertilité de l'ancien sol était restée la même. Mais c'est précisément l'indispensable, l'implacable nécessité du recours à des terrains moins riches qui crée et élève la rente, et qui l'élève alors même que le blé reçu par le propriétaire se trouve réduit en quantité. La rente, il faut bien se le rappeler, n'est pas en proportion de la fertilité absolue des terres cultivées, mais en proportion de leur fertilité relative. Toute cause qui fait affluer le capital sur un sol pauvre accroît la rente sur les qualités supérieures,

— l'origine, la source de la rente étant, comme l'a établi M. Malthus dans la troisième proposition , « la rareté comparative des sols fertiles. »

Le prix du blé s'élèyera naturellement à mesure que grandiront les difficultés de la production, et, quoique la quantité récoltée sur une ferme ait diminué , la valeur de cette récolte aura augmenté. Mais comme le coût de la production ne croîtra pas sur les terres les plus fertiles, comme les salaires et les profits , pris ensemble, conserveront toujours la même valeur , il est évident que l'excédant du prix sur des frais de production, en d'autres termes, que la rente, à moins d'être entravée par une grande réduction de capital , de population et de demande, croîtra parallèlement à l'épuisement des terres. La proposition de M. Maltbus ne me paraît donc pas parfaitement exacte. La rente ne s'élève pas et ne s'abaisse pas immédiatement, nécessairement lorsque grandit ou diminue la fertilité de la terre : mais en gagnant en fertilité, la terre peut supporter et supporte un loyer plus considérable. Des terres d'une richesse très-médiocre ne peuvent jamais donner de rentes ; celles d'une fertilité moyenne peuvent, grâce au mouvement ascendant de la population, donner une rente modérée ; enfin, celles des catégories supérieures donneront de forts loyers , mais il y a une grande différence entre l'aptitude à payer une rente et le paiement actuel, effectif de cette rente. La rente peut être plus basse dans un pays où les terres sont excessivement fécondes, que dans un territoire dune richesse moyenne; car elle se proportionne à la fertilité relative plutôt qu'à la fertilité absolue, à la valeur du produit plutôt qu'à son abondance.

M; Malthus suppose que la rente provenant des terres qui produisent ces denrées spéciales, qu'on a pu appeler des monopoles naturels et nécessaires, est réglée par un principe différent de celui qui régit la rente de ces terres qui produisent des subsistances. 11 croit que c'est la rareté de ces produits privilégiés qui créent une forte rente, et que, pour les subsistances, c'est leur multiplicité au contraire qui amène ce résultat.

Cette distinction ne me paraît pas fondée : car vous élèverez tout aussi immédiatement la rente des terres qui donnent les vins précieux que celle des terres à blé, en accroissant le produit. Il va sans dire que la demande de blé se sera accrue, car autrement, un afflux de céréales sur le marché abaisserait, au lieu de l'augmenter, la rente des terres à blé. Quelle que soit d'ailleurs la nature de la terre, une rente élevée dépend du haut prix du produit; mais ce haut prix une

cil. XXXII. -DE L'OPIMOxN DE M. MALTHUS SUR LA RENTE. 370

fois acquis, la rente s'élèvera dans le rapport de l'abondance et non de la rareté de ces denrées.

11 n'y a nul besoin de produire constamment une denrée dans une quantité plus grande que la demande ne l'exige. Si, par basard, la production excédait la demande, cette denrée tomberait au-dessous de son prix naturel, et par conséquent elle ne rapporterait pas ses frais de production, en y joignant les profits courants et ordinaires du capital; l'approvisionnement en serait diminué jusqu'à ce qu'il se trouvât en rapport avec la demande, et que le prix courant atteignît le niveau du prix naturel.

M. Maltbus me paraît trop disposé à croire que la population n'augmente que par l'effet d'un surcroît dans la quantité des subsistances; « que les subsistances S€ créent d'elles-mêmes une demande ; » que c'est en fournissant d'abord des aliments au peuple qu'on encourage les mariages, au lieu de remarquer que le progrès général de la population est affecté par l'accroissement des capitaux, et par la plus forte demande de bras, et la hausse des salaires qui en sont la suite, enfin que la production des subsistances n'est que l'effet de cette demande.

C'est en donnant à l'ouvrier plus d'argent , ou une plus grande quantité de toute autre marchandise, moyennant laquelle on paie son travail, que le sort de l'ouvrier devient meilleur. L'accroissement de la population et l'augmentation des subsistances seront presque toujours un effet, mais non un effet nécessaire de la hausse des salaires* Le sort de l'ouvrier, amélioré par F excédant de valeur qu'il reçoit en paiement de son travail, ne lui impose pas l'obligation de se marier et de se charger du soin d'une famille ; il peut, si cela lui plaît, échanger son salaire augmenté contre des objets qui puissent contri- I)uer à augmenter ses jouissances, comme des chaises, des tables, de la quincaillerie, ou de meilleures bardes, du sucre et du tabac. Dans ce cas l'augmentation de son salaire n'aura d'autre effet que d'augmenter la demande de quelques-unes de ces marchandises : et comme le nombre des ouvriers ne se sera pas beaucoup augmenté, leurs salaires se conserveront toujours élevés. Mais quoique telle pût être la suite de l'augmentation des salaires, cependant il est tant de douceurs dans la famille, qu'on voit constamment dans le fait l'accroissement de population suivre l'amélioration du sort de l'ouvrier ; et c'est uniquement parce que cela est ainsi qu'il survient une nouvelle et plus forte demande de subsistances. Cette demande est donc l'effet de l'augmentation de population . mais clic n'en est pas la cause; c'est

uniquement parce que les dépenses du peuple prennent cette direction, que le prix courant des objets de première nécessité excède leur prix naturel, et que la quantité de subsistances requise est produite ; et c'est parce que la population s'accroît que les salaires tombent de nouveau.

