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PREUVE DE LA DÉPRÉCIATION DES BILLETS DE BANQUE

TRADUIT SUR LA CINQUIÈME ÉDITION, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE d'UN

APPENDICE

Contenant des Observations relatives à quelques passages d'un article de la Revue d'Edimhourg, sur la dépréciation de la circulation en papier ; ainsi que des propositions tendant à assurer au public une circulation aussi invariable que l'or avec un contingent très-modéré de ce métal.

Les écrivains les plus estimés en Économie politique ont supposé que les métaux précieux employés comme agents de la circulation des marchandises, antérieurement à l'établissement des banques, s'étaient répartis parmi les nations les plus civilisées du globe dans de certaines proportions, déterminées par la situation de leur commerce et de leur richesse , et conséquemment , par le nombre et la fréquence de leurs paiements. A la faveur d'une telle division, les métaux conservèrent partout la même valeur, et, comme les besoins respectifs des nations nécessitèrent la totalité du numéraire échu à chacune d'elles, il ne put y avoir jamais profit à les importer ou à les exporter.

L'or et l'argent, comme les autres marchandises , ont une valeur intrinsèque qui n'est nullement arbitraire, qui dépend de leur rareté, de la somme de travail consacrée à les acquérir, et de la valeur du capital engagé dans les mines qui les recèlent.

« Le triple caractère de l'utilité, de la beauté, de la rareté, dit le » docteur Smith , est la cause première du haut prix de ces métaux , » ou delà grande quantité d'autres marchandises contre lesquelles ils » peuvent être partout échangés. Cette valeur, entièrement indé- » pendante de leur emploi comme numéraire, puisqu'elle lui est an- » térieure , constitue précisément la qualité qui les rendit propres à » cette fonction. «

La quantité d'or et d'argent employée dans le monde comme mon- (OEuv. de Ricardo.) 26

naie serait extrêmement minime ou extrêmement abondante, qu'elle n'altérerait en rien les proportions dans lesquelles ils se divisent parmi les nations. Le seul effet que produiraient ces variations de quantité serait d'élever ou d'abaisser relativement le prix des marchandises avec lesquelles on les échange.

La plus petite quantité de numéraire remplirait aussi bien que la somme la plus considérable les fonctiojis d'un agent de la circulation. Dix millions seraient aussi puissants (|ue cent millions pour atteindre ce résultat. Le docteur Smith fait observer que « les mines les plus » abondantes de métaux précieux n'ajouteraient rien à la richesse du » globe , — un produit qui fonde sa principale valeur sur sa rareté •» étant nécessairement déprécié lorsqu'il abonde. »

Si, dans sa marche vers la richesse, une nation avançait plus rapidement que les autres, elle demanderait et obtiendrait une plus large portion des monnaies du monde. Son commerce , ses marchandises et ses paiements s'accroîtraient, et la circulatimi métallique du globe se diviserait encore sous l'influence de nouvelles proportions : toutes les nations répondraient immédiatement à cet appel pour leur part respective.

De même si une nation dissipait une partie de sa richesse ou perdait une partie de son commerce , elle ne pourrait plus conserver la même quantité de ces agents de circulation : une portion serait exportée et divisée parmi les autres nations jusqu'à ce que les proportions habituelles fussent rétablies.

Tant que la situation relative des pays ne variera pas, ils pourront entretenir un vaste commerce , mais leurs importations et leurs exportations seront égales après tout. Il se pourrait que , relativement à la France, les importations de l'Angleterre fussent plus considérables que ses exportations ; mais la conséquence serait que là où elle exporterait davantage les importations de la France seraient plus nombreuses : de telle sorte que les importations et les exportations de tous les pays se balanceraient réciproquement. Des lettres de change serviraient à effectuer les paiements nécessaires, mais aucune monnaie ne se déplacerait , parce qu'elle aurait partout la même valeur.

Si on découvrait une mine d'or dans un pays, les monnaies y éprouveraient une diminution de valeur résultant de la multiplication des métaux précieux jetés dans la circulation, et n'y conserveraient plus dès lors une valeur égale à celle qu'elle aurait dans les autres pays. L'or et l'argent, obéissant soit comme numéraire, soit comme lingots,

aux lois qui régissent les autres marchandises, deviendraient immédiatement des objets d'exportation. Ils abandonneraient le pays où ils sont à bas prix pour ceux où ils sont chers, et continueraient à se déplacer jusqu'à ce que la mine eût cessé de produire, et jusqu'à ce que la proportion qui existait dans chaque pays entre le capital et les monnaies, avant la découverte, fût de nouveau rétablie , et l'or et l'argent rendus partout à une valeur uniforme. En échange de l'or exporté on importerait des marchandises. Et quoique le pays d'où sortirait la monnaie ou les lingots dût avoir contre lui ce qu'on appelle habituellement la balance du commerce, il est évident qu'il fe~ rait un commerce avantageux ; car il exporterait un objet, pour lui dépourvu d'utilité, en retour de marchandises qui contribu eaient à l'extension de ses manufactures et au développement de sa richesse.

Supposons qu'au lieu de découvrir une mine dans un pays on y fondât une banque , telle que la banque d'Angleterre , revêtue du pouvoir d'émettre ses billets comme agents de circulation. Aussitôt qu'une forte émission, provoquée soit par des prêts aux marchands, soit par des avances au gouvernement , serait venue ajouter une somme considérable à la masse de la circulation, on verrait se reproduire un phénomène analogue à celui de l'hypothèse précédente. L'agent de la circulation baisserait de valeur, et les marchandises éprouveraient une hausse proportionnée. L'équilibre entre cette nation et les autres ne pourrait alors se rétablir que par l'exportation d'une partie du numéraire.

L'établissement de la banque, et rémission subséquente de ses billets agissent donc, comme la découverte d'une mine, à titre de stimulant, sur l'exportation des lingots ou du numéraire. Cette action est même une condition nécessaire sans laquelle ils ne présenteraient aucun avantage. La banque substitue une circulation sans valeur à une autre circulation éminemment coûteuse. Elle nous permet de transformer en fonds productif des métaux précieux qui , tout en constituant une partie essentielle de notre capital, ne donnaient aucun revenu. Le docteur Smith compare les avantages résultant de la fondation d'une banque à ceux qu'on obtiendrait en convertissant nos routes en pâturages et en terres à blé , ou en traçant un chemin dans les airs. Les chemins , comme le numéraire , sont d'une immense utilité , mais ne produisent aucun revenu. Quelques esprits pourraient s'alarmer en voyant les espèces abandonner le pays et pourraient croire désavantageux le commerce qui nous forcerait à les répandre au dehors. — La loi, il est vrai, a suivi ces idées en

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prohibant l'exportation des monnaies métalliques ; mais une légère réflexion nous convainera que c'est notre choix et non la nécessité qui nous tait l'envoyer au dehors. Il est en effet hautement avantageux pour nous d'échanger une marchandise superflue pour des objets qu'on peut rendre productifs.

On peut en tout temps conlier sans danger l'exportation du numéraire au libre arbitre des particuliers. Jamais cette exportation ne dépassera celle des autres marchandises, si elle n'est pas profitable à la nation. Et si réellement cet avantage existe, il n'est pas de loi capable de prévenir l'exportation. Heureusement que dans ce cas, comme dans la plupart de ceux où le commerce est ouvert à la libre concurrence, les intérêts individuels et ceux de la communauté sont constamment en harmonie.

S'il était possible d'exécuter strictement la loi dirigée contre la fusion et l'exportation du numéraire, à un moment où d'autres régie ments permettraient d'exporter les lingots d'or, il n'en résulterait aucun bénéfice. Loin de là, on imposerait un dommage notable à ceux qui pourraient se trouver obligés de payer deux onces et plus d'or monnaie pour une once d'or métal. 11 y aurait là une dépréciation réelle de notre système monétaire, qui élèverait les prix de toutes les autres jcommodités dans un rapport direct avec l'accroissement de la valeur des lingots d'or. Le détenteur de numéraire aurait alors à supporter une perte égale à celle qui pèserait sur le propriétaire de blé, si on promulguait une loi qui lui défendit de vendre son blé à plus de la moitié de sa valeur sur le marché. La loi contre l'exportation du numéraire (coin) a réellement cette tendance. Mais il est si facile de l'éluder que For-lingot a constamment eu une valeur à peu près égale à celle de l'or-monnaie.

11 ressort donc de tous ces faits qu'en supposant partout des quantités égales de métaux précieux, la circulation d'un pays ne peut jamais avoir pendant longtemps une valeur très- supérieure à celle d'une autre nation; que, de plus, ces mots excès de circulalion, ne sont que des termes relatifs ; qu'enfin , la circulation de l'Angleterre étant de dix miUions , celle de France de cinq millions , celle de Hollande de quatre millions, etc., etc., si ces diverses circulations conservaient leurs proportions relatives tout en doublant ou triplant d'une manière absolue , aucun des pays ne se ressentirait d'une exubérance de monnaie.

Le prix des marchandises s'élèverait partout sous l'influence de cette circulation multipliée , mais nulle part on n'exporterait du nu-

méraire. Mais ces proportions seraient détruites si , la circulation de l'Angleterre seule doublant, celles de Hollande , de France , etc., restaient les mêmes. Nous reconnaîtrions alors un excès dans notre circulation ; par la même raison , il se formerait un vide dans celle des autres pays et une partie de notre excédant s'exporterait jusqu'au moment où les proportions primiti^^es de dix , de cinq , quatre millions, etc., auraient été rétablies.

Si une once d'or avait en France plus de valeur qu'en Angleterre , et conséquemment, si elle acquittait en France une plus grande somme de marchandises communes aux deux pays , l'or abandonnerait immédiatement l'Angleterre pour aller effectuer cette opération au dehors. Nous expédierions ainsi l'or de préférence à tout autre article, parce qu'il constituerait la marchandise échangeable la moins chère sur le marché anglais. Si l'or est plus cher en France qu'en Angleterre, les marchandises doivent y être à plus bas prix. C'est pourquoi , au lieu d'être transportées d'un marché cher à un marché où les prix sont moins élevés , elles quitteront ce dernier pour affluer sur le premier et s'y échanger contre notre or.

La banque pourrait persister à émettre ses billets et l'exportation des coins continuer à être avantageuse au pays, tant que les billets seraient remboursables en espèces à volonté , car elle ne saurait jamais créer une masse de billets supérieure à la valeur du numéraire qui eût alimenté la circulation en l'absence d'une banque ' .

Si elle essayait de dépasser cette somme, elle verrait l'excédant lui revenir en échange d'espèces. En effet, la valeur de notre monnaie étant alors diminuée , provoquerait l'exportation du numéraire et l'enlèverait à notre circulation. C'est ainsi , comme je l'ai déjà expliqué , que notre circulation tend à entrer en équilibre avec celle des autres nations. Les avantages de l'exportation cesseraient aussitôt que cette égalité aurait été établie. Mais si la banque concluait, de ce qu'une quantité donnée d'instruments monétaires aurait été nécessaire l'année précédente , à une nécessité égale pour celle ci; ou si, pour toute autre raison, elle émettait de nouveau ses billets remboursés, le stimulant déjà exercé par une circulation exubérante sur l'exportation du coin , se reproduirait , et, avec lui , des

' Elle pourrait, à la rigueur, dépasser cette quantité ; car l'Angleterre participerait à l'accroissement que la banque développerait dans la circulation du globe.

effets analogues. L'or serait encore demandé , le change deviendrait défavorable , et l'or-lingot dépasserait légèrement son prix à la Monnaie, parce qu'il est légal d'exporter des lingots, mais illégal d'exporter du numéraire; enfin, la différence compenserait largement les risques de l'opération.

De cette manière, si la banque persistait à rejeter ses billets dans la circulation, elle pourrait voir enlever à ses coffres la dernière de ses guinées.

Pour suppléer à la faiblesse de son fonds en or, elle pourrait acheter de l'or-lingot au prix surélevé, et le faire frapper en guinées; mais cette mesure ne remédierait pas au mal. Les guinées seraient encore demandées , mais au lieu de les exporter, on les fondrait pour les vendre à la banque sous forme de lingots et au prix surélevé. « Les opérations de la banque , dit ingénieusement le docteur Smith, ressemblaient sous ce rapport à la toile de Pénélope ; l'ouvrage achevé le jour était détruit la nuit. » M. Thornton exprime les mêmes sentiments dans les lignes suivantes : « Voyant la masse des guinées diminuer chaque jour dans ses coffres, les administrateurs de la banque devront nécessairement s'efforcer de les remplacer par tous les moyens qui , sans être extravagants, seraient efficaces. Ils seront donc portés, jusqu'à un certain degré, à acheter l'or, même à un prix onéreux, et à le frapper en nouvelles guinées; mais ils le feront précisément au moment où un grand nombre de spéculateurs privés seront occupés à refondre ce qui est monnayé. Les uns fondront et vendront pendant que les autres achèteront et feront monnayer. Et ces opérations contraires ne s'accompliront pas dans le but d'exporter chaque guinée fondue à Hambourg, par exemple, mais elles concentreront leurs plus grands efforts sur le marché de Londres. Les monnayeurs et les fondeurs vivront ainsi sur le même lieu et se créeront mutuellement du travail. Si nous supposons d'ailleurs , poursuit M. Thornton, que la banque s'engage dans cette espèce de lutte avec les fondeurs , elle fera évidemment une guerre inégale ; et quand même elle ne s'en fatiguerait pas promptement, il est probable qu'elle déposera les armes avant ses adversaires. «

La banque serait donc , en dernier ressort , obligée d'adopter le seul remiède qui soit eu sa puissance pour arrêter la demande de gainées. Elle enlèverait progressivement à la circulation une partie de ses billets, jusqu'à ce quelle eiit élevé la valeur de l'autre partie au niveau de celle du lingot, et conséquemment au taux de la circulation des autres pays. Tous les avantages attachés à l'exportation s'ef-

faceraient alors et l'on ne serait plus tenté d'échanger des billets de banque contre des guinées

Il résulte donc de cet examen du sujet, que le penchant à exporte du numéraire en échange de marchandises, en d'autres termes,qu'une balance défavorable de commerce ne nait jamais que d'une sur abondance de circulation monétaire. Mais M. Thornton, qui a étudié ce sujet d'une manière très-vaste , suppose qu'une balance de commerce très- défavorable peut être léguée à ce pays par une mauvaise récolte, par l'importation du blé qui en résulterait, et que de plus, le pays dont nous sommes débiteurs peut en même temps refuser de recevoir nos marchandises en paiement. La balance due à ce pays devra nécessairement alors être soldée avec un contingent en numéraire , pris sur notre circulation : de là les demandes d'or-lingot et le renchérissement de son prix. 11 reconnaît, d'ailleurs, que la banque offre de grandes facilités aux négociants, en comblant avec ses billets le vide produit par l'exportation des espèces.