Quel motif un fermier peut-il avoir pour produire plus de blé qu'on n'en demande, quand il sait que cela fera tomber le prix courant audessous de son prix naturel, et le privera par conséquent d'une partie de ses profits, en les réduisant au-dessous du taux général? « Si les

* objets de première nécessité , dit M. Malthus, les produits les plus » précieux de la terre, n'avaient pas la propriété de faire naître un V surcroît de demande proportionne à l'augmentation de leur quan- « tité, une telle augmentation occasionnerait une baisse dans leur va - » leur échangeable \ Quelque abondants que soient les produits d'un « pays , sa population peut rester stationnaire ; or, cette abondance » qui ne serait pas accompagnée d'une demande proportionnée, mais >» qui élèverait considérablement le prix des salaires du travail esti- « mé en blé, pourrait réduire le prix des produits de la terre , ainsi » que celui des produits manufacturés, aux simples frais de produc- » tion, »

Pourrait-on réduire le prix des produits de la terre aux simples frais de production ? Ce prix reste-t-il donc jamais bien longtemps au-dessus, ou au-dessous des frais de production? M. Malthus luimême ne convient-il pas que cela ne peut jamais avoir lieu? « J'es- » père, dit-il, qu'on m'excusera si je m'étends un peu en présentant » aux lecteurs, sous diverses formes, la doctrine qui pose en principe » que le blé, selon la quantité qui en est actuellement produite , se » vend à son prix nécessaire, de même que les produits manufacturés'; » c'est que cette vérité , que je regarde comme étant de la plus haute « importance, n'a été connue ni des économistes , ni d'Adam Smith, « ni de tous les auteurs qui ont avancé que les produits de la terre » se vendaient toujours à un prix de monopole.

» Tout pays d'une certaine étendue peut donc être considéré « comme possédant une gradation de machines servant à la pro- » duction du blé et des matières premières, en comprenant dans

* cette gradation non seulement toutes les différentes qualités

* De quelles augmentations de quantité M. Malthus veut-il parler? Qui la produira ? Qui peut avoir des motifs pour la produire avant qu'il existe au préalable une demande pour cette quantité additionnelle? fNote de V Auteur. J

CH. XXXÏI. - DE L'OPINION DE M. MALTIIUS SUR LA lŒNTE. 381

* de mauvais terrains, dont il existe en général dans tous les pays ') Une assez grande quantité , mais aussi les machines moins par- » faites dont on peut dire qu'on fait usage quand on force de bonnes >• terres à donner un produit toujours croissant. A mesure que le » prix des produits agricoles continue à hausser, ces machines » moins parfaites sont successivement employées , et à mesure que » le prix de ces produits continue à baisser, on met successivement >> ces machines de côté. Cette application démontre à la fois le rap- » port nécessaire qui existe entre le prix actuel du blé et sa produc- » tion actuelle , et l'effet tout différent qu'auraient une grande ré- » duction dans le prix des produits manufacturés et une grande » réduction dans le prix des produits de la terre ^ »

Comment concilier ces passages avec celui oii il est dit que , si les choses de première nécessité n'avaientjpas la propriété de faire naître une augmentation de demande proportionnée à l'augmentation de leur quantité, ce surplus de produit aurait alors, et alors seulement, l'effet de réduire le prix des produits agricoles aux simples frais de production? Si le blé n'est jamais au-dessous de son prix, il n'est jamais plus abondant que ce qu'exige la population existante pour la consommation ; on ne peut en faire un approvisionnement pour d'autres consommateurs; il ne peut donc jamais, par son abondance et par son bas prix, devenir un encouragement à la popula-

' Voyez Inquiry, etc. « Dans tous les pays dont la prospérité est progressive, le » prix moyen du blé n'est jamais plus haut qu'il ne faut pour maintenir le taux » moyen de l'augmentation de production. » Observations, pag. 21.

« toutes les fois qu'on consacre de nouveaux capitaux à la culture de la terre, )) pour en retirer des produits suffisants pour] une population croissante, soit » qu'on emploie ce capital à défricher de nouveaux terrains, ou à bonifier des » terres déjà en culture, le point principal qu'on a en vue, ce sont les retours que » l'on attend de ce capital ; c'est pourquoi l'on ne saurait retrancher la moindre >' portion des profits bruts sans affaiblir les motifs qui peuvent déterminer les » capitalistes à employer leurs fonds de cette manière. Toute diminution des prix )) qui n'est pas en totalité et à l'instant même contre-balancée par une baisse pro- » portionnée dans les dépenses nécessaires d'une ferme, tout impôt |foncier, » tout impôt sur le capital du fermier, tout impôt sur les denrées de première né- » cessité pour le fermier, doivent entrer en [comptes ; et si, tous ces déboursés » calculés, le prix du produit ne laisse pas une rétribution suffisante pour le capi- » tal employé, d'après le taux général des profits, et une rente au moins] égale à )) la rente que payait la terre dans son état antérieur, il ne peut y avoir de motifs ^> suffisants pour qu'on entreprenne les améliorations projetées. >^ Observations, pag- 22. fNote de r Auteur.)