Comme M. Thornton a admis, en de nombreux passages de son écrit, que le prix de l'or-lingot est coté en or-monnaie ;

Comme il a aussi reconnu que la loi contre la fonte et l'exportation de l'or monnayé était facilement éludée, il en résulte qu'aucune demande pour les lingots d'or, dérivant de cette cause ou de toute autre, ne peut élever le prix en numéraire de cette marchandise. L'erreur d'un tel raisonnement provient de n'avoir pas reconnu la différence entre l'accroissement de la valeur de l'or et l'accroissement de soti prix en numéraire.

Si le blé était soumis à une grande demande, son prix en monnaie s'élèverait, parce qu'en comparant le blé avec le numéraire nous le comparons effectivement avec une autre marchandise : — de même, lorsqu'il existe de fortes demandes pourl'oT, son prix en blé s'accroît aussitôt. Mais jamais l'on ne verra un boisseau de blé valoir plus qu'un autre boisseau de blé, ou une once d'or plus qu'une once d'or. Une once d'or-iingot ne pourra, quelle qu'en soit la demande, avoir une valeur supérieure à une once d'or-monnaie, ou à 3 1. 1 7 s. 10 \r2d.

Si l'on n'admettait pas cet argument comme décisif, j'établirais que le iride supposé de la circulation ne peut être produit que par l'anéantissement ou la réduction du papier monnaie. Il serait dès lors rapidement comblé par des importations de lingots que son accroissement de valeur, déterminé par la diminution des agents de circulation, attirerait infailliblement sur le marché favorable. Quelque grande que soit la disette de blé, l'exportation du numéraire

se trouYera limitée par la rareté (Toissante des agents de circulation. La monnaie excite de si nombreuses demandes, elle est devenue dans l'état actuel de la civilisation tellement essentielle aux opérations commerciales, qu'on ne pourra jamais l'exporter à l'excès. — Dans l'hypothèse même d'une guerre comme celle que nous subissons, et pendant laquelle nos ennemis s'efforcent d'interdire tout commerce avec nous, dans cette hypothèse même, la valeur que recevrait notre numéraire de sa rareté croissante, empêcherait que l'exportation ne fût poussée assez loin pour occasionner un vide dans la circulation.

M. Thornton ne nous a pas expliqué pourquoi les pays étrangers refuseraient de recevoir nos marchandises en échange de leur blé. Et d'ailleurs, il serait nécessaire pour lui de démontrer que cette répugnance existant en effet, nous consentirions à la subir jusqu'au point de nous priver de tout notre numéraire.

Si nous consentons à donner du numéraire en échange de blé, ce doit être par choix et non par nécessité. Nos importations de marchandises ne dépasseront nos exportations que dans le cas où, subissant une surabondance de monnaie, nous jugerions convenable de la réunir à nos articles d'exportation. L'exportation du numéraire naît de son bas prix ; elle n'est pas l'effet, mais la cause d'une balance défavorable. Nous ne l'exporterions pas si nous ne le remettions à un marché plus avantageux, ou s'il existait une autre marchanchandise dont l'expédition fût plus favorable. C'est là un remède salutaire pour une circulation exagérée; et comme j'ai déjà essayé de prouver que l'exubérance ou l'excès sont seulement des termes relatifs, il en résulte que les demandes étrangères naissent exclusivement d'une pénurie comparative qui détermine une plus value dans les agents monétaires.

Toutes ces considérations se réduisent entièrement à une question d'intérêt. Si les vendeurs de blé, après avoir approvisionné le marché d'Angleterre pour une valeur d'un million, pouvaient y recevoir des marchandises qui coûteraient un million en Angleterre , mais qui , vendues au dehors produiraient plus que la remise du million en monnaie, les marchandises seraient préférées. — Dans le cas contraire, les demandes s'adresseraient à la monnaie.

Si les étrangers préfèrent l'or en échange de leur blé, c'est seulement après avoir comparé la valeur de l'or et des autres marchandises sur leurs marchés et sur le notre, et s'être assurés que l'or est moins cher sur le marché de Londres que sur les leurs. Diminuons la masse du numéraire , et nous lui donnerons immédiatement une valeur addi-

tionnelle. Immédiatement aussi le choix des étrangers se reportera sur les marchandises. Si je suis débiteur envers Hambourg de 100 1., je rechercherai le mode de paiement le moins onéreux. Si j'envoie de l'argent, en supposant les frais de transport de 5 1., le remboursement de ma dette me coûtera 105 1. Si j'achète ici du drap qui s'élève avec les frais d'exportation à 106 1. et qui se vendra à Hambourg 100 1., il me sera évidemment plus profitable de faire ma remise en numéraire. Si, enfin, l'achat et les frais à supporter pour acquitter ma dette avec de la quincaillerie s'élevaient à 107 1., je préférerais le drap à ce dernier article ; mais à tous deux je préférerais encore la monnaie, celle-ci étant la marchandise d'exportation le moins chère sur lé marché de Londres. Les mêmes raisons agiraient sur le spéculateur de blé, si l'opération était à son propre compte. Mais si les administrateurs de la banque, « tremblant pour la sécurité de leur établissement, » et prévoyant que le nombre de guinées nécessaire leur serait enlevé au prix de la monnaie; si, dis-je, ils jugeaient indispensable de diminuer le montant des billets en circulation, la proportion existante entre la valeur de la monnaie ; du drap et delà quincaillerie ne serait plus comme 105, 106 et 107. La monnaie deviendrait la plus précieuse marchandise , et serait dès lors affectée avec moins d'avantage au paiement des dettes étrangères.

Dans le cas même , plus impérieux , où nous aurions consenti à payer un subside à une puissance étrangère , on n'exporterait l'or que s'il n'y avait plus sur le marché de marchandises propres à effectuer les paiements à de meilleures conditions ; l'intérêt individuel rendrait tout à fait inutile l'exportation du numéraire ' .

Ainsi donc, pour acquitter une dette, on n'expédiera des espèces au dehors que dans le cas où elles seront surabondantes ; que dans le cas où elles constitueront la marchandise'd' exportation la moins chère.

* Cette assertion se trouve fortement corroborée par les évaluations de M. Rose à la chambre des communes ; évaluations d'après lesquelles nos exportations au raient excédé de 16 millions (je crois) nos importations. Nous n'avons pu importer des lingots en échange de ces exportations, parce qu'il est bien reconnu que leur prix ayant été pendant toute l'année plus élevé à l'étranger qu'ici, on a dû expédier une large quantité de notre monnaie d'or. Il peut donc ajouter à la valeur de la balance des exportations celle des lingots expédiés. Une partie de cette somme peut nous être due par les nations étrangères , mais le surplus doit être strictement égal à nos dépenses extérieures, consistant en subsides à nos alliés et

dans l'entretien de nos armées et de nos flottes au -dehors.

( Note de l'Auteur. )

Si à la même époque la banque payait ses billets en espèces, la demande de l'or s'accroîtrait rapidement et tendrait à satisfaire ces besoins additionnels. Alors même que le prix de l'or comme lingot serait supérieur à sa valeur comme coin , les spéculateurs l'obtiendraient à la banque au prix de la Monnaie, car les lingots peuvent , et les espèces ne peuvent pas s'exporter légalement.

Il est évident dès lors que la dépréciation des agents monétaires est la conséquence immédiate de leur surabondance, et que, dans l'état habituel de la circulation nationale, celte dépréciation se trouve corrigée par l'exportation des métaux précieux \

Telles m'apparaissent alors les lois qui régissent la distribution des métaux précieux sur le globe, et qui, en déterminant leur valeur, provoquent et limitent leurs migrations d'un pays à un autre. Mais avant d'appliquer ces principes à l'examen du principal objet de mes recherches , je dois nécessairement indiquer l'étalon métrique des

* Il a été établi dans une publication d'une réputation grande et méritée , dans la Revue (TEdimbourg (P' vol., p. 183 ), qu'un accroissement dans la circulation du papier occasionnerait une hausse dans le prix en papier ou en numéraire, des marchandises, mais ne produirait aucune augmentation dans leur prix en lingots.

Cette observation, vraie pour une époque où la circulation serait exclusivement alimentée avec du papier non remboursable en espèces, devient inexacte dès que le numéraire constitue une partie des monnaies. Dans ce dernier cas, l'effet d'une surémission de papier serait de rejeter de la circulation une masse égale d'espèces. Mais on ne pourrait le faire sans ajouter à la quantité de lingots, et conséquemment sans abolir leur valeur sur le marché ; en d'autres termes, sans accroître le prix en lingots des marchandises. C'est sous l'influence exclusive de cette baisse dans la valeur de la circulation métallique et des lingots que naît la tentation de les exporter; et la pénalité qui pèse sur la fusion du coin est la seule cause d'une petite différence entre la valeur du numéraire et des lingots ou d'un excédant dévolu au prix du marché sur le prix à la Monnaie. Mais , exportation de lingots est synonyme de balance défavorable du commerce. De quelque source que procède une exportation de lingots en échange de marchandises, on la nomme (très-incorrectement suivant moi) , une balance défavorable du commerce.

Quand la circulation est entièrement composée de papier , tout accroissement dans sa quantité tend à élever le prix en monnaie des lingots sans abaisser leur valeur, de la même manière et dans les mêmes proportions suivant lesquelles il élèverait le prix des autres marchandises. — Cet accroissement abaisserait aussi les changes extérieurs. Mais la baisse sera seulement nominale et non réelle. Elle ne déterminera pas l'exportation des lingots., parce que l'abondance de ces lingots sur le marclié n'étant pas augmentée, leur valeur intrinsèque n'aura subi aucune diminution. {Note de l'Auteur.)

valeurs dans ce pays , celui dont notre monnaie de papier devrait être le signe représentatif . En effet, c'est seulement en la comparant avec cet étalon qu'on peut évaluer son intégrité ou sa dépréciation.

On ne peut dire qu'il existe une mesure invariable' des valeurs là où la circulation monétaire se compose de deux métaux, parce qu'ils sont soumis à de continuelles variations dans leur valeur relative. Quelque exactitude que mettent les directeurs de la Monnaie à équilibrer la valeur relative de l'or à l'argent , au moment où ils établissent le rapport dans les monnaies , ils ne peuvent empêcher un de ces métaux de s'élever, pendant que l'autre reste stationnaire ou baisse de valeur. Or, quand ces perturbations se manifesteront, on fondra un des deux métaux pour l'échanger contre l'autre. M. Locke, lord Liverpool et une foule d'autres écrivains ont habilement scruté cette question. Tous s'accordent à penser que le seul remède qu'on puisse appliquer à la circulation au milieu des complications issues de cette source, consiste à attribuer exclusivement à l'un des deux métaux le rôle d'étalon métrique de la valeur. M. Locke considérait l'argent comme le métal le plus propre à cette fonction. Il proposait de laisser aux espèces en or le soin de fixer elles-mêmes leur valeur, et de passer pour une quantité de shillings plus ou moins grande suivant les variations du prix de marché de l'or relativement à l'argent.

Lord Liverpool soutenait au contraire que non-seulement l'or était le métal le plus propre à servir de mesure générale des valeurs dans ce pays, mais encore que le consentement unanime de la nation lui avait donné ce caractère déjà reconnu par les étrangers, et qu'il était mieux en rapport avec le développement du commerce et de la richesse en Angleterre. Il proposa donc que les coins d'or fussent déclarés monnaie légale pour les sommes excédant une guinée , et les coins d'argent pour celles qui ne dépasseraient pas ce chiffre.

D'après les prescriptions actuelles de la loi, lecoin d'or est pris pour

* A vrai dire, il ne peut y avoir de mesure invariable des valeurs. — Une telle mesure devrait elle-même être fixe; et ce n'est pas là le caractère de l'or ou de l'argent qui sont sujets à des fluctuations, comme toutes les autres marchandises. Cependant l'expérience nous enseigne qu'en rapportant l'or ou l'argent àdesépo» ques distantes, les variations dans leur valeur peuvent être considérables , mais que pour un court espace cette valeur est passablement stable. Cette propriété, parmi tant d'autres avantages, les rend plus propres que toute autre marchandise aux fonctions de monnaie. C'est pourquoi l'or ou l'argent peuvent indifférenment, sous ce rapport, être appelés une mesure de la valeur. {Note de l'Auteur.

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monnaie légale jusqu'à concurrence de toute somme. Mais il fut décrété, en 1 774, « que nulle offre de paiement faite dans la monnaie d'ar- » gent du royaume pour une somme supérieure à vingt-cinq guinées » à la fois, ne serait réputée légale ou admise comme monnaie légale » dans le Boyaume-Uni pour plus de sa valeur au poids, déterminée " d'après le taux de 5 s. 2 d. pour chaque once d'argent. » La même décision a été renouvelée en 1798, et est aujourd'hui en vigueur.

Il paraît éta1)]i au-dessus de toute contestation, par les nombreux arguments de lord Liverpool que l'or a été pendant près de cent ans la mesure principale de la valeur. Mais ce fait doit être attribué, selon lui, à l'évaluation inexacte des proportions de la Monnaie. L'or a été évalué trop haut. Dès lors il ne saurait y avoir dans la circulation de monnaie d'argent au titre légal.

Si, par un nouvel arrêté, l'argent était évalué trop haut; ou (ce qui est la même chose) si les différences entre les prix de l'or et de l'argent sur le marché devenaient plus grandes que celles de la monnaie, l'or disparaîtrait immédiatement, et l'argent y deviendrait la monnaie type.

Ceci demande de plus longs développements. La valeur relative de l'or à l'argent dans les Monnaies est de 15 9^1 2i à 1. Une once d'or frappée en .3 1. 17 s. 10 1/2 d. vaut, d'après les proportions de la Monnaie, 15 9/124 onces d'argent, puisque ce même poids d'argent, tranformé en coins donne 3 1. 17 s. 10 1/2 d. de monnaie d'argent. Tant que la valeur comparative de l'or à l'argent sera, sur le marché, au-dessous de 1 5 à 1 , phénomène qui s'est reproduit depuis un grand nombre d'années, l'or deviendra nécessairement rétalon métrique des valeurs. En effet, ni la banque, ni aucun particulier ne feraient frapper à la Monnaie en 3 1. 17 s. 10 1/2 d. les 15 9/124 onces d'argent qu'ils pourraient vendre sur le marché pour plus de 3 1. 17 s. 10 1/2 d. en coins d'or. Et remarquons que cette vente pourrait s'effectuer dans le cas où moins de 15 onces d'argent suffiraient pour acheter une once d'or.

Mais si le rapport de l'or à l'argent dépasse les termes de l'administration, ou 15 9/124 à 1, on verra immédiatement disparaître le monnayage de l'or; car les deux métaux étant simultanément monnaies légales , dans le sens le plus absolu du mot , le possesseur d'une once d'or n'enverrait jamais à la Monnaie, pour être convertie en 3 1. 17 s. 10 1/2 d. , l'once d'or qu'il pourrait vendre pour plus de 3 1. 17 s. 10 1/2 d. en monnaie d'argent, comme dans l'hypothèse supposée.

Non-seulement on ne ferait pas frapper l'or, mais les spéculateurs illicites fondraient les espèces et vendraient le métal à l'état de lingot bien au-dessus de sa valeur nominale en monnaie d'argent. L'ordsipar aï trait ainsi de la circulation, et les types en argent constitueraient l'étalon métrique de sa valeur. Comme l'or a dernièrement éprouvé une hausse considérable relativement à l'argent, nous verrions se produire cette substitution dans le cas où le Bank Restriction' Bill serait annulé et le monnayage de l'argent rendu libre comme celui de l'or. — Cette hausse est d'ailleurs positive ; une once d'or au titre qui, d'après une moyenne de nombreuses années, valait 1 4 3/4 onces d'argent également en titre, vaut actuellement 15 1/2 onces. Mais dans un acte du parlement de la 39'"^ année de George III se trouve la clause suivai^te :

« Considérant que des inconvénients peuvent résulter de tout monayage d'argent jusqu'à l'adoption des réglenients nécessaires ; considérant que, vu le bas prix actuel des lingots d'argent déterminés par des circonstances temporaires, il a été porté à la Monnaie, pour être frappée, une petite quantité d'argent qui tend à s'accroître, et il nous a paru nécessaire de suspendre pour le moment le monnayage de l'argent, nous avons donc décrété et décrétons ce qui suit : — A partir de la promulgation de cet acte il ne pourra être frappé à ia Monnaie aucune quantité de lingots d'argent, ni être distribuée aucune mon naie d'argent qui y aurait été frappée. — Sont et demeurent abrogées les lois contraires au présent arrêté. «

Cette loi est actuellement en vigueur.

L'intention du législateur, par ces mesures , a nécessairement été d'établir l'or pour étalon monétaire dans ce pays.

Tant qu'on maintiendra cette loi l'argent se trouvera affecté aux petits paiements seuls, — la quantité qui en existe dans la circulation étant rigoureusement suffisante pour accomplir cette fonction . Il pouvait être avantageux au débiteur d'acquitter ses fortes dettes en monnaie d'argent, sll pouvait faire frapper des lingots de ce métal ; mais la loi le lui interdisant, il est nécessairement obligé de liquider sa dette avec de la monnaie d'or qu'il peut toujours se procurer à la Monnaie contre des lingots d'or. — Sous l'empire de cette loi, l'or devra donc continuer à être l'étalon de la circulation.

Si même la valeur d'une once d'or sur le marché devenait égale à 30 onces d'argent, l'effet de cette prohibition serait encore de conserver à l'or le rôle de mesure de la valeur. Il n'importerait guèie

au possesseur des 30 onces d'argent de savoir qu'à une autre époque il aurait pu acquitter une dette de 3 1. 17 s. 10/2 d. en faisant frapper à laMonnaie 15 9/124 onces d'argent ; il ne lui importerait guère, dis-je, puisque dans le cas actuel, il ne peut liquider sa dette qu'en vendant ses 30 onces d'argent au prix du marché, c'est-à-dire, pour une once d'or ou 3 1. 1 7 s. 10/2 d. de coin d'or.

Le public subira, à différentes époques, des pertes très-sérieuses résultant de la dépréciation que produit dans les instruments de circulation l'industrie frauduleuse des rogneurs. Les marchandises contre lesquelles ils s'échangent s'élèvent, quant à la valeur nominale, dans un rapport exact avec leur dégradation ; et cela sans excepter les lingots d'or et d'argent. Aussi voyons-nous qu'avant la refonte du signe de Guillaume III, la monnaie d'argent était si dépréciée, qu'une once d'argent qui aurait dû être contenue en 62 pence, était disséminée en 72 pence. En même temps une guinée qui était évaluée à 21 shillings passait dans les contrats pour 30 shillings. La refonte porta remède à tous ces désordres. Des effets analogues résultèrent de la dépréciation des coins d'or et furent également corrigés en 1774 par les mêmes moyens.

Depuis 1774 nos monnaies d'or ont conservé presque intacte leur pureté légale; mais la monnaie d'argent a essuyé encore quelques altérations. Un essai, fait à l'administration en 1798 , fit voir qu'à cette époque nos shillings étaient de 24 p. O/o? et les six pences de 38 p. O/o, au-dessous de leur valeur à la Monnaie ; et je sais qu'une expérience récente a démontré qu'ils étaient beaucoup plus altérés. Ils ne contiennent donc pas autant d'argent pur que sous le roi Guillaume. Cependant cette dépréciation ne produisit point, avant 1798 , l'effet déjà signalé dans la première circonstance. A cette époque les lingots d'or et d'argent s'élevèrent dans le rapport de la dégradation des unités d'argent. Les changes étrangers s'établirent largement contre nous à 20 pour O/o; un grand nombre même dépassèrent ce chiffre. Mais quoique la dégradation se fût perpétuée pendant de nombreuses années , elle n'avait jamais, antérieurement à 1798, élevé le prix de l'or ou de l'argent, ou produit le moindre effet sur les changes. Cette circonstance prouve d'une manière décisive que , pendant toute cette période, la monnaie d'or fui acceptée comme étalon métrique de la valeur. Toute altération des coins d'or eût sans cela produit, sur les prix des lingots d'or et d'argent, et sur les changes étrangers, des pertur-

bâtions analogues à celles qui suivirent la dégradation des monnaies d'argent ^

Tant que la circulation des différents pays consiste en métaux précieux ou en une monnaie de papier constamment remboursable, et tant que les agents métalliques n'ont été altérés ni par le frai ni parles rogneurs, il est facile de déterminer le pair général du change en comparant le poids et le titre des monnaies. Ainsi le pair du change entre la Hollande et l'Angleterre a été fixé à environ onze florins, parce que la quantité d'argent pur contenu dans onze florins est égale à l'argent pur contenu dans 20 shillings types.

Ce pair n'est ni ne peut être absolument invariable. En effet, l'or étant l'étalon du commerce en Angleterre, comme est l'argent à Hambourg, une livre st. — ou les 20/21 d'une guinée, — peut à diverses époques valoir plus ou moins que vingt shillings au titre, et conséquemment plus ou moins que son équivalent, onze florins. Notre but sera d'ailleurs assez exactement atteint, que nous estimions le pair en argent ou en or.

Je me suppose une dette envers la Hollande. Si je connais le pair du change, je connaîtrai aussi la quantité de notre monnaie nécessaire pour l'acquitter.

Si ma dette s'élève à 1 100 florins, la valeur de l'or étant d'ailleurs la même, 1 00 1. de notre coin d'or au titre achèteront la somme de monnaie hollandaise nécessaire au paiement de cette dette. Je puis donc indifféremment exporter les 100 1. en numéraire, ou, ce qui revient au même, acheter d'un marchand de lingots un effet qui liquidera ma dette. Je lui allouerai dans l'achat de l'effet les frais de transport, tels que ceux de fret, d'assurance, et son profit légitime. De son côté il exportera les lingots, pour donner à son correspondant les moyens de couvrir la traite à l'échéance. Ces frais constituent donc les limites extrêmes d'un change défavorable.

Quelque grande que soit ma dette, et en la supposant même égale au plus lourd des subsides accordés par ce pays à un allié , le changeur sera toujours satisfait d'exporter le numéraire et de me vendre des traites , si je puis le payer en monnaie au titre. Mais si je lui paie

' Quand les unités d'or furent dégradées antérieurement à la refonte de 1774, les lingots d'or et d'argent s'élevèrent au-dessus de leur prix à la Monnaie, pour retomber au moment où la monnaie atteignit sa pureté actuelle. Les changes, par les mêmes causes, devinrent favorables, de défavorables qu'ils étaient auparavant.

son billet en numéraire déprécié ou en une monnaie de papier tombée en discrédit, il répugnera à me vendre son billet à ce taux. En effet, si le coin est altéré, il ne contient évidemment plus la quantité d'or ou d'argent pur dont se composent légalement 1001. ; il devra donc exporter un nombre additionnel de ces pièces dégradées pour acquitter ma dette de 1001. ou son équivalent, 1100 florins. Si je le rembourse en monnaie de papier, comme il ne peut le répandre au dehors, il examinera si ce papier peut acheter la quantité de lingots d'or et d'argent contenue dans le coin dont il est le signe représentatif. S'il en est ainsi, il n'hésitera pas à accepter le papier au même titre que le numéraire ; mais dans le cas contraire, il exigera pour sa traite une prime supplémentaire équivalente à la dépréciation du papier.

C'est pourquoi , dans l'hypothèse d'une circulation alimentée par un numéraire fidèle ou par une monnaie de papier immédiatement échangeable contre ce numéraire, le change ne peut jamais être au-dessus ou au-dessous du pair d'une quantité très-supérieure aux dépenses nécessitées par le transport des métaux précieux. Mais quand la circulation se compose d'une monnaie de papier dégradée, elle s'avilit nécessairement dans un rapport direct avec le degré de la dépréciation. Le change nous fournira dès lors un critérium assez exact pour déterminer la dégradation de la circulation, qu'elle procède d'un numéraire rogné ou d'un papier-monnaie discrédité.

Sir James Stevvart observe que, « si l'on avait changé le pied mé- » trique sur toute la surface de l'Angleterre, soit en l'augmentant, soit » en le réduisant d'une partie proportionnelle à sa longueur type, le > meilleur procédé pour découvrir cette altération serait de comparer " le nouveau pied avec celui de Paris ou celui de tout autre pays » resté invariable. «

« De même, si on découvrait quelque altération dans la livre » sterling, qui est l'unité anglaise , et qu'une complication d'événe- » ments rendît difficile le calcul de cette variation, le meilleur moyen » pour y parvenir serait de comparer la valeur précédente et actuelle » de la livre sterling avec la monnaie chez les nations où elle n'aurait « subi aucun changement. — Le change conduira à ce résultat d'une » manière certaine . »

Les rédacteurs de la Revue d'Edimbourg s'expriment ainsi en parlant de la brochure de lord King : « De ce que les lingots constituent toujours une partie de nos importations, il ne faut pas conclure que la balance du commerce penche dès lors constamment en notre faveur.

Les lingots , ajoutent-ils , sont une marchandise soumise comme toutes les autres à des demandes inconstantes, et, à ce titre, ils figurent également dans le catalogue des importations et des exportations. Ces importations ou ces exportations de lingots influeront d'ailleurs sur le cours du change d'une manière analogue au mouYcment général des autres marchandises. »

Personne n'exporte ou n'importe des lingots sans avoir préalablement consulté le taux du change. C'est dans cette donnée que nous puisons la valeur relative des lingots dans les deux pays soumis à nos calculs. Les cotes de change sont donc pour le marchand de lingots ce que les prix courants sont à la masse des négociants, quand ils se déterminent à exporter ou importer les autres marchandises. Si onze florins de Hollande contiennent rigoureusement autant d'argent fin que vingt shillings au titre, personne ne s'avisera d'exporter de Londres à Amsterdam une quantité de lingots d'argent égale en poids à ces vingt shillings , si d'ailleurs le change est en pair ou défavorable à la Hollande. En effet ce transport doit causer nécessairement quelques frais et quelques risques ; et déjà le terme de pair exprime en lui-même qu'on peut obtenir en Hollande, par l'achat d'une lettre de change et sans frais, une quantité de lingots d'argent du même poids et de la même pureté. Qui donc enverra des lingots en Hollande sous des frais de trois ou quatre pour cent, quand l'achat d'une traite au pair lui concède l'ordre de faire remettre à son correspondant en Hollande la masse de lingots qu'il allait exporter? H serait tout aussi raisonnable de prétendre que, lorsque le prix du blé dépasse en Angleterre celui du continent, les spéculateurs, en dépit de tous les frais d'exportation, expédient le blé sur le marché le moins cher.

J'ai déjà signalé les désordres qui menacent une circulation métallique. Je vais maintenant étudier ceux qui, sans dériver d'une altération des coins d'or ou d'argent , n'en contiennent pas moins le germe de conséquences plus sérieuses.

Notre système de circulation est presque entièrement composé de papier. — C'est donc pour nous un devoir de prévenir, avec une sollicitude au moins aussi active que pour les agents métalliques, la dépréciation de la monnaie de papier.

Or, nous avons négligé de le faire.

Le parlement, en suspendant les paiements- espèces de la banque, a conféré aux gérants de cet étabUssement le privilège d'accroître ou de réduire à plaisir la quantité et le montant de leurs billets. De {OEuv. de Ricardo.) 27

plus, cette disposition ayant renversé toutes les digues élevées contre une surémission, les directeurs ont acquis le pouvoir d'augmenter ou de diminuer la valeur de la circulation de papier.

Pour reporter les maux actuels de la circulation à leur source et prouver leur réalité par un appel à ces deux témoignages infaillibles, le taux du change et le prix des lingots, je m'armerai du rapport de M. Thornton sur la conduite de la banque avant la restriction. Ce rapport m'aidera à démontrer avec quelle fidélité les gérants de la banque ont obéi au principe que M. Thornton a si fortement établi , en disant que « la valeur des billets dépend de leur montant, et que les directeurs en ont pu calculer les variations par le moyen des contrôles auxquels j'ai déjà fait appel. »

M. Thonrton nous dit : « Toutes les fois que les changes du pays » devenaient assez défavorables pour donner au prix du marché de l'or » une grande supériorité sur celui de la monnaie , les gérants de la « banque, comme l'indiquent leurs dépositions au gouvernement, » paraissent avoir été disposés à recourir à une réduction de leur » papier, dans le but d'affaiblir ou d'écarter tout abus et de pourvoir » ainsi à la sécurité de leur établissement. — Us se sont même constam- » ment appliqués, par une sage prévoyance, à maintenir la masse de « leurs billets dans de certaines limites. » Ailleurs il ajoute : « Quand w le prix atteint par nos coins d'or sur les marchés étrangers est tel » qu'il tend à les entraîner hors du royaume, les directeurs de la i> banque , inquiets pour la sûreté de leur établissement , diminuent » naturellement d'une certaine quantité la masse de leurs billets. » En réduisant leur papier ils élèvent sa valeur ; et en élevant sa va- » leur, ils accroissent en même temps, en Angleterre, celle de la mon- » naie courante contre laquelle on les échange. Ainsi la valeur de » nos coins d'or se mesure sur celle du papier circulant, et les direc- » teurs de la banque s'efforcent de conserver au papier la valeur qu'il » doit avoir, pour prévenir de larges exportations. D'ailleurs, cette » valeur s'élève quelquefois un peu au-dessus, et quelquefois s'a- » baisse un peu au-dessous du prix de notre coin au dehors. »

C'est pourquoi la nécessité que ressentaient les gérants de la banque de protéger la sécurité de leur établissement, avait toujours prévenu, jusqu'au bill de restriction, une émission exagérée de monnaie de papier. Ainsi, nous trouvons que pendant une période de vingt-trois années, antérieures à la suspension des paiements- espèces, en 1797, le prix moyen de l'or-lingots a été de 3 1. 17 s. 7 3^4 d. l'once, environ 2 3^4 d. au-dessous du prix de la monnaie; pour les seize années an-

térieures à 1774 , il n'avait jamais été de beaucoup supérieur à 4 1. l'once.