tiou. A proportion que le blé peut être produit à peu de frais , le surliaussemeiit des salaires des ouvriers augmentera les moyens qu'ils ont d'entretenir leurs familles. Aux États-Unis la population s'accroît rapidement , parce que la nourriture y est produite à bas prix, et non parce qu'il y existe des approvisionnements abondants produits à l'avance. En Europe, la population augmente lentement en comparaison, parce que la production des subsistances y est coûteuse. D'après le cours ordinaire des choses , la demande précède toujours l'approvisionnement d'une denrée quelconque. En soutenant que le blé, comme les produits manufacturés, s'il n'avait pas la propriété de faire naître ses consommateurs , tomberait à son prix de production, M. Malthus ne peut pas vouloir dire que toute la rente serait absorbée, puisqu'il a lui-même observé avec raison que lors même que les propriétaires renonceraient tout à fait à leur rente , le blé ne baisserait pas de prix pour cela. La rente est l'effet et non la cause des hauts prix , car il y a toujours des terres en culture qui ne paient aucune rente, et dont le produit en blé ne rapporte pas un prix suffisant pour payer les salaires et les profits.

Bans le passage suivant, M. Malthus a exposé habilement les causes de la hausse du prix des produits agricoles dans les pays riches dont la prospérité est croissante, et je suis là-dessus entièrement d'accord avec lui ; mais il me semble qu'il est en contradiction avec quel ques-unes des propositions qu'il a avancées dans différents endroits de son Essai sur la Rente.

« J'ose affirmer, dit-il, qu'abstraction faite des variatioQS subies » parle système monétaire d'un pays, et d'autres circonstances tem- » poraires et accidentelles, la cause du haut prix comparatif du blé » en monnaie, est son haut prix réel comparatif, ou l'excédant de » capital et de travail qu'il faut employer pour le produire ; je pense » que ce qui fait que le prix réel du blé va toujours en montant » dans des pays déjà riches, et dont la prospérité et la population » continuent à s'accroître, c'est la nécessité d'avoir constamment re- » cours à des terrains plus ingrats, à des machines dont l'entretien » exige plus de dépense, et où chaque nouvelle addition de produits » agricoles ne s'obtient qu'avec plus de frais ; en un mot, la cause « du fait ci-dessus énoncé dépend de cette importante vérité : que le » blé dans un pays qui avance en prospérité se vend au prix conve- » nable pour que l'approvisionnement demandé soit fourni ; et qu'à " mesure que cet approvisionnement devient de plus en plus difficile, « le prix hausse à proportion. )^

cil. XXXll. — DE L'OPINION DE M. MALÏIIUS SUR LA RENTE. 383

C'est avec raison que dans ce passage on fait dépendre le prix réel d'une denrée du plus ou moins de travail et de capital (c'est-à-dire de travail accumulé) qu'il faut employer pour la produire. Le prix réel ne dépend pas, comme quelques écrivains l'ont prétendu, de la valeur en argent , ni, comme d'autres l'ont avancé, de la valeur estimée en blé, en travail, ou comparée à toute autre denrée prise isolément, ou à toutes les denrées prises collectivement ; ce prix ne dépend, comme M. Malthus le dit avec raison, que « de la plus ou moins grande somme » de capital et de travail qu'il faut employer pour la production. »

Parmi les causes de la hausse des rentes, M. Malthus compte « un » accroissement tel de la population qu'il en résulte une baisse des » salaires. » Mais si à mesure que les salaires baissent, les profits du capital s'élèvent, et que, pris ensemble, ils aient toujours une même valeur, aucune baisse des salaires ne pourra faire monter les rentes, car elle ne diminuera ni la part , ni la valeur de la part du produit qui doit appartenir au fermier et au manouvrier ensemble , et par conséquent elle ne peut point laisser une part plus forte ni une valeur plus considérable pour le propriétaire. A proportion qu'on dépensera moins en salaire, il en restera plus pour les profits, et vice versa. Ce partage se fera entre le fermier et les travailleurs, sans que le propriétaire s'en mêlé; et dans le fait, c'est une affaire dans laquelle rien ne l'intéresse, si ce n'est la manière dont un certain mode de partage peut plus qu'un autre contribuer à faciliter de nouvelles accumulations, et à augmenter la demande des terres. Si les salaires baissent, ce sont les profits qui monteront et non les rentes. Le surhaussement des fermages et des salaires, et la diminution des profits sont en général les effets inévitables des mêmes causes, et ces causes sont : — la demande croissante de subsistances, la quantité plus considérable de travail nécessaire pour les produire , et conséquemment leur renchérissement. Le propriétaire pourrait renoncer à toute sa rente, sans que les travailleurs en tirassent le moindre profit. Si les travailleurs renonçaient à tout le montant de leurs salaires, les propriétaires n'en retireraient pas non plus le moindre avantage ; mais dans ces deux cas, le fermier recevrait et garderait tout ce qui pourrait être ainsi abandonné. J'ai tâché de faire voir , dans cet ouvrage , qu'une baisse dans les salaires n'aurait d'autre effet que de faire monter les profits.

Une autre cause de la hausse de la rente, selon M. Malthus, consiste dans « de telles améliorations en agriculture , ou dans un surcroît » d'efforts suffisant pour diminuer le nombre des ouvriers nécessaires

384 PRINCIPES Dl^. L'ÉCONOMIE POLITIQUE.

« pour donner un résultat déterminé. » Cela ne ferait pas hausser la valeur de tous les produits, et n'augmenterait pas par conséquent la rente. Au contraire : si, par suite de ces améliorations, la quantité nécessaire de subsistances pouvait être obtenue en employant moins de bras ou moins de terres , le prix des produits agricoles baisserait, et une partie' des capitaux serait retirée de l'agriculture. Rien ne peut faire monter la rente que la demande de nouveaux terrains moins fertiles , ou quelque cause qui puisse occasionner un changement dans la fertilité relative des terrains déjà cultivés * . Des améliorations dans l'agriculture et dans la division du travail , s'étendent à tous les terrains; elles augmentent la quantité absolue des produits agricoles de chaque fonds de terre, sans peut-être déranger beaucoup les proportions relatives qui existaient auparavant entre les différents terrains.

M. Malthus a relevé avec raison une erreur du docteur Smith. « L'argument du docteur Smith, dit-il, se réduit à ceci : Le blé a cette » singulière propriété qu'on ne peut en encourager la production de » la même manière que celle de toutes les autres marchandises. »

Il ajoute : « Je ne prétends cependant pas contester la puissante » influence que le prix du blé a sur le prix du travail, en prenant » le terme moyen d'un nombre considérable d'années ; mais cette in- « fluence n'est pas telle qu'elle puisse s'opposer au mouvement des » capitaux portés vers l'agriculture ou détournés de cet emploi ; ce » qui est le véritable objet de la discussion. Cela paraîtra suffisam- » ment prouvé par un examen rapide de la manière dont le travail » est payé et dont il est offert dans le marché, et par l'étude des » conséquences qui découleraient inévitablement de la proposition » d'Adam Smith, si elle était une fois admise^. »

M. Malthus cherche ensuite à prouver que la demande et le haut prix encouragent d'une manière aussi efficace la production des produits agricoles, que la demande et la cherté de toute autre marchandise encouragent leur production. D'après ce que j'ai dit sur les effets

* Il est inutile de le répéter sans cesse, mais il faut toujours faire attention que le même effet aura lieu, non-seulement par l'emploi de différentes portions de capital, mais encore en employant sur les terres déjà cultivées des portions différentes de capital avec des résultats différents, le fermage étant la} différence du produit obtenu moyennant un capital et un travail pareils sur une même ou sur différentes qualités de terrains. ('Note de VÀute^ir.J

2 Vovez Ohservatioiu, etc., page 4.

1;H. XXXil. —DF. L'OPINION DE M. MALTHUS SUR LA RENTE. :.K^ des primes, on \oit que je suis entièrement de l'opinion de M. Maltlms. J'ai cité le passage de son ouvrage intitulé : Observations relatives aux céréales, pour montrer combien le sens que cet écrivain, dans cet écrit, attache à l'expression prix réel, diffère de celui qu'il lui donne dans sa brochure intitulée : 3totifs d'une Opinion, etc. Dans ce passage, M. Malthus nous dit que « c'est la hausse » du prix réel du blé qui seule peut en encourager la production, » et par prix réel il est clair qu'il veut désigner l'augmentation de sa valeur relativement à toutes les autres choses, ou, en d'autres termes, la hausse de son prix courant au-dessus de son prix naturel. Si c'est là ce que M. Malthus entend par prix réel, son opinion est certainement fondée ; c'est en effet le surhaussement du prix courant du blé qui seul en encourage la production ; car on peut regarder comme principe infaillible que la seule chose qui puisse encourager l'augmentation de production d'une denrée, c'est l'excès de sa valeur courante sur sa valeur naturelle ou nécessaire.

Mais cette acception n'est pas celle que, dans d'autres endroits, M. Malthus donne à l'expression /)n;r réel. Dans l'Essai sur la Rente, il dit : « Par prix réel croissant du blé, j'entends la quantité réelle M de travail et de capital qui ont été employés pour produire les der- » nières additions qui ont été faites au produit national. > Dans un autre endroit, il dit que " la cause du prix réel et comparativement » élevé du blé, est la plus grande quantité de capital et de travail » qu'on doit employer pour sa production (*). » Si, dans le passage précédent, l'on substituait à l'expression de prix réel la définition de M. Malthus, n'aurait- il pas le sens suivant? « Il est clair que c'est » l'augmentation du travail et du capital qu'il est nécessaire d'em- » ployer pour la production du blé qui peut seule en encourager la » production. » Il vaudrait autant dire, que c'est évidemment la hausse du prix naturel et nécessaire du blé qui en encourage la production — proposition tout à fait insoutenable. Ce n'est pas le prix auquel on peut produire du blé qui peut influer sur la quantité pro -

* En montrant ce passage à M. Malthus, au moment où ces feuilles allaient être livrées à l'impression, il observa que « dans ces deux passages, il avait, par » inadvertance, employé V expression piix réel au lieu de frais de 'production. » D'après ce que j'ai déjà dit, l'on verra, que je pense, au contraire, que dans ces deux cas il a employé l'expression die prix réel dans son acception vraie et exacte, et que ce n'est que dans le passage cité plus haut que cette expression est inexacte.

fNote de V Auteur. J {OEuv. de Ricardo.) 25

duite, mais bien le prix auquel on peut le vendre. C'est en raison de l'excédant du prix sur les frais de production , que les capitaux sont attirés vers l'agriculture ou qu'ils en sont détournés. Si cet excédant est tel qu'il donne au capital ainsi employé un plus grand profit que le profit général des capitaux, ces capitaux afflueront vers r agriculture. Si ce profit est moindre , on les détournera de cet emj)loi.