11 faut se rappeler que , pendant ces seize années, notre coin d'or ayant été altéré par le frai , 4 livres de cette monnaie dégradée ne pesaient probablement pas autant que l'once d'or contre laquelle on les échangeait.

Le docteur Smith considère tout excédant du prix courant de l'or sur le prix de la monnaie, comme, le résultat de la constitution des agents métalliques. Il pense que ces deux chiffres doivent peu s'écarter l'un de l'autre, lorsque la monnaie conserve son poids et son titre officiels.

M. Thornton nie que cette cause puisse être la seule. « Nous avons » épouvé dernièrement , dit-il , des fluctuations sensibles dans nos » changes, et des variations correspondantes dans la valeur relative » de l'or sur le marché et à la monnaie. — Ces fluctuations, qui at- » teignirent 8 et 10 p. O^o? ont pourtant eu lieu en face d'une » circulation monétaire dont l'état est resté le même sous tous les » rapports. » M. Thornton aurait dû songer qu'au moment où il écrivait, les porteurs de billets étaient privés du droit de se faire rembourser à la banque en espèces , et que le docteur Smith n'avait pu prévoir cette cause de dépréciation. Si M. Thornton avait effectivement démontré que des fluctuations de 1 0 p. O^o ont réagi sur l'or dans un moment où le coin conserva son intégrité, et la banque ses paiements en espèces , il eût convaincu le docteur Smith « d'avoir traité ce sujet important d'une manière faible et peu satisfaisante'. »

' L'excédant du prix de marché des lingots d'or ou d'argent sur le prix à la monnaie peut, lorsque les coins des deux métaux sont admis comme monnaie légale, et qu'il n'existe aucune prohibition contre le monnayage de chacun d'eux ^ provenir d'une variation dans leur valeur relative. Mais dans ce cas on reconnaîtrait aussitôt la nature de l'excédant, en ce qu'il atteint le prix d'un des deux métaux seulement. Ainsi l'or serait au taux de la monnaie ou au-dessous , tandis que l'argent serait au-dessus, et réciproquement.

Vers les derniers jours de 1 795, dans un moment où la Banque avait en circulation une masse de billets supérieure à celle des années précédentes et postérieures, où les difficultés de la situation se révélant déjà elle paraissait avoir abdiqué toute prudence dans la gestion de ses affaires, et où elle élut M.Pitt seul directeur^ le prix de r or-lingot s'éleva momentanément à 41. 3s. ou 4. 1. 4. s. l'once. Mais les directeurs prévirent avec inquiétude les conséquences de ces faits. Dans un exposé adressé à M, Pitt, et daté d'octobre 1795 , après avoir établi « que les demandes pour l'or ne paraissaient pas devoir cesser promptement , » et qu'elles avaient éveillé de très-grandes craintes dans la cour des directeurs , ils disent :

4i>0 QEUVKES DIVERSES.

Mais tous les obstacles élevés contre les émissions exagérées de la banque ont été renversés par l'acte du parlement. Comme ies direc teurs se voient autorisés êi suspendre leurs paiements en espèces, ils ne sont plus tenus, par des craintes sur la solidité de leur établissement, à réduire la quantité de leurs billets à des proportions susceptibles de leur conserver une valeur égale à celle du numéraire dont ils sont les signes représentatifs. Aussi voyons -nous que For-lingot s'est élevé de 3 1. 17 s. 7 3|4 d. , moyenne antérieure à 1797, à 41. 10 s. et même dernièrement à 4 1. 13 s. l'once.

Nous pouvons donc conclure légitimement que cette différence de valeur relative, ou, en d'autres mots, que la dépréciation actuelle des billets de banque a été provoquée par les émissions surabondantes de la banque. La même cause aussi qui a produit une différence de 15 à 20 p. 0^0 dans les billets de banque comparés aux lingots d'or, peut l'élever à 50 p. 0/0. On ne saurait assigner de limites à la dépréciation qui peut naitre d'une quantité de papier constamment multipliée. Le stimulant qu'une circulation surabondante imprime à T exportation du numéraire acquiert une nouvelle force , et cependant il ne peut avoir aucune influence salutaire sur une circulation générale composée d'une monnaie de papier dont l'usage est nécessairement restreint à notre pays. Chaque accroissement dans la quantité le dégrade au-dessous de la valeur des lingots d'or et d'argent, au-dessous de la valeur des monnaies étrangères. L'effet est semblable à celui que produiraient la rognure de nos signes métalliques.

Si on enlevait un cinquième aux guinées , le prix de marché des lingots d'or dépasserait d'un cinquième le prix à la monnaie. Quarante-quatre guinées et demie (nombre de guinées pesant une livre et formant le prix à la monnaie) ne pèseraient plus une livre. Il faudrait un cinquième de plus, ou environ 56 guinées, pour constituer

« Le prix de l'or élevé actuellement à 4 1. 3 s. ou 4 1. 4. s. * l'once , et celui des guinées restreint à 3 1. 17 s. 10 1;2 d. démontrent clairement l'opportunité de nos craintes. // suffira d'exposer ces faits au lord chancelier de l'échiquier. » Il est digne de remarque que pendant toute l'année les tables deWetenhall n'indiquent pas que le prix de l'or ait dépassé celui de la monnaie. En décembre on l'y trouve coté à 3 1. 17 s. 6. d.

* Il est difticile de dire sur quelle autorité les directeurs ont appuyé cette assertion, puisqu'il résulte d'un mémoire qu'ils ont présenté dernièrement au parlement, que pendant l'année 1795 ils n'ont pas acheté d'or en lingots à un plus haut prix que 3 liv. 17 s. 6 d.

le prix d'une livre d'or, et la différence entre le prix au marché et celui delà monnaie, entre 56 1. et 46 1. 14 s. 6 d., déterminerait la dépréciation.

Si l'on continuait à attacher le nom de guinées au coin altéré, et si l'on cotait la valeur des lingots d'or et des autres marchandises avec cette même monnaie avilie , une guinée nouvellement issue de la monnaie vaudrait nominalement 1 1. 5 s., et le spéculateur illicite lui donnerait cours au taux de cette dernière évaluation. Toutefois ce ne serait pas la valeur de la nouvelle guinée qui aurait été accrue, mais bien au contraire, celle des guinées altérées qui aurait fléchi. Ceci prendrait immédiatement le caractère de l'évidence, si par un arrêté on interdisait de donner aux guinées altérées un cours autre que le prix de la monnaie, soit 3 1. 17 s. 10 1ï2 d. Ce serait substituer, pour étalon métrique de la valeur, les nouvelles et fortes guinées aux guinées rognées et dépréciées. Les dernières passeraient alors pour leur valeur intrinsèque et seraient appelées des pièces de 1 7 ou 18 shillings. Ainsi, si on promulguait aujourd'hui un édit semblable, il n'arrêterait pas le cours des billets de banque , mais il les ferait passer seulement pour la valeur des lingots d'or qu'ils pourraient acheter. Une guinée ne vaudrait plus alors 1 1. 5 s., et un billet d'une livre aurait cours seulement pour 1 6 ou 17 shillings. - Aujourd'hui l'or n'est qu'une marchandise, et les billets de banque sont l'étalon métrique de la valeur ; mais dans cette hypothèse l'or prendrait ce dernier caractère, et les billets de banque deviendraient la marchandise négociable.

« C'est la stabilité de notre change général, dit M. Thornton, ou, en » d'autres termes , l'égalité du prix de l'or au marché et à la mon- « naie, qui paraît être le signe distinctif d'une circulation de papier » non dépréciée.»

Si les événements qui provoquent l'exportation de l'or éclatent au moment où la banque a suspendu ses paiements, et où l'on ne peut se procurer l'or au prix de la monnaie , la petite quantité qu'on en pourra recueillir sera destinée .à être expédiée au dehors. Les billets de banque s'échangeront contre l'or sous un escompte proportionné à leur abondance. En disant cependant que l'or est à un haut prix, nous nous trompons. Ce n'est pas l'or, c'est le papier qui a changé de valeur. Comparons une once d'or, ou 3 1. 17 s. 10 ifi d. aux marchandises, et nous verrons se reproduire entre ces deux termes les mêmes rapports de valeur, sinon il faudra attribuer la différence à une augmentation d'impôts ou à une de ces causes multiples

qui agissent sur la valeur de Tor. Mais si nous comparons le signe représentatif d'une once d'or, 3 1. 17 s. 10 1 [2 d. en billets de banque, avec les marchandises, la dépréciation des billets nous apparaîtra manifestement. Je me verrai sur chaque marché du monde obligé de céder 4 1. 10 s. en billets de banque pour une quantité de marchandises égale à celle que je pourrais obtenir avec l'or contenu dans 3. 1. 17 s. 10 1|2 d. de numéraire.

On dit souvent qu'une guinée vaut à Hambourg 26 ou 28 shillings. Mais nous commettrions une étrange erreur si nous en déduisions qu'une guinée peut être échangée à Hambourg contre la quantité d'argent contenue dans 26 ou 28 shillings. Avant les modifications survenues dans la valeur relative de l'or à l'argent, on ne pouvait même obtenir pour une guinée, à Hambourg, 2 1 shillmgs d'argent au titre ; au prix du marché de ce jour une guinée peut se vendre pour une somme de monnaie d'argent, qui, importée et soumise au balancier de la monnaie , produirait en notre coin légal d'argent 21 s. 5 d. ^ . Et cependant, il est positif que la même quantité d'argent pourra acheter à^^Hambourg une lettre de change de 26 ou 28 shillings, payables à Londres en bank -notes. Quelle meilleure preuve ira-t-on chercher de la dépréciation de nos agents monétaires?

On prétend que si le bill de restriction n'était pas en vigueur, toutes les guinées abandonneraient le pays^.

Ceci est incontestable. — Mais si la banque diminuait la quantité de ses billete, de manière à relever de 1 5 p. O^o leur valeur, on pourrait sans danger rapporter le bill, car personne ne serait encore tenté d'exporter le numéraire. Quelque considérable que soit l'escompte subi par les billets, quelque éloignée que soit l'époque où la banque reprendra ses paiements en espèces, elle ne pourra jamais le faire sans avoir premièrement réduit aux proportions ci-dessus le montant de ses billets en circulation.

Tous les économistes s'accordent à ne voir dans la loi qu'une barrière illusoire contre l'exportation des guinées. On l'élude si facilement, qu'il est permis de se demander si elle a effectivement conservé à l'Angleterre une seule guinée de plus que n'en eût possédé le

» La valeur relative de J'or à l'argent sur le continent est à peu près la même qu'à Londres.

* Il faut entendre ici que toutes les guinées de la banque quitteraient le pays. — L'appât de quinze ;pour cent suffit largement pour provoquer l'exportation de celles soustraites à la circulation.

LE HAUT PRIX DES LINGOTS. â^à

pays sans elle. M. Locke, sir James Steuart, le docteur Smith, lord Liverpool et M. Thornton ont tous à l'envi professé cette opinion. Ce dernier dit : « La teneur de la loi anglaise tend indubitablement à » décourager et à limiter l'exportation des guinées; — mais elle ne » saurait agir avec efficacité quand cette exportation est provoquée par » une balance de commerce défavorable, et peut-être ne la restreint- » elle qu'imperceptiblement quand les bénéfices de l'opération de- » viennent considérables. « Cependant dès que le spéculateur illicite aura, dans l'état actuel des choses, fondu et exporté toutes les guinées qu'il aura pu recueillir, il hésitera avant d'acheter ouvertement des guinées à prime et de les payer en billets de banque. Car en face des profits importants attachés à cette spéculation , il voit se dresser des soupçons menaçants. On le surveillera et on l'empêchera de réaliser ses projets. Comme les pénalités sont sévères et l'appât jeté aux délateurs considérable, le secret devient la condition essentielle de ses opérations. 11 est facile de se soustraire à la loi, quand on peut obtenir des guinées en envoyant simplement des billets en remboursement à la banque. Mais quand il faut les puiser ouvertement dans une circulation disséminée sur une grande étendue et composée presque entièrement de papier, il faut des avantages bien majeurs pour faire braver aux spéculateurs le danger d'être découverts.

Nous pouvons nous faire une idée du développement qu'a dû prendre l'exportation de l'or, en réfléchissant qu'il a été frappé plus de 60 millions sterling de guinées pendant le règne actuel. — Mais rapportez la loi contre l'exportation des guinées, laissez un libre cours à cette industrie, et rien ne pourra empêcher de vendre une once de nos guinées d'or au titre, pour le même prix en billets de banque qu'une once de monnaie d'or portugaise ou d'or-lingot , si on lui reconnaît un degré de pureté égal. — Si cette once d'or se vend sur le marché au prix actuel des lingots au titre, à 4 1. 10 s. l'once, ou à leur prix immmédiatement antérieur, à 4 1. 13 s. l'once, quel marchand consentira à recevoir indifféremment pour ses marchandises la même valeur en billets de banque ou en or? Si le prix d'un habit était de 3 L 17 s. 10 1/2 d., ou une once d'or, et si en même temps l'once d'or se vendait 41. 13 s. en billets, irait-on jusqu'à croire qu'il doit sembler indifférent au tailleur d'être payé avec l'une ou l'autre de ces monnaies?

C'est seulement parce qu'une guinée n'achète qu'un billet d'une livre et un shilling, qu'un grand nombre de personnes hésitent à re-

connaître la dépréciation du papier. ~ La Revue d'Edimbourg se range de cet ayis; mais si mon raisonnement a été logique, j'ai dû démontrer la faiblesse de ces objections.

M. Thornton nous a avertis qu'un commerce défavorable suffit à expliquer l'existence d'un change défavorable. — Mais nous avons déjà vu que les effets d'un commerce défavorable (si ce terme est convenable) sur le change sont limités. Cette limite est probablement de 4 à 5 p. O/o; elle ne peut donc pas suffire à justifier une dégradation de 15 ou 20 p. 0/0. De plus, M. Thornton nous a dit, et j'adopte pleinement ses vues : « On peut établir comme vérité générale que les » importations et les exportations d'un pays tendent naturellement à » s'équilibrer, et que dès lors la balance du commerce ne peut lui » être pendant très- longtemps grandement favorable ou défavora- » ble. » Or, l'abaissement du change, loin d'être temporaire, existait avant l'écrit de M. Thornton, en 1802, et a suivi depuis une progression croissante. La cote est maintenant de 15 à 20 p. O/o contre nous. D'après ses propres principes, M. Thornton devra donc l'attribuer à une cause plus permanente qu'une balance défavorable du commerce , et je ne doute pas , quelle qu'ait été son opinion antérieure, qu'il n'arrive à assigner exclusivement tous ces résultats à une dépréciation des agents monétaires.