Ce n'est donc pas par un changement dans le prix réel du blé que sa production est encouragée, mais bien par un changement dans son prix courant. Car ce n'est point « parce qu'il faut employer une » plus grande quantité de capital et de travail pour produire le » blé, V — telle est la définition exacte que M. Malthus donne du prix réel , — qu'il y a plus de capitaux et plus de bras attirés vers l'agriculture ; cela vient uniquement de ce que le prix courant est monté au-dessus de ce prix réel, et que, malgré le surcroît des charges , la culture des terres présente encore l'emploi le plus profitable pour les capitaux.

Rien n'est mieux fondé que les observations suivantes de M. Malthus sur la mesure de la valeur adoptée par Adam Smith.' « Il est » clair qu'Adam Smith a été conduit à raisonner de la sorte à ce * sujet, par l'habitude où il était de considérer le travail comme là » mesure constante de la valeur, et le blé comme la mesure du tra- » vail.Mais l'histoire de notre pays démontre pleinement combien » le blé est une mesure inexacte de la valeur ; on y voit combien la » main-d'œuvre, comparée au blé, a éprouvé de variations très- » grandes et remarquables, non-seulement d'une année, mais d'un »^ siècle à l'autre, et pendant dix, vingt et trente ans consécutifs. » Que ni le travail ni aucune autre denrée ne peuvent servir de mesure » exacte de la valeur réelle d'échange^ c'est là un des principes ran- » gés aujourd'hui en Économie politique plarmi les mieux établis ; » et en effet, il découle de la définition même de la valeur échan- » geable. «

Si , ni le blé, ni le travail ne sont des mesures exactes de la valeur réelle échangeable , et il est clair qu'ils ne le sont pas , quelle autre chose peut donc servir de mesure? — Aucune assurément. Dans ce cas , si l'expression de prix réel des choses a un sens, ce doit être celui que lui donne M. Malthus , dans son Essai sur la Rente : ce prix doit se mesurer par la quantité proportionnelle de capital et de travail nécessaire pour la production de ces choses.

Dans ses Recherches sur la nature de la Rente M. Malthus dit:

CH. XXXll. — DE L'OPINION DE M. MALTHUS SUR LA RI:NTL. 387

« qu'abstraction faite des yariations dans la monnaie d'un pays, et » d'autres circonstances temporaires et accidentelles, la cause du » prix en argent comparativement haut du blé , est son haut prix » réel comparatif, ou la plus grande quantité de capital et de travail qu'il faut employer pour sa production ^ . «

Voilà , je pense, l'explication exacte de toutes les variations permanentes du prix du blé , aussi bien que du prix de tous les autres produits. Une marchandise ne saurait éprouver une hausse permanente de prix que par une de ces deux causes , ou parce qu'il faut plus de capital et de travail pour sa production, ou parce que la monnaie a baissé de valeur : et, au contraire, une chose ne saurait baisser de prix à moins qu'il ne faille moins de capital et de travail pour la produire, ou que la monnaie n'ait haussé de valeur.

Une variation causée par un changement de valeur dans la monnaie agit à la fois sur toutes les marchandises ; mais une variation causée par le plus ou moins de capital et de travail nécessaires à îa production d'une chose , est bornée , dans ses effets , à cette chose même. L'importation libre du blé , ou des perfectionnements en agriculture , feraient baisser le prix des produits agricoles, mais n'influeraient sur le prix des autres marchandises , qu'en proportion de la diminution de valeur réelle ou de frais de production des produits agricoles qui pourraient servir à fabriquer ces marchandises.

M. Malthus a admis ce principe, et, pour être conséquent, il ne peut pas, ce me semble, soutenir que la totalité de la valeur en monnaie de toutes les marchandises d'un pays doit diminuer exactement à proportion de la baisse du prix du blé. Si le blé consommé annuelment dans le pays était de la valeur de dix millions , et si les marchandises manufacturées et étrangères consommées pendant le même temps valaient 20 millions, — faisant ainsi un total de 30 millions, — on aurait tort de conclure que la dépense annuelle serait réduite à 1 5 milHons, parce que le blé aurait baissé de 50 pour cent, ou de îO à 5 milhons.

La valeur des produits immédiats de la terre qui entreraient dans la composition de ces marchandises manufacturées , pourrait ne pas excéder 20 pour cent de leur valeur totale , et, par conséquent, la valeur des produits manufacturés , au lieu de baisser de 20 millions à dix, ne tomberait que de 20 million^ à 18. Après la

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baisse de 50 pour cent dans le prix du blé , la somme totale de toute la dépense annuelle, au lieu de tomber de 30 millions à 15, descendrait de 30 millions à 23 *.

Au lieu de considérer sous ce point de vue l'effet d'une baisse dans la Yaleur des produits agricoles, comme M. Malthus devait le faire d'après le principe qu'il venait d'admettre, il la regarde comme équivalant précisément à une hausse de 100 pour cent dans la valeur de la monnaie , et il raisonne en conséquence comme si toutes les marchandises devaient tomber à la moitié de leur ancien prix .

« Pendant les vingt années qui se sont écoulées depuis 1794, dit-il, » jusqu'à 1813, le prix moyen du blé, en Angleterre, était d'environ » 83 shillings le quarter ; pendant les dix dernières années de cette » période , il a été de 92 shillings , et pendant les cinq dernières de » ces vingt années, de 108 shillings. Dans le cours de ces vingt ans, » le gouvernement emprunta près de 500 millions st. desquels, abs- » traction faite du fonds d'amortissement, il s'engagea à payer en- >» viron 5 pour cent, selon un terme moyen approximatif. Mais si le » blé baissait à 50 shillings le quarter , et toutes les autres choses à * proportion, le gouvernement, au lieu d'un intérêt de 5 pour cent, » se trouvait en payer un de 7 , 8 , 9 , et même de 1 0 pour les der- « niers 200 millions.

» Je ne trouverais peut-être rien à redire à une générosité si ex- » traordinaire envers les rentiers de l'État , s'il ne fallait pas consi- » dérer aux dépens de qui elle est faite ; et un moment de réflexion » suffira pour nous faire apercevoir que ce ne peut être qu'aux dé- » pens des classes industrieuses de la société et des propriétaires , » c'est-cVdire aux dépens de tous ceux dont le revenu nominal est » sujet à varier par suite des variations dans la mesure de la valeur. » Le revenu nominal de cette partie de la société , comparé avec le « terme moyen du prix des cinq dernières années de cette période , » se trouvera réduit de moitié, et sur ce revenu, ainsi réduit nomi- » nalement , ils auront à payer le même montant nominal d'im- » pôts^. »

* Les ouvrages manufacturés ne pourraient pas même baisser dans cette proportion, car, dans le cas supposé, il y aurait une nouvelle distribution des métaux précieux dans chaque pays. Ceux de nos produits qui seraient à bon marché seraient exportés pour être échangés contre du blé et de l'or, jusqu'à ce que l'accumulation de l'or le fit baisser de valeur, et fit hausser en même temps le prix en argent des denrées. fNofe de V Auteur. J

^ Voy. Grounds of an Opinion^ etc., page 36.

CIL XXXll. - DE L'OIMMON DE M. MALTHUS SUR LA KEiNTE. 389.

D'abord, il me semble que j'ai déjà fait voir que le revenu nominal ne sera pas réduit dans la proportion que M. Malthus cherche à établir ; il ne s'ensuivrait pas de ce que le blé aurait baissé de 50 pour cent , que la valeur du revenu de chaque particulier se trouvât réduite de 50 pour cent \

En second lieu, je crois que le lecteur conviendra avec moi que ce fardeau, en admettant qu'il existe, ne pèserait pas exclusivement sur « les propriétaires et les classes industrieuses de la société. » Le créancier de l'État , dans la dépense qu'il fait , paie sa part , pour subvenir aux dépenses de l'État, de la même manière que les autres classes de la société. Dans le cas donc où l'argent augmenterait de valeur réelle, quoiqu'il reçoive une valeur plus forte, il en paiera également une plus grande en impôts. Il ne peut donc être vrai de dire que toute l'addition à la valeur réelle de l'intérêt, doit être payée par les propriétaires et par les classes industrieuses.

Mais tout l'argument de M. Malthus repose sur une base peu solide. Il suppose que, parce que le revenu brut du pays est diminué, il faut, par conséquent, que le revenu net le soit également, et dans la même proportion. Un des objets que j'ai eus en vue dans cet ouvrage a été de montrer que, par suite de toute baisse dans la valeur des choses de première nécessité , les salaires du travail doivent baisser, et les profits du capital s'élever, ou , en d'autres mots , que, sur une valeur annuelle déterminée , une moindre portion serait donnée en paiement à la classe ouvrière, et une plus considérable reviendrait à ceux dont les capitaux ont servi à payer le travail de cette classe. Supposons que la valeur des produits d'un genre particulier d'industrie soit de 1000 1. st., et qu'elle soit partagée entre le maître et ses ouvriers, dételle sorte que 800 1. appartiennent aux ouvriers, et 'iOO livres au maître ; si la valeur de ces produits tombait à 900 livres , et qu'on épargnât 100 1. sur les salaires des ouvriers par suite de la baisse des objets de première nécessité , le revenu net du fabricant n'en souffrirait nullement , et par conséquent il pourrait aussi aisément payer le même montant d'impôts après c^tte réduction de prix ^.

' M. Malthus, daus un autre endroit de son ouvrage, suppose que les denrées varient de 25 ou de 20 pour cent, pendant que le blé varie de 33 ' / 3 pour cent.

OXo/e (te rAuieiir.J 2 Dans le chapitre xxvi, j'ai observé que les ressources réelles d'un pays et i:es

390 PIUNCIPES DE l/ECONOMIE POLITIQUE.

Il est essentiel d'établir nettement la différence qui existe entre le revenu net et le re\enu brut, car c'est au moyen du revenu net de la société que s'acquittent les taxes. Supposons que toutes les marchandises du pays, tout le blé, les produits agricoles, les produits manufacturés qui peuvent être jetés sur le marché dans le cours de l'année , aient une valeur de vingt millions ; supposons que le travail d'un certain nombre d'hommes soit nécessaire pour créer cette valeur, et qu'enfin le strict nécessaire de ces ouvriers exige une dépense de 10 millions : je dirai, dans ce cas, que le revenu brut de la société est de vingt millions et son revenu net de dix millions. Il ne résulte pas cependant de cette hypothèse que les ouvriers ne doivent recevoir que dix millions pour leur travail : ils pourraient recevoir 12, 14 ou même 1 5 millions et entrer ainsi en partage du revenu net pour une somme de 2, 4 ou 5 millions. Le reste se diviserait entre propriétaires et capitalistes ; mais la totalité du revenu net n'excéderait pas dix millions. En admettant maintenant que la société, dont nous analysons ici les ressources, supporte un impôt de deux millions, son revenu net tomberait à 8 millions.