Il n'est plus possible, je pense, de nier que les billets de banque ne soient en discrédit. Quand le prix des lingots d'or est à 4 livres 10 s. l'once^ ou, en d'autres termes, quand un homme consent à donner en échange d'une once d'or un titre représentant officiellement une obligation de payer une once et un sixième d'or, il serait étrange de soutenir que 4 1. 10 s. en billet et 4 1. 10 s. en or-monnaie sont une valeur égale. Une once d'or donne par le monnayage 3 1. 17 s. 10 1/2 d. Lorsque je possède cette somme, je possède donc une once d'or, et certes je n'irai pas donner pour l'obtenir 4 1. 10 s. en pièces d'or ou en billets immédiatement échangeables contre 41. 10 s.

A moins que les prix ne s'évaluent dans la monnaie dépréciée, il serait fou de supposer que telle peut être la situation du marché.

Si le prix de l'or s'évaluait en argent il pourrait s'élever à 4, 5 et même 10 1. l'once. Et cette augmentation elle-même pourrait ne pas indiquer une dépréciation de la monnaie de papier, mais seulement une altération survenue dans la valeur relative de l'or et de l'argent. Or , j'ai déjà prouvé , je crois, que l'argent n'est pas la mesure type de la valeur , et ne peut, par cela même, servir à coter la valeur de l'or. Mais cette hypothèse , fût-elle exacte , comme une

once d'or vaut seulement 15 1/2 onces d'argent sur le marché, et comme 15 1/2 onces d'argent équivalent en poids cà 80 shillings, et donnent par le monnayage le même nombre de pièces, une once d'or ne se vendrait jamais au-dessus de 4 1.

Ceux-là qui soutiennent que l'argent est la mesure de la valeur ne sauraient donc pas prouver qu'une demande d'or, quelle qu'en soit la cause ou l'importance, a pu élever le prix de ce métal au-dessus de 4 livres l'once. Tout ce qui excédera cette somme devra nécessairement, d'après leurs propres principes, se traduire en une dépréciation de la valeur des bank-notes. Il en résulte que si les billets de banque sont le signe représentatif du coin d'argent, une once d'or qui achète actuellement 4 1. 10 s., achète une somme de billets représentant 17 1/2 onces d'argent, tandis que sur le marché des lingots elle ne s'échange que contre 15 onces 1/2. Quinze onces et demie de monnaie d'argent sont donc une valeur égale à une obligation , signée par la banque, de payer slu porteur dix-sept onces et demie.

Le prix de marché de l'argent évalué en billets de banque, est au jourd'hui de 5 s. 9 1/2 d. l'once; le prix à la monnaie est seulement de 5 s. 2 d. Conséquemment l'argent, au titre contenu dans 100 1. vaut plus de 1 12 1. en billets de banque.

Mais, dira-ton, les billets de banque sont les représentants de notre coin d'argent dégradé et non de l'argent au titre. Ceci est faux, car une loi, déjà citée, ne confie à l'argent le rôle de monnaie légale que pour des sommes qui ne dépassent jamais 25 l., si ce n'est au poids. Si la banque insistait pour payer le porteur d'un billet de banque de 1000 1. en pièces d'argent, elle contracterait l'obligation de lui donner de l'argent au titre et au poids officiels, ou une valeur égale en argent altéré. Elle conserverait seulement le droit de payer 25 1. en numéraire avili; mais les 1000 1. st. ainsi composées de 975 1. de monnaie pure et de 25 1. de monnaie altérée, valent plus de 1 1 1 2 1. au taux actuel des lingots d'argent sur le marché.

On prétend que le montant des billets de banque a été, dans son développement, en rapport direct avec l'extension de notre commerce, et ne peut être dès lors excessif. Il serait difficile de démontrer cette assertion ; et quand elle serait vraie, on n'en pourrait extraire que des arguments illusoires. Et d'abord les progrès journaliers, que des méthodes perfectionnées nous permettent de faire dans l'art d'économiser les agents monétaires, rendraient excessive la quan tité de billets de banque qui n'était que nécessaire pour le même commerce à des époques antérieures ; secondement, il s'établit une

concurrence perpétuelle entre la banque d'Angleterre et les banques de provinces, toutes s'efforçant de donner cours à leurs propres billets , et d'exclure les billets de leur rivale dans les districts où elles ont été fondées.

Comme ces dernières ont plus que doublé en l'espace de quelques années, n'est-il pas probable que leur activité a été couronnée de succès en déplaçant avec leurs propres billets une grande partie du papier de la banque d'Angleterre.

Si ce résultat a été effectivement atteint, nous trouverons excessive la même somme de billets de la banque d'Angleterre, qui auparavant, et avec un commerce moins étendu, suffisait rigoureusement à tenir notre circulation en équilibre avec celle des autres pays. On ne peut donc tirer aucune conclusion précise du chiffre actuel des billets de banque en circulation. On ne le peut, quoiqu'il doive ressortir indubitablement de l'examen des faits, que la multiplication des billets de banque et le haut prix de l'or ont habituellement été des phénomènes contemporains.

Il est permis de se demander, si 2 ou 3 millions de billets (somme qu'on suppose avoir été versée dans la circulation par la banque, additionnellement au montant qu'elle peut facilement admettre) si 2 ou 3 millions , dis-je, peuvent avoir des effets analogues à ceux qu'on leur attribue. — Mais il faut se rappeler que la banque détermine le montant du papier de toutes les banques de province ; et il est probable que, si elle augmente ses émissions de 3 millions, elle permet aux établissements provinciaux d'ajouter plus de 3 millions à la circulation générale d'Angleterre.

Les mêmes lois qui ont servi à répartir la monnaie du globe parmi les différentes nations qui l'habitent, servent encore à diviser les agents monétaires d'un pays particulier entre ses diverses provinces. Chaque district conservera pour la circulation une partie de la monnaie totale du pays, proportionnée aux besoins de son commerce, et, conséquemment, de ses paiements comparés au commerce général. Il ne pourra survenir aucun accroissement dans la monnaie d'un pays, qui ne soit aussitôt disséminé au loin ou qui ne provoque dans les autres districts la demande d'un contingent proportionnel. C'est à ce principe que les billets des banques de province doivent d'avoir la même valeur que le papier de la banque d'Angleterre. Si l'on augmente d'un million le montant de la circulation à Londres, où les billets de la banque d'Angleterre ont seuls cours, la monnaie y deviendra moins chère que partout ailleurs, ou les mar-

chandises hausseront de prix. On enverrait de l'intérieur des marchandises sur le marché de Londres, afin de les y vendre à un prix élevé, ou, ce qui est plus probable, les banques provinciales, profitant de cette insuffisance relative de la monnaie de province , ac croîtront le montant de leurs billets dans un rapport exact avec l'étab issement central. La modification des prix sera dès lors générale et non partielle.

De même, si Ton réduit d'un million les billets de la banque d'Angleterre , la valeur comparative de la monnaie de Londres s'élèvera , et le prix des marchandises devra fléchir. — Un billet de la banque d'Angleterre aura alors plus de valeur qu'un billet de province, parce qu'on en aura besoin pour acheter des marchandises sur le marché le plus modéré. Et comme les banques de province sont obligées, sur réquisition , de payer leurs propres billets en papier de la banque d'Angleterre , elles seront sollicitées à donner continuellement de ce papier, jusqu'à ce que la quantité de la monnaie de province se trouve réduite à ses proportions primitives avec celle de Londres, et produise une baisse correspondante dans le prix des marchandises contre lesquelles on l'échangeait.

Les banques provinciales ne sauraient jamais étendre la masse de leurs billets, si ce n'est pour combler le déficit relatif que détermineraient dans la monnaie de province les émissions multipliées de la banque centrale ^ Si elles l'essayaient, le même obstacle qui force la banque d'Angleterre à retirer de la circulation une partie de ses billets remboursables en espèces et à vue , les obligerait à adopter le même système. L'accroissement de leurs billets en abaisserait la valeur au-dessous de celle du papier de la banque d'Angleterre, comme celui-ci tombe au - dessous de la valeur des guinées qu'il représentait. On continuerait dès lors à les échanger contre les billets de l'établissement central, jusqu'au moment où ils retrouveraient la même valeur.

Les directeurs de la banque sont les régulateurs souverains du papier de province. Quand ils accroissent ou réduisent le montant de leurs billets, les banques provinciales les imitent. Et dans aucun cas ces dernières n'ajoutent à la circulation générale sans que la banque d'Angleterre n'ait antérieurement multiplié ses émissions.

i Elles pourraient, en certains cas , déplacer les billets de la banque d'Angleterre; mais cette considération n'influe pas sur la question que nous discutons maintenant.

On prétend que c'est le taux de l'intérêt, et non le prix des lingots d'or et d'argent, qui doit servir de critérium pour apprécier l'abondance de la monnaie de papier. Ainsi, si elle était trop abondante, l'intérêt baisserait ; si, au contraire , elle était insuffisante, l'intérêt hausserait. Il est facile de prouver, je crois, que le taux de l'intérêt ne se règle pas sur l'abondance ou la rareté des agents monétaires, mais sur l'abondance ou la rareté de cette portion du capital qui ne consiste pas en argent.

« Comme tous les autres instruments des échanges, la monnaie , » dit le docteur Smith, ce grand moteur de la circulation , tout en » constituant une partie, et une partie très-précieuse du capital, ne » concourt pas à la formation du revenu de la société à laquelle elle » appartient. Et quoique les signes métalliques dont elle se compose » distribuent à chacun, dans le cours de leur circulation annuelle, » son revenu légitime, ils ne font eux-mêmes nullement partie de ce » revenu.

» Lorsque nous calculons la somme d'industrie qui peut servir à « alimenter le capital circulant d'une société, nous ne devons con- » stamment avoir égard qu'à ces trois parties du capital qui consistent » en vivres, en matières premières et en ouvrage fait. La qua- » trième, qui consiste en argent et ne sert qu'à faire circuler les pre- » mières, doit toujours être déduite. Trois choses sont nécessaires » pour mettre l'industrie en activité : des matières sur lesquelles on »> opère, des outils avec lesquels on travaille, et des salaires ou récom- » penses qui offrent un but à tous les efforts. Or, l'argent n'est ni » une matière première, ni un outil servant au travail; et quoiqu'en » général l'ouvrier reçoive son salaire en argent , son revenu net ne » consiste pas dans ces signes monétaires , mais dans ce qu'ils va- » lent, non dans les pièces de métal, mais dans ce qu'on peut se pro- » curer avec elles. »

Dans d'autres passages de son livre il soutient que la découverte des mines d'Amérique, qui multiplient prodigieusement la quantité du numéraire, n'affaiblit pas l'intérêt qu'on payait pour son usage, le taux de l'intérêt étant déterminé par les profits qu'on retire de l'emploi du capital, et non par le nombre ou la quantité des unités de métal qui servent à en faire circuler les produits.

M. Hume a professé la même opinion.

La valeur des agents monétaires de tout pays conserve toujours une certame proportion avec celle des marchandises dont ils opèrent la circulation. Cette proportion est plus grande dans quelques pays

que dans d'autres, et diverses circonstances peuvent la faire varier dans le même pays. Elle dépend de la rapidité de la circulation, du degré de confiance et de crédit que s'accordent les négociants, et surtout de l'habileté des opérations de banque. On a tellement multiplié en Angleterre les moyens de limiter les instruments d'échanges que leur valeur , comparée avec celle des marchandises dont ils secondent le mouvement, se trouve probablement réduite (pendant les époques de confiance) à des proportions aussi minimes que possible*. On a évalué très-diversement les termes de cette proportion.

Il n'appartient à aucun accroissement ni à aucune réduction des monnaies en or, en argent, ou en papier, d'élever ou d'abaisser leur valeur relative; si les mines épuisées cessent de répondre à la consommation annuelle des métaux, la monnaie devient plus précieuse et on en emploie une plus petite quantité à titre d'agent de circulation. Cette diminution de quantité sera en rapport direct avec l'accroissement de la valeur. De même, si l'on découvrait de nouvelles mines, la valeur des métaux précieux fléchirait et on en consacrerait une plus grande portion aux besoins de la circulation. Dans les deux cas, la valeur relative de la monnaie avec les marchandises qu'elle fait circuler resterait la même.

Si la banque multipliait le nombre de ses billets, tout en les remboursant en espèces, elle ne produirait qu'un effet transitoire sur la valeur de la circulation monétaire. Car on enlèverait à la circulation, dans le but de l'exporter, une somme égale de nmnéraire.

Si l'on décrétait la suspension des paiements de la banque , et que tout le coin fût exporté , chaque excédant de billets affaiblirait la valeur de l'agent monétaire dans la proportion de cet excédant luimême. Si l'on ajoutait 4 millions à la circulation de l'Angleterre, évaluée avant le Mil de restriction à 20 millions, les 24 millions n'auraient pas une valeur supérieure à celle des 20 millions primitifs, en supposant toutefois que les marchandises n'aient subi aucun changement et qu'il n'y ait pas eu une exportation correspondante de numéraire. Si même la banque élevait la monnaie jusqu'à 50 ou 100 millions, l'excédant serait complètement absorbé par la circulation générale de l'Angleterre, et descendrait dans tous les cas à la valeur des 20 millions.

* Les observations suivantes, je désire qu'on le comprenne, présument toujours le même degré de confiance et de crédit.

J'avoue que si la banque versait sur le marché un large supplément de billets offert à titre de prêt, elle pourrait influer momentanément sur le taux de l'intérêt. Les mêmes effets suivraient la découverte d'un trésor enfoui de pièces d'or et d'argent. Si cette masse additionnelle était considérable , il serait impossible à la banque ou au propriétaire du trésor de prêter les billets ou l'argent à 4 ou peutêtre même au-dessus de 3 p. O/q. Cela fait, toutefois, ni les billets, ni l'argent ne resteraient inactifs entre les mains des emprunteurs. Expédiés sur tous les marchés , ils hausseraient le prix des marchandises jusqu'au moment où ils se trouveraient absorbés par la circulation d'ensemble. C'est seulement pendant la période de l'émission des billets de la banque et de leur réaction sur les prix qu'on peut avoir le sentiment d'une surabondance de monnaie. L'intérêt, pendant toute cette période, tomberait au-dessous de son niveau normal. — Mais aussitôt que le supplément de billets ou de monnaie aurait été absorbé dans la circulation générale, le taux de l'intérêt reprendrait son niveau, et on solliciterait des prêts avec autant d'ardeur qu'avant les émissions additionnelles.

La circulation ne peut jamais être comblée. Si elle consiste en or et en argent, la plus légère multiplication de ses unités se répandra sur le monde entier ; si elle se compose de papier, cette augmentation se répartira seulement dans le pays où ont lieu les émissions. Les prix ne recevront ainsi qu'une atteinte locale et nominale , car le le change établirait une compensation en faveur des acheteurs étrangers. Ce serait attribuer aux instruments de la circulation une puissance à laquelle ils ne sauraient prétendre, que de supposer qu'une mine d'or ou d'argent très-féconde, et une surémission de billets de banque auraient pour effet d'abaisser constamment le taux de l'intérêt, et de satisfaire tellement aux demandes des emprunteurs, que personne ne solliciterait de nouveaux prêts. Certes, les banques deviendraient ainsi de bien puissants moteurs. En créant du papier-monnaie pour le prêter à 2 ou 3 p. O^o au-dessous du taux actuel de l'intérêt sur le marché, elles réduiraient dans le même rapport les bénéfices du commerce. Ces bénéfices diminueraient encore si elles poussaient le patriotisme jusqu'à prêter leurs billets à un intérêt rigoureusement nécessaire pour payer les dépenses de leur établissement. Il serait dès lors impossible à toute nation qui n'adopterait pas des moyens analogues d'entrer en concurrence avec nous : nous embrasserions le commerce du monde. On voit vers quelles absurdités nous mènerait une telle théorie. Les

prolits ne peuvent être déprimés que par une lutte des capitaux qui n'auront pas été transformés en agents monétaires. Comme l'accroissement des billets de banque n'ajoute rien à ce genre de capital , comme il ne multiplie ni nos marchandises d'exportation, ni nos machines , ni nos matières premières, il ne peut augmenter nos profits ni abaisser l'intérêt.

Lorsqu'un industriel emprunte de l'argent dans le but de commencer ses opérations, il le considère comme un moyen de se procurer les matières premières, les vivres, etc. , destinés à alimenter son commerce. Pourvu qu'il acquière ces objets essentiels, il lui importera fort peu d'ètreobligéd'emprunter mille ou dix mille unités monétaires. Si l'emprunt est de dix mille unités, les produits de ses manufactures auront une valeur nominale dix fois plus grande que dans le cas où il lui eût suffi de 1000 livres pour sa fabrication. Le capital engagé actuellement dans le pays est nécessairement limité au total des « matières premières , approvisionnements, etc. , » et on pourrait le rendre tout aussi productif, mais avec plus de difficulté, toutefois , si le commerce était simplement réduit à un système d'échanges. Les possesseurs successifs de l'agent monétaire ont la haute main sur ce capital. Mais quelqu' abondante que soit la quantité de numéraire ou de billets de banque , en admettant même que cette abondance puisse élever le prix nominal des marchandises , et distribuer le capital productif en diverses proportions ; en admettant que la banque, par l'augmentation de ses billets, puisse introduire A dans la fonction industrielle précédemment usurpée par B et C , il ne sera rien ajouté au revenu et à la richesse réelle du pays : — B et C pourront se voir frustrés ; A et la banque pourront gagner, mais ce gain représentera exactement la perte subie par B et G. Il y aurait là un transfert de titre violent et inique , mais aucun bénéfice pour la communauté.

Je conclus de tous ces motifs que le haut prix des fonds ne doit pas être attribué à la dépréciation de notre monnaie. Ce prix doit correspondre au taux général de l'intérêt donné pour l'argent. Si

* J'ai déjà reconnu que la banque, en ce sens qu'elle nous permet de transformer notre numéraire en « matériaux, aliments, etc., » produit un bénéfice national ; car elle accroît ainsi la masse de capital productif. Mais je parle ici d'un excès de billets, de cette quantité qui s'ajoute à la circulation sans déterminer une exportation correspondante de numéraire, et qui, par conséquent, dégrade la valeur des billets au-dessous des lingots contenus dans le numéraire qu'ils représentent.

avant la dépréciation, je consacrais à l'achat d'une terre trente années de sou revenu , et à l'achat de fonds publics vingt-cinq annuités de rentes , il pourra arriver que je donne après la dépréciation une plus grande valeur pour la terre , sans donner toutefois plus d'annuités de mon revenu ; car, par Teffet de la dépréciation, le produit de la terre se vendra à un taux nominal bien supérieur. Mais comme ces annuités de rentes se paient en une monnaie dégradée, il n'y a aucune raison qui puisse me porter, après la dépréciation, à les payer plus cher qu'auparavant.

Si l'on abaissait les guinées, par des rognures successives, à la moitié de leur valeur actuelle, la terre renchérirait comme toutes les autres marchandises, au point de doubler en valeur nominale; mais comme l'intérêt des fonds se paierait en guinées dépréciées, ils ne participe raient pas à cette hausse générale.

Le remède que je propose pour arrêter le malaise de notre circulation, serait que la banque réduisît graduellement le montant de ses billets, jusqu'au moment où elle aurait restitué à l'autre partie une égalité de valeur avec les coins qu'ils représentent ; en d'autres termes, jusqu'à ce que le prix des lingots d'or et d'argent ait été ramené à celui de la monnaie.

Je sens parfaitement que la disparition totale du papier de crédit engendrerait les conséquences les plus désastreuses pour l'industrie et le commerce du pays. Une restriction subite occasionnerait même tant de ruines et de détresse, qu'il serait coupable d'y avoir recours comme à un moyen de rétablir notre circulation dans sa valeur régulière et équitable. En admettant que la banque eût une réserve de guinées supérieure au nombre de ses billets, elle ne pourrait rembourser son papier en espèces sans causer un grand préjudice au pays; elle ne le pourrait, du moins, tant que le prix des lingots d'or resterait de beaucoup au-dessus du prix à la monnaie, et que les changes étrangers nous seraient défavorables. L'excès de nos agents monétaires s'échangerait à la banque contre des guinées, s'exporterait ensuite, et disparaîtrait soudainement de la circulation. Avant donc qu'elle puisse reprendre avec sécurité ses paiements en espèces, il faudra que l'excès des billets ait été graduellement soustrait à la circulation. Si cette opération s'opère graduellement, il n'en résultera que de légers inconvénients, de sorte que le principe franchement admis , la seule question à résoudre serait si le but doit être atteint en un an ou en cinq. Je suis intimement convaincu que nous ne parviendrons jamais à ramener notre système monétaiie à sa si-

tuation normale, si nous ne franchissons pas ce degré préliminaire, et si nous ne détruisons pas complètement notre papier de crédit.

Si les directeurs de la banque avaient posé de sages limites au montant de leurs émissions ; s'ils avaient obéi au principe qu'ils ont proclamé comme le régulateur de leurs émissions, quand ils étaient obligés de payer leurs billets en espèces, principe qui consiste à borner leursbillets à une somme capable de prévenir l'excédant du prix de l'or sur le marché, comparé au prix de la monnaie; si, dis-je, ils avaient suivi ces errements, nous ne serions pas aujourd'hui exposés à tous les désordres d'une circulation dépréciée et continuellement mobile.

Quoique la banque retire d'immenses avantages du système actuel, quoique le prix de ses actions ait presque doublé depuis 1797 et que les dividendes aient suivi cette progression, je suis porté à admettre, avec M. Thornton, que les directeurs, comme capitalistes, souffrent avec les autres de la dépréciation de nos monnaies. Leurs pertes sont bien plus sérieuses que les avantages réunis qu'ils recueillent en qualité d'actionnaires de la banque. Je les affranchis donc du soupçon d'intérêt, mais leurs erreurs produisent des effets tout aussi pernicieux pour la société.

Le pouvoir discrétionnaire dont ils sont revêtus, leur permet de régler à leur fantaisie le prix auquel le propriétaire d'une espèce particulière de valeur, nommée monnaie, peut en disposer. Les directeurs de la banque ont imposé à ces détenteurs de monnaie tous les maux d'un maximum. Il leur plaît aujourd'hui de faire passer 4 1. 10 s. pour 31. 17 s. 10/2, il pourra leur plaire demain de faire descendre 4 1. 15 s. à la même valeur ; peut-être, dans un an, 101. auront été réduites au même taux. On voit combien sont mouvantes les bases sur lesquelles repose toute propriété qui consiste en argent ou en rentes payables en argent. Quelle garantie vient protéger les créanciers de l'État? Qui leur assurera que l'intérêt de la dette publique, actuellement desservi en unités dépréciées de 1 5 pour cent , ne sera pas bientôt payé avec des unités dépréciées de 50 pour cent? Le préjudice porté aux créanciers particuliers n'est pas moins sérieux. — On peut acquitter aujourd'hui une dette contractée en 1797, avec 85 pour cent de son montant primitif, et qui peut dire où s'arrêtera la dépréciation ?

Les observations suivantes du docteur Smith à ce sujet sont tellement graves , que je les recommande à l'attention sévère de tous les penseurs.

« L'expédient le plus ordinaire par lequel on ait essayé de dégui- {OEuv. de Ricardo.) 28

» ser une banqueroute nationale réelle , sous les apparences d'un >' paiement illusoire, a été de hausser la dénomination des coins. Si, » par exemple, un acte du Parlement ou un édit royal élevait une » pièce de six pence à la dénomination de un shilling, et vingt pièces » de six pence à celle d'une hvre sterling , la personne qui , sous le » régime de Tancienne dénomination, aurait emprunté vingt schil » lings ou environ quatre onces d'argent, pourrait, d'après les nou- « velles désignations, s'acquitter avec vingt pièces de six pence, » c'est-à-dire quelque chose de moins que deux onces d'argent. De )> cette manière, une dette nationale au capital d'environ 1 28 millions, ') chiffre approximatif de notre dette fondée et flottante, pourrait se » payer avec 64 millions, à peu près, de notre monnaie actuelle. Ce » ne serait au fond qu'une apparence de paiement, et Ton aurait frus- » tré les créanciers de l'État de 1 0 schillings par livre sur ce qui » leur était dû. Le désastre s'étendrait même beaucoup plus loin » qu'aux créanciers de l'État ; les créanciers particuliers essuieraient » un préjudice proportionnel, et cela sans aucun avantage et souvent » même avec un surcroît de pertes pour les premiers. A la vérité, y si un créancier de l'État était endetté envers d'autres personnes, il » pourrait, jusqu'à un certain point, compenser sa perte en payant » ses créanciers individuels dans la monnaie même qu'il aura reçue » au trésor. Mais dans presque tous les pays, les créanciers du gou- M vernement sont, pour la plupart, des gens opulents, dont la position » vis-à-vis le reste de leurs concitoyens est plutôt celle de créan- » cier que de débiteur. — Ainsi, un prétendu paiement de ce genre » aggrave le plus souvent la perte des créanciers nationaux au lieu « de l'affaiblir, et étend, sans aucun avantage pour le public, » cette perte sur un grand nombre de personnes étrangères à ces » opérations. Il détermine de plus dans les fortunes particulières » une secousse générale et fatale; car il enrichit le plus souvent » le débiteur oisif et dissipé , aux dépens du créancier indus- » trieux et économe, et il enlève une grande partie du capital natio- » ual aux mains capables de l'augmenter, de le fertiliser, pour le » transmettre à ceux qui sont les plus propres à le dissiper et à l'a- » néantii*. Quand un État, comme un particulier, est conduit à la » nécessité de faire banqueroute, une banqueroute franche, loyale, )> publique, est toujours la mesure la moins déshonorante pour le dé- » biteur et en même temps la moins nuisible au créancier. Certes » l'honneur d'un État est tristement garanti quand, pour voiler la ' disgrâce d'une véritable banqueroute, il a recours à une misérable

» jonglerie de ce genre, si facile à démasquer et en même temps si » fatale. »

Les observations du docteur Smith, relativement à un numéraire dégradé, s'appliquent également à une circulation de papier déprécié. Il n'a fait qu'effleurer la liste des conséquences désastreuses qui accompagnent l'altération de la monnaie ; mais il nous a assez éloquemment mis en garde contre des expériences aussi dangereuses.

Ce serait un spectacle à jamais déplorable que de voir notre grande nation, en face des conséquences produites en France et en Amérique par une circulation de papiers à cours forcé, persévérer dans un système gros de tant de catastrophes. Espérons mieux de sa sagesse. On dit, il est vrai, que les cas sont différents, que la banque d'Angleterre est indépendante du gouvernement. Quand cette assertion serait légitime, on n'en ressentirait pas moins les maux d'une circulation exagérée. Mais il est permis de se demander si une banque, qui prête au gouvernement bien au delà de son capital et de ses épargnes, peut se dire indépendante de ce gouvernement.

Quand on jugea nécessaire de publier, en 1797, l'édit portant suspension des paiements en espèces , l'irruption soudaine sur la banque fut, selon moi, exclusivement provoquée par une frayeur politique et non par une exubérance ou, comme d'autres l'ont prétendu, une insuffisance de billets en circulation*.

Ce sont là des dangers auxquels la banque est assujettie par la nature même de ses institutions. Il n'eût peut-être pas été possible à la prudence des directeurs de les conjurer. Mais, si leurs prêts au gouvernement avaient été plus restreints, s'ils avaient persisté à escompter au public la même somme de billets, ils auraient certainement pu faire face à leurs paiements jusqu'au moment où l'alarme se fût dissipée. En tous cas, comme les plus longues échéances admises à l'escompte par la banque sont de soixante jours, et comme les débiteurs sont tenus de liquider leurs obligations à cette époque, les directeurs, s'il y avait eu nécessité, eussent été à même, pendant ce délai, de faire rentrer tous les billets en circulation. La restriction naquit alors de liens trop intimes entre la banque et le gouvernement : elle se continue aujourd'hui sous l'influence de la même cause. Pour conjurer les périls qui peuvent accompagner la perpétuité d'un

« A cette époque le prix de l'or se tint constamment au-dessous du prix à la monnaie.

tel système, nous devons donc avoir les yeux constamment fixés sur l'abrogation du Restriction-bill.

La seule garantie que puisse avoir légitimement le public contre l'imprévoyance de la banque consiste à l'obliger à rembourser ses billets en espèces. Or , l'on ne peut atteindre ce résultat qu'en diminuant le montant des bank-notes en circulation , jusqu'à ce que le prix nominal de l'or ait été ramené à celui de la monnaie.