Supposons maintenant que la valeur de la monnaie hausse d'un dixième , toutes les marchandises baisseraient à la fois , entraînant avec elles le salaire. En effet, comme les objets nécessaires à Touvrier forment une portion intégrante de ces marchandises , le revenu brut descendrait à 18 millions et le revenu net à 9 millions. Si les taxes diminuaient dans la même proportion, et qu'au lieu de 2 millions on ne prélevât plus que 1,800,000, 1. le revenu net descendrait à 7 millions 200,000 1. qui auraient une valeur égale à celle des 8 millions primitifs , et la société n'aurait ni perdu ni gagné à ces événe ments. Mais supposons que , malgré la hausse de la monnaie , on maintînt les taxes à deux millions, la société serait évidemment plus pauvre de 200,000 1. par an, car en réalité les contributions se seraient accrues d'un neuvième. Et en effet, altérer la valeur pécuniaire des marchandises en altérant la valeur de la monnaie et en continuant de lever la même somme d'impôts, n'est-ce pas accroître incontestablement les charges de la société ?

fccultés pour payer des impôts, dépendent de son revenu net, et non de son revenu brut Cj\ole de r.lutcur.J

Foyez ma noie du chapitre 26, où je crois avoir prouvé précisémejit le contraire.— J.-B. Sa Y.

CH. XXXIl. — DE L'OPINION DE M. MALTHUS SUR LA RENTE. 391

Mais supposons que, sur ces dix millions de revenu net, les propriétaires reçoivent cinq millions à titre de rente, et que par la facilité de la production, ou par l'importation du blé, le prix naturel de cet article descendît d'un million, la rente baisserait immédiatement d'un million, et les prix de l'ensemble des marchandises subiraient une dépression pareille ; mais le revenu net resterait invariable. Le revenu brut serait, il est vrai, de 19 millions seulement, et les frais nécessaires pour l'obtenir de 9 millions, mais le revenu net se maintiendrait à 10 millions. Maintenant supposons qu'on prélève deux millions comme taxes sur ce revenu brut amoindri , la société en serait-elle plus riche ou plus pauvre? Plus riche, dirons-nous sans hésiter : car après le paiement de leurs taxes , elle aurait comme toujours un revenu libre de 8 millions à dépenser en marchandises, dont la quantité se sera accrue et dont la valeur aura fléchi dans la proportion de 20 à 19. Et on pourrait non-seulement conserver alors la même taxe , mais encore l'aggraver tout en voyant s'ac croître le bien-être de la classe ouvrière.

Si le revenu net de la société, après qu'on aura payé les mêmes taxes en argent, est aussi grand qu'auparavant, et si la classe des propriétaires perd un million par l'abaissement de la rente, les autres classes productives, en dépit de la chute des prix, devront avoir des revenus en argent plus cqnsidérables. Le capitaliste jouira alors d'un double bénéfice : le blé et la viande de boucherie que lui et sa famille consomment baissera de prix, et d'un autre côté, il pourra diminuer le salaire de ses domestiques, jardiniers, ouvriers de tout genre. Ses chevaux et ses bestiaux lui coûteront aussi beaucoup moins à acheter et à nourrir ; et il en sera de même pour toutes les marchandises où les produits naturels entrent comme partie principale. On le voit donc : cette série d'économies faites sur ses dépenses, jointe à l'accroissement de valeur de son revenu, doit lui profiter doublement et lui permettre non-seulement d'augmenter la somme de ses jouissances, mais encore de supporter, s'il le fallait, des taxes supplémentaires. Ces mêmes observations s'appliquent aux fermiers et à toutes les classes de commerçants.

« Mais, dira-ton, le revenu du capitaliste ne se trouve nullement accru et le million enlevé à la rente du propriétaire sera payé aux ouvriers sous forme d'un excédant de salaires. Soit, je l'admets; mais cela même ne change rien à mon argument. La situation de la société se sera améliorée et elle pourra supporter avec bien plus de facilité les mêmes taxes en argent. Seulement, — ce qui est infini-

ment désirable et heureux, — la situation de la classe la plus importante, la plus utile de la société, sera précisément celle qui s'améliorera le plus sous l'influence de cette nouvelle distribution. Tout ce qu'elle reçoit au-dessus de 9 millions , forme une partie du revenu net du pays et ne peut être dépensé sans ajouter à son revenu , son bonheur ou sa puissance. Distribuez donc sans soucis le revenu net. Donnez-en un peu plus à une classe, un peu moins à une autre, et vous ne l'aurez cependant pas diminué : car la même somme de travail n'en aura pas moins produit une plus grande somme de marchandises, parce que la valeur en argent de ces marchandises aura fléchi. Mais le revenu netdupajs, ce fonds qui défraie les budgets et les jouissances du pays ; le revenu net, dis-je, sera bien plus apte que jamais à entretenir la population actuelle , à supporter les taxes nationales , à répandre de toutes parts le bien-être et le luxe.