Je termine ici : heureux si mes faibles efforts ont pu diriger l'attention générale sur une étude approfondie de la situation de nos agents monétaires. Je sais trop, d'ailleurs, que je n'ai rien ajouté aux arguments dont la discussion a été enrichie par un grand nombre d'écrivains habiles et spéciaux. Non, je n'ai pas une telle ambition. Mon but a été d'introduire une enquête impartiale et calme dans une question si importante pour l'État, et que l'on ne pouvait négliger sans préparer des conséquences que déplorerait tout homme ami de son pays.

APPENDICE

Le public ayant désiré une seconde édition de ce pamphlet, je m'autorise de cette circonstance pour discuter les observations que les rédacteurs de la Revue d'Edimbourg m'ont fait l'honneur de présenter, dans leurs derniers numéros , sur quelques passages de mon écrit. Cette réponse m'est dictée par la conviction où je suis que la discussion , en j^etant un nouveau jour sur toutes les faces du sujet, hâtera le remède contre les abus existants et tendra à nous préserver du danger d'une rechute pour l'avenir.

Les rédacteurs de la Revue ont dit dans un article relatif à la dépréciation des agents monétaires : « Le grand vice du travail de » M. liicardo consiste dans ses vues partiales sur les causes qui ré- » gissent le cours du change. Il attribue exclusivement l'existence » des changes favorables et défavorables à une circulation exubé- » rante ou chétive , et il dédaigne d'envisager , comme cause initiale » d'un excédant temporaire des importations sur les exportations ou » des exportations sur les importations, les désirs ou les besoins si » mobiles des différentes sociétés. «

Ils commentent alors le passage dans lequel je soutiens qu'une mauvaise récolte ne déterminera à exporter le numéraire qu'autant qu'il sera relativement à bas prix dans le pays qui exporte. Ils terminent leurs observations en proclamant comme opinion décisive, que l'exportation du numéraire, dans le cas supposé d'une mauvaise récolte, « n'est pas le résultat du bon marché. Cette exportation )) n'est pas la cause d'une balance défavorable comme M. Ricardo a » essayé de nous le persuader, mais elle en est l'effet. Il ne faut pas » y voir seulement le remède salutaire apporté à une circulation )) surabondante ; il faut la faire remonter précisément aux causes » énoncées par M. Thornton. Ces causes sont la répugnance de la » nation créancière à recevoir , sans l'appât d'un bénéfice excessif un grand supplément de marchandises qu'il serait impossible d'é- « couler immédiatement , et d'un autre côté , au contraire , son » penchant à admettre sans condition les lingots qui sont la matière » première des monnaies du monde commercial. Il est incontestable, « comme Va établi M. Ricardo, qu'aucune nation ne consentira à ac- » quitter une dette avec les métaux précieux, si elle peut le faire au « motjen de marchandises moins chères. — Mais les prix des marchan- » dises sont assujettis à de notables affaissements par suite de l'en- » combrement du marché , tandis que les métaux précieux, ayant été » reconnus par le consentement unanime des peuples comme l'agent » général des échanges et Vinstrument du commerce, on pourra s'en » servir pour acquitter les dettes les plus considérables, suivant leur » évaluation nominale et la quantité de métal contenue dans les mon- •' naies respectives des pays contractants. Et quelles que soient les » variations qui s'établissent entre la masse de la circulation et des » marchandises , postérieurement à l'origine de ces transactions , il » n'est pas permis d'hésiter à en rechercher la cause dans les besoins » et les désirs d'une des deux nations , et non dans une exubérance » ou une insuffisance primitive de monnaie. «

Ils pensent avec moi « qu'aucune nation ne paiera une dette avec » les métaux précieux , si elle peut le faire à meilleur marché au » moyen de marchandises; mais, ajoutent-ils, les prix des marchan- » dises sont soumis à de notables affaissements par suite de l'encombre- » ment des marchés. « Évidemment ils entendent par là les marchés étrangers , et dès lors ils expriment l'opinion même qu'ils s'appliquent à renverser ; savoir, que s'il n'y a pas autant d'avantage à exporter des marchandises que du numéraire , on exportera le numéraire. C'est tout simplement une autre manière de dire qu'on

n'exportera le numéraire que dans le cas où il serait en excès relativement aux marchandises et aux autres pays. Cependant ils soutiennent immédiatement après que l'exportation des métaux précieux est l'effet de la balance du commerce^, et dérive de causes qui peuvent agir « indépendamment de la surabondance ou de la faiblesse » de la circulation. Ces opinions me semblent diamétralement op- » posées. » Si nous admettions qu'on puisse exporter les métaux précieux en échange de marchandises , dans le cas même où ils seraient aussi chers dans le pays qui exporte que dans celui qui importe , quels effets résulteraient d'une opération aussi insensée ?

« Une insuffisance de monnaie dans un pays, et une exubérance » relative dans l'autre, disent les rédacteurs de la Revue, p. 343, » ne peuvent manquer, dans cet état de choses , d'avoir une action » immédiate. Elles modifieront les résultats de la balance des paie- » ments , et rétabliront dans les métaux précieux l'équilibre troublé » pendant quelque temps par l'inégalité naturelle des besoins et des » nécessités dans les pays contractants. » Cette proposition serait satisfaisante si les auteurs avaient indiqué le point où commence cette réaction ; car, au premier abord , il semble que les mêmes lois qui permettent d'exporter le numéraire d'un pays, quand il n'y est pas à plus bas prix que dans celui où on l'exporte, doivent aussi permettre de l'exporter quand il y est plus cher. C'est l'intérêt individuel qui régit toutes les opérations commerciales ; et nous ne saurions où nous arrêter, si nous appliquions une autre règle là où cet intérêt est palpable et satisfaisant. Ils auraient donc dû nous expliquer comment le fait de la continuité des demandes pour la marchandise importée, n'enlève pas au pays imporleur la totalité de son numéraire et de ses lingots. Quel obstacle opposera- 1- on , dans ces circonstances , à l'exportation du numéraire? Les rédacteurs l'expliquent en disant : « Un pays dont la quantité de lingots a diminué » verrait bientôt lui échapper la faculté de payer avec des métaux » précieux. « Pourquoi bientôt? N'est-il pas admis « que circulation » excessive et insuffisante sont seulement des termes relatifs, qui >) n'ont de signification que par rapport aux autres pays ? « Ne résulte-t-il pas de ces aveux que, si la balance du commerce s'établit contre un pays , alors même que sa circulation ne serait pas exagérée ,

' Nous parlons d'une balance de commerce^ abstraction faite d'une balance des paiements. Une balance de commerce peut être favorable, et la seconde être défavorable. C'est en effet celle-ci qui réagit, seule, sur le change.

l'exportation des coins n'aura de limite que dans la quantité de monnaie restée en circulation. En effet, la nouvelle somme, rendue plus précieuse par sa réduction même, accomplira les paiements nécessaires aussi promptement et aussi rigoureusement que le faisait auparavant une somme plus considérable? D'après ce principe , une série de mauvaises récoltes pourrait ravir à un pays toute sa monnaie , à quelque chiffre qu'elle s'élevât, et fût-elle même composée exclusivement de métaux précieux. En faisant observer que la diminution de la valeur de la monnaie dans le pays qui importe , et son augmentation croissante dans celui qui expoi'te, la dirigeraient de nouveau dans son ancien courant, on ne répond pas à l'objection. Quand ce phénomène aura-t-il lieu ? En échange de quoi la monnaie reviendra-t-elle dans nos marchés? La réponse est claire : — en échange de marchandises. Le résultat définitif de toutes ces importations et exportations de monnaie se résume donc en ce que chaque pays se trouvera avoir importé une marchandise en échange d'une autre , et en ce que le numéraire et les lingots auront partout été ramenés à leur niveau naturel. Peut-on prétendre que ces résultats ne seront pas prévus, que les dépenses et les embarras qui accompagnent ces opérations inutiles ne seront pas évités dans un pays où le capital abonde , où l'économie a été introduite dans les plus petits mouvements du commerce, et où la concurrence semble avoir atteint ses dernières limites. Conçoit-on que des spéculateurs s'appliquent à exporter le numéraire dans le simple but de le rendre cher ici et bon marché ailleurs , et d'assurer ainsi son retour?

On remarque avec un certain étonnement , que le préjugé qui fait envisager le numéraire et les lingots comme des objets essentiellement distincts, dans leurs allures, de toutes les autres marchandises, est si profondément enraciné, que les écrivains les mieux éclairés sur les vérités générales de l'économie politique s'y sont euxmêmes abandonnés. En effet, ils manquent rarement, après avoir invité leurs lecteurs à considérer la monnaie et les lingots comme des marchandises ordinaires, soumises « à ce principe universel de l'offre » et de la demande , qui est la base sur laquelle s'élève l'édifice en- ^> tier de l'économie politique , » ils manquent rarement , dis-je , d'oublier eux-mêmes cette recommandation. Ils discutent le sujet de la monnaie et les lois qui en régissent l'importation et l'exportation, d'après des données très-opposées à celles qu'ils appliquent au mouvement des autres marchandises. Ainsi, si les rédacteurs de la Revue avaient eu à parler de café ou de sucre , ils n'auraient pas hésité à

nier qu'on puisse exporter ces articles d'Angleterre sur le continent, lorsqu'ils n'y sont pas plus cliors qu'ici. En vain leur eût-on dit : Notre récolte a été mauvaise, nous éprouvons une disette de blé! Ils auraient prouvé hardiment et incontestablement que, malgré la gravité de la disette, il n'est pas possible à l'Angleterre d'envoyer, ni à la France , par exemple , de recevoir du café et du sucre en échange de blé, quand ces deux objets coûtent plus en Angleterre qu'en France. Quoi! auraient-ils dit, s'imagine-t-on que nous enverrons en France une partie de café qui s'y vendra 100 1., après avoir coûté ici 105, tandis qu'en remettant 100 1. seulement, nous pouvons acquitter également la dette contractée pour l'importation du blé ? — J'ajouterai : pense-t-on que nous consentions à remettre, et la France à recevoir, si elle agit pour son propre compte, 100 1. en numéraire, quand 95 1. placées en café et exportées équivaudront à ces 100 1. au moment de l'arrivée de cet article en France? On s'écriera peut-être que la France ne manque pas de café , que ses marchés en sont encombrés. Je l'accorde, mais la monnaie lui manque encore bien moins, puisque 100 1. st. en café y valent plus que 100 1. st. en numéraire. La seule preuve que nous puissions obtenir du bas prix relatif de la monnaie chez deux peuples, nous est fournie en la comparant avec les marchandises. Les marchandises indiquent la valeur de la monnaie, comme la monnaie sert réciproquement à les évaluer. Si donc les marchandises représentent plus d'argent en Angleterre qu'en France , nous pouvons dire à juste titre que la monnaie est moins chère en Angleterre, et qu'en l'exportant, loin de détruire son niveau , on le rétablit. Si , après avoir comparé la valeur relative du café, du sucre, de l'ivoire, de l'indigo et de toutes les autres marchandises d'exportation sur les deux marchés , je persiste à expédier du numéraire, ce sera le meilleur argument pour prouver que le numéraire est la marchandise la moins chère sur le marché anglais , mis en rapport avec les marchés étrangers , et qu'il constitue conséquemment l'article d'exportation le plus avantageux. — Où trouvera-t-on, pour prouver la surabondance et le bon marché relatifs du numéraire entre la France et l'Angleterre, un témoignage plus irrécusable que ce fait, qui nous montre qu'en France il s'achètera plus de blé, d'indigo, de sucre , de café, plus enfin de toutes les marchandises d'exportation?

Les rédacteurs de la Revue pourraient me répoudre, il est vrai, qu'ils n'ont pas i)rétendu que le café, le sucre, l'indigo, l'ivoire, fussent à plus bas prix que la monnaie; ils peuvent avoir supposé que,

LE HAUT PRIX DES LINGOTS. - APPENDICE. Ui

dans les deux pays, ces valeurs s'équilibraient , en d'autres termes, que 100 livres sterling remis en argent , ou expédiés sous forme de café, de sucre, d'indigo, d'ivoire, etc., etc., font une égale valeur en France ; mais si toutes ces valeurs se balançaient si merveilleusement, quel esprit pousserait le spéculateur à expédier une marchandise plutôt que l'autre en échange du blé, qui est le critérium d'après lequel on détermine leur bon marché relatif en Angleterre? S'il expédie de l'argent, il détruit l'équilibre naturel des monnaies. Dès lors, s'écrient les rédacteurs, en raison de sa multiplication en France , et de sa réduction en Angleterre , le numéraire devenant moins cher en France, on le réimportera en échange de marchandises jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli. Mais ne provoquerait-on pas les mêmes effets en exportant du café ou toutes autres marchandises au moment où elles ont dans les deux pays une valeur égale par rapport à la monnaie ? L'équilibre entre l'offre et la demande ne serait-il pas immédiatement altéré? et ces deux phénomènes de la diminution de la valeur du café en France par la multiplication, et de l'accroissement de cette même valeur en Angleterre par suite de réduction, ne le feraient-ils pas réimporter en Angleterre? On pourrait exporter chacune de ces marchandises sans que leur renchérissement produisît de grands inconvénients ; mais la monnaie , cet agent qui les fait circuler toutes , et dont les plus légères variations d'accroissement et de diminution suffisent pour élever ou affaiblir les prix dans des proportions extravagantes , la monnaie, dis-je, il serait impossible de l'exporter sans déterminer les plus sérieuses conséquences ! — • Le vice de la théorie des rédacteurs éclate dans leurs conclusions.

On n'éprouverait , dans mon système, aucune difficulté pour déterminer le mode d'après lequel il faut effectuer les retours pour soutenir la valeur et le montant relatifs des agents monétaires, et cela dans le cas si peu probable où toutes les marchandises, le numéraire compris, et le blé excepté , auraient la même valeur dans les deux pays désignés. Si la circulation monétaire de l'Angleterre, composée exclusivement de métaux précieux, ne représentait que la cinquantième partie de la valeur des marchandises qu'elle met en mouvement , le montant total du numéraire qu'on supposerait être exporté alors contre du blé , équivaudrait à la cinquantième partie de ce blé lui-même. Pour le surplus, nous exporterions des marchandises , et ainsi se rétabliraient dans les deux pays les proportions normales entre la monnaie et les marchandises. Une mauvaise ré-

coite classerait l'Angleterre dans le cas supposé, p. 402, où une nation , privée d'une partie de ses marchandises, ne demande plus qu'une somme de numéraire très- amoindrie. La circulation qui effectuait auparavant ses paiements, deviendrait actuellement sur abondante et à bon marché dans le rapport même du cinquantième de la production réduite. En exportant ce quantum on ramènerait donc la circulation anglaise h la valeur des circulations étrangères. Je crois ainsi avoir suffisamment prouvé qu'une mauvaise récolte n'agit sur les changes qu'en exagérant le niveau de la circulation : d'où il suit que l'on peut toujours rapporter un change défavorable à une circulation relativement surabondante.

Admettons , s'il se peut, qu'en face d'une mauvaise récolte qui force l'Angleterre à des importations exceptionnelles de blé , l'abondance la plus large règne chez une autre nation. Si nous supposons encore que cette nation n'a besoin d'aucun article , quel qu'il soit , il est indubitable qu'elle ne voudra pas échanger son blé contre des marchandises; mais elle n'exporterait pas davantage son blé contre de l'argent , puisque la monnaie n'a pas une utilité absolue , intrinsèque, mais bien relative , comme l'ont expressément reconnu les rédacteurs. Cette hypothèse est toutefois inadmissible, car une nation pourvue de toutes les marchandises nécessaires à la consommation, aux jouissances de ses habitants, aptes à les acheter, ne consentira jamais à laisser pourrir dans ses greniers le blé qu'elle a recueilli au delà de ses besoins.

Tant que le penchant de l'accumulation subsistera dans le cœur de l'homme , il sera jaloux de transformer en capital l'excédant de ses productions sur sa consommation. Or il ne peut atteindre ce but qu'en occupant lui-même, ou en permettant à d'autres, au moyen de prêts , d'occuper un nombre additionnel de travailleurs : puisque c'est par le travail seul qu'on transforme le revenu en capital. Si son revenu consiste en blé , il sera disposé à l'échanger pour des comestibles, de la viande, du beurre, du fromage et mille autres marchandises dans lesquelles se métamorphosent journellement les salaires du travail. En d'autres termes, il vendra son blé contre de l'argent, il paiera les salaires de ses ouvriers, et créera ainsi le besoin des marchandises mêmes qu'il peut obtenir de l'étranger en échange de son superflu en blé. Ces retours lui porteront des objets plus précieux qu'il pourra encore appliquer au même but , ajoutant ainsi à sa propre fortune et multipliant la richesse et les ressources de son pays.

Il est impossible de se tromper plus lourdement qu'en supposant qu'une nation puisse exister sans éprouver le besoin de certaines consommations. Elle pourra manquer de débouchés pour l'excédant d'une ou plusieurs de ses marchandises ; elle pourra avoir plus de café, de sucre ^ de suif, qu'elle n'en peut consommer ou écouler, mais jamais un pays n'a été inondé par un encombrement général de toutes les marchandises. C'est un fait évidemment impossible. Si un pays est comblé de toutes les choses nécessaires à l'existence et au bienêtre de l'homme, et que ces choses se répartissent d'après les proportions habituelles de la consommation, on peut être sûr, quelque abondantes qu'elles soient , de leur trouver un débouché. Il en résulte que lorsqu'un pays possède une marchandise qui n'éveille aucune demande à l'intérieur , il désire nécessairement l'échanger contre d'autres marchandises dans la limite de la consommation possible. Aucune nation ne cultive du blé ou toute autre production dans le but de les transformer définitivement en monnaie , comme le supposent immédiatement ou médiatement les rédacteurs de la Revue ; car ce serait appliquer les efforts de l'homme à la plus stérile de toutes les œuvres. La monnaie est précisément un objet qui n'ajoute à la richesse d'une nation qu'au moment où on l'échange. C'est pourquoi je trouve que la multiplication des signes monétaires n'est pas plus le mobile du travail de la nation que du travail individuel. Et la seule circonstance qui donne un écoulement forcé à la monnaie, c'est la valeur comparativement moindre qu'elle a dans les pays avec lesquels on commerce.

On conçoit qu'une nation dont la circulation monétaire est confiée aux agents métalliques, et qui ne possède pas de mines, puisse multiplier les produits de son territoire et de son travail sans ajouter h sa richesse. En effet il se peut que les pays où s'exploitent les mines obtiennent une telle quantité de métaux précieux, qu'ils imposent aux pays industrieux un surcroît de numéraire équivalant à l'accroissement total de ses productions. Mais il arrivera que la circulation supplémentaire, jointe à celle qui servait auparavant , n'aura pas une valeur réelle supérieure au montant primitif des unités monétaires. La nation industrieuse deviendra ainsi tributaire de celles qui possèdent les mines, et fera un commerce où elle n'aura que des pertes à attendre.

Je suis prêt à accorder que le change avec les autres pays est dans un état continuel d'oscillation. Mais il ne varie pas généralement jusqu'à ces limites auxquelles il devient plus avantageux de faire des

remises avec des lingots qu'avec une lettre de change. Dans de telles circonstances, il est incontestable que les importations se balanceront avec les exportations. Dans le cas même où l'on aurait satisfait aux demandes de tous les pays , les changes s'écarteraient encore du pair si la circulation d'un seul peuple était ou surabondante ou chétive relativement aux autres. Supposons que l'Angleterre expédie des marchandises en Hollande et n'y trouve pas les objets convenables au marché anglais ; ou , ce qui revient au même , supposons que nous puissions acheter ces marchandises à meilleur marché en France. Nous réduirons alors le cercle de nos opérations à la vente de certaines marchandises en Hollande, et à l'acquisition d'autres objets en France. Ces transactions n'auront aucune influence sur la circulation monétaire d'Angleterre , car nous paierons la France au moyen d'une traite sur la Hollande. Les importations et les exportations se balanceront d'ailleurs exactement. Le change pourra cependant nous être favorable vis-à-vis la Hollande et défavorable avec la France. Et ce phénomène se représentera si l'on ne règle pas les comptes en important en France des marchandises de Hollande, ou de tout autre pays débiteur de la Hollande. L'absence de telles importations ne pourrait naître que d'une surabondance relative de la circulation de Hollande comparée à celle de France, et il conviendra aux deux pays que le paiement delà traite s'effectue au moyen d'une remise de lingots. Si la balance se solde par des expéditions de marchandises , le change entre tous les pays sera au pair. Si elle se règle avec des lingots, le change entre la Hollande et l'Angleterre sera autant au-dessus du pair que le change entre la France et l'Angleterre sera au-dessous ; et cette différence équivaudra aux dépenses causées par le transport des lingots, de Hollande en France. Le résultat définitif serait le même si toutes les nations du globe participaient à ces opérations. Ainsi l'Angleterre ayant acheté en France et vendu à la Hollande certaines marchandises, la France pourrait en avoir de son côté acheté une masse égale en Italie. L'Italie peut avoir fait la même opération vis-à-vis la Russie, celle-ci vis-à-vis l'Allemagne, et l'Allemagne vis-à-vis la Hollande , à 100,000 1. près, qui pourraient être nécessaires à l'Allemagne pour alimenter une circulation insuffisante, ou pour fabriquer de la vaisselle. Toutes ces diverses opérations se solderaient par des lettres de change , à l'exception des 100,000 1. Pour exporter ces 100,000 1. on les puiserait dans une exubérance de coins ou de lingots en Hollande, ou on les pré lèverait sur toutes les monnaies de l'Europe. Je ne prétends pas,

comme l'ont compris les rédacteurs, « qu'uue mauvaise récolte ou la nécessité de fournir des subsides, doive déterminer immédiatement et invariablement une demande exceptionnelle de mousseline, de quincailleries, de produits coloniaux, > car les mêmes effets se représenteraient si le pays qui acquitte le subside ou qui subit la mauvaise récolte importait une certaine quantité d'autres marchandises inférieure à celle qu'il reçoit habituellement.

Les rédacteurs disent, page 345: « Le même genre d'erreur que nous » venons de signaler se glisse dans d'autres passages du pamphlet de » M. Ricardo , et surtout au début de son sujet. Il paraît croire » qu'une fois les métaux précieux répartis parmi les différentes na- » tions de la terre d'après leur richesse et leur commerce relatifs, « toutes éprouvent un besoin égal de conserver le contingent qui » leur est échu. Dès lors toute tentative pour les importer ou lesex- « porter devrait disparaître jusqu'à l'exploitation d'une nouvelle » mine ou d'une nouvelle banque, ou jusqu'à une révolution majeure » dans la prospérité relative des peuples. » — Ils ajoutent plus loin, page 361 : « Nous avons déjà combattu l'erreur qui consiste à nier que » l'existence d'une balance de commerce ou de paiement soit tout > indépendante d'une exubérance ou d'une pénurie d'agents moné- » taires ; — erreur qui , du reste, vient de M. Ricardo , et dont le » rapport est complètement dégagé. » — Mais il est un autre point sur lequel tous les auteurs de notre parti semblent d'accord. Sur ce point cependant, nous nous séparons d'eux, et penchons vers une appréciation mercantile de la question. Tout en reconnaissant que les déplacements des lingots naissent quelquefois de causes intimement liées avec le change, ils persistent à n'accorder à ces causes qu'un degré d'influence très-limité. M. Huskisson a établi que les opérations du commerce des lingots avaient presqu'entièrement leur source dans les tributs successifs que nous versent cha que année les mines du Nouveau-Monde, et qu'elles se bornaient à distribuer ces richesses parmi les différentes nations de l'Europe. Si ces expéditions cessaient à la fois, les transactions sur l'or et l'argent, considérés « comme articles de commerce extérieur, deviendraient très-rares et n'auraient qu'une durée très-passagère. »

« Dans sa réponse à M. Bosanquet, M. Ricardo a invoqué ce » passage avec une prédilection toute particulière. » Je suis à me demander maintenant en quoi cette opinion de M. Huskisson diffère de celle que j'ai émise précédemment , et que les rédacteurs se .^.ont attachés à commenter.

Ces passages sont au fond les mêmes et doivent triompher ou s'effacer à la fois. Tout en reconnaissant que les déplacements des lingots naissent quelquefois de causes intimement liées avec les changes, je n'admets pas que ces déplacements puissent avoir lieu avant l'époque où la baisse du change est devenue assez considérable pour rendre avantageuse l'exportation des lingots. Je soutiens de plus que, si cette dépression avait lieu ce serait en vertu de la surabondance et du bon marché de la circulation , deux phénomènes « qui proviennent presqu'entièrement des tributs successifs que nous » versent chaque année les mines du Nouveau-Monde. » Il n'y a donc pas là un autre point de dissidence entre les rédacteurs et moi ; car c'est le même, exactement le même. Si « il est bien avéré que , dans » leurs relations commerciales habituelles, un grand nombre d'États » ont presque constamment un change favorable avec certains pays » et défavorable avec les autres , » à quelle cause faut-il l'attribuer, si ce n'est à celle indiquée par M. Huskisson? c'est-à-dire les tributs nouveaux qui sont annuellement versés , « presque sur les mêmes » points, par les mines du Nouveau-Monde. » Le docteur Smith ne semble pas avoir complètement apprécié l'influence souveraine et uniforme de cet afflux de lingots sur les changes étrangers. Il s'est montré très-enclin à exagérer l'utilité des lingots dans ces mille transactions étrangères qu'il est nécessaire à un pays de faire rayon ner autour de lui. Les relations grossières qui s'établissent entre les nations, comme entre les particuliers , au début de la société , comportent peu d'économie dans l'emploi de la monnaie et des lingots. Une civilisation perfectionnée peut seule introduire dans les transactions internationales les fonctions que le papier accomplit si avantageusement entre les individus du même pays. Les rédacteurs de la Revue d'Edimbourg ne me paraissent pas avoir suffisamment compris le développement qu'a pris entre les nations commerçantes l'application du principe d'économie dans l'emploi des métaux précieux. Ils ne semblent même pas en avoir reconnu toute la portée relativement à une seule nation, puisqu'à la page 346 le lecteur est porté à croire que , suivant leur opinion , il s'opère de fréquents envois de numéraire entre les districts éloignés d'un même pays. Ils nous disent en effet : « Il y a eu et il y aura tou- » jours une certaine quotité de métaux précieux destinée à accom- » plir, entre les différentes nations reliées par le commerce, le rôle » que la circulation d'un pays isolé joue par rapport à ses pro- » vinces extrêmes. > Qu'on me dise maintenant le rôle que joue

la circulation d'un pays par rapport à ses provinces extrêmes. Je suis intimement persuadé que la monnaie ne joue qu'un rôle très-secondaire dans l'infinie multiplicité des transactions commerciales qui s'opèrent entre les provinces éloignées du royaume. Les importations se balancent presque toujours par des exportations*, et la preuve en est , que la circulation locale des provinces ( et elles n'en ont pas d'autre) s'étend rarement à une distance considérable du lieu de l'émission.

Si les rédacteurs de la Revue ont été conduits à admettre cette doctrine erronée des commerçants, que dans le cas même ow le numéraire ne serait pas moins cher dans le pays exportant , on V expédierait encore, en échange de marchandises; si, dis-je, ils l'ont admise, c'est qu'ils n'ont pas trouvé d'autre argument pour s'expliquer comment la hausse du change a pu quelquefois accompagner une surémission de bank-notes , ainsi que l'a établi dans un rapport adressé à la commission des métaux précieux {Bullion Committee), M. Pearse, ex-sous-gouverneur et gouverneur actuel de la banque. Ils disent : « Sous ce point de vue , il n'est certainement pas facile d'expli- » quer la progression ascendante du change en face d'une multi- » plication patente de billets, phénomène qui se représente pourtant » assez fréquemment, et sur lequel le sous-gouverneur de la Banque a » fortement insisté comme une preuve que nos changes extérieurs » n'ont aucun rapport avec l'état de la circulation. »

Il n'y a pourtant pas dans ces deux circonstances une incompatibilité absolue. M. Pearse semble avoir méconnu, comme les rédacteurs de la Revue d' Edimbourg , le principe émis par les partisans de l'abrogation du Restriction-bill. — Ceux-ci ne prétendent pas , ainsi qu'on le suppose , qu'un accroissement de billets de banque abaissera constamment le taux du change, mais ils disent que ce résultat sera produit par une circulation surabondante. Il nous reste donc à examiner si une augmentation de bank-notes est nécessairement, et en tous temps, suivie d'un accroissement permanent de la circulation : et si je puis démontrer le contraire , on n'éprouvera plus de difficulté à concilier la hausse du change avec une augmentation de billets de banque.

On reconnaîtra immédiatement que, tant qu'il existe en circula-

^ Une partie de la production des provinces s'exporte sans aucun retour pour aller constituer le revenu des absents ; mais cette considération ne peut avoir d'influence sur la question générale de la circulation.

tion une portion considérable de numéraire, tout accroissement dans les billets de banque peut diminuer passagèrement la valeur de la circulation totale , papier et or à la fois ; mais cette dépression ne sera jamais constante. En effet, l'exubérance et le bon marché de la monnaie abaisseront le taux du change, et détermineront l'exportation d'une partie du numéraire. Cette exportation cessera, ensuite, aussitôt que la circulation aura recouvré sa valeur et ramené le change au pair. La multiplication des billets inférieurs se traduira en définitive par la substitution d'une monnaie à une autre , d'agents en papier à des agents métalliques , et n'agiront pas comme un accroissement actuel et permanent \

Nous ne sommes cependant point dépourvus