Il est hors de doute que le rentier de l'État gagne beaucoup à une forte baisse du blé ; mais si personne ne souffre de cette baisse , ce n'est pas une raison qui puisse engager à prendre des mesures pour faire renchérir le blé ; car le gain du rentier est un gain national, et, ainsi que tout autre gain, il augmente la richesse et la puissance réelles du pays. S'il fait un profit indu, il faut examiner exactement jusqu'à quel point cela est , et c'est alors à la législature à en chercher le remède ; mais rien ne peut être plus impolitique que de nous priver entièrement de tous les avantages qui résultent du bas prix du blé et d'une grande abondance de produits , par le seul motif que le rentier de l'État en tire un avantage qui ne lui serait pas dû.

Jusqu'à ce jour on n'a jamais essayé de régler les dividendes des fonds publics d'après la valeur en argent du blé. Si l'équité et la bonne foi exigeaient un pareil règlement , les possesseurs des vieilles rentes auraient une grande somme à réclamer; car ils ont, depuis un siècle , reçu toujours les mêmes dividendes en argent , quoique pendant cette époque le blé ait peut-être doublé ou triplé de prix * . -

M. Malthus dit : « Il est vrai que les dernières additions que Ton » fait aux produits agricoles d'un pays dont la prospérité est crois

' M. Mac Culloch, dans un écrit plein de mérite, a fortement soutenu qu'il était juste de rendre les dividendes de la dette nationale conformes à la valeur réduite du blé. Il est partisan de la liberté du commerce des grains, mais il pense (ju'elle devrait être accompagnée d'une réduction de l'intérêt payé au créancier de ri*Ltat*. [^Xotc de l'.Ju/cnr.J

* Ricaixlo a liii-ménK' répondu a cel expcdienl étrange et inexplicdl)!»'.

CH. XXXII. —DE L'OPINION DE M. iULTHLS SUR LA RENTE. 393

» santé, ne sont pas accompagnées d'une grande augmentation de » rente ; et c'est précisément cela qui doit décider un pays riche à » importer une partie du blé qu'il consomme, s'il peut être assuré >» d'en obtenir un approvisionnement uniforme. Mais dans tous les >• cas, l'importation du blé étranger ne peut conyenir à une nation , » à moins qu'il ne soit moins cher que le blé récolté dans le pays, » d'une valeur égale à celle des profits et de la rente que rapporte » le blé du cru, qui est ainsi remplacé. » Voyez Grounds , etc. page 36.

De même que la rente est l'effet de la cherté du blé^ l'extinction de la rente est la suite d'un prix très-bas. Le blé étranger n'entre jamais en concurrence avec le blé du cru qui ne paie aucun fermage ; la baisse du prix est toujours supportée par le propriétaire, jusqu'à ce que tout son fermage soit absorbé ; si le prix baisse encore davantage, le capital ne rapportera plus les profits ordinaires , il sera détourné de la culture de la terre pour être employé autrement , et le blé qui était récolté sur cette terre , sera alors , et pas avant, remplacé par du blé importé. L'extinction du fermage occasionnera une perte de valeur estimée en argent , mais il y aura augmentation de richesse. La somme totale des produits de l'agriculture et autres se trouvera augmentée par la plus grande facilité de leur production : et, quoique augmentés en quantité , ils auront diminué de valeur.

Deux hommes emploient des capitaux égaux, l'un à l'agriculture, l'autre aux manufactures. Le premier capital rapporte un revenu annuel net de 1200 1. st., dont 1000 1. restent pour les profits, et 200 sont payées pour la rente : le capital employé dans l'industrie ne rapporte qu'une valeur de 1000 1. par an. Supposons qu'au moyen de l'importation l'on puisse obtenir la même quantité de blé en échange de marchandises qui coûtent 950 1., et qu'en conséquence le capital de l'agriculteur soit détourné vers les manufactures, où il peut produire une valeur de 1000 1. ; dans ce cas, le revenu net de la nation aura perdu en valeur, se trouvant réduit de 2200 1. à 2000 1.; mais il y aura non- seulement la même quantité de produits et de blé pour la consommation du pays, mais encore un surcroit égal à la quantité de produits qu'on pourra acheter avec 50 1., montant de la différence entre la valeur que les produits manufacturés rapportaient de Téoranger, et la valeur du blé qu'on y achetait ^

Or, voilà précisémeut la question à résoudre relativement aux avantages re-

M. Malthus dit : « Adam Smitli a observé avec raison, que jamais » des quantités égales de travail employées en industrie ne sauraient » reproduire autant qu'en agriculture. » Si Adam Smith veut parler de valeurs, il a raison ; mais s'il parle de richesse , ce qui est le point important , il se trompe ; car il a lui-même défini la richesse en disant qu'elle consistait dans les choses nécessaires , utiles ou agréables à la vie. Des choses nécessaires ou utiles d'une espèce ne peuvent pas être comparées avec celles d'une autre espèce ; la valeur d'utilité ne peut être estimée d'après aucune mesure connue; chacun l'estime à sa manière.

latifs que l'on trouve à importer ou à faire croître du blé. On n'importera jamais de blé jusqu'à ce que la quantité obtenue au dehors par l'emploi d'un certain capital, excède la quantité que ce même capital créerait dans le pays, et excède non-seulement la portion qui appartient au fermier, mais encore celle qui va au propriétaire à titre de rente.

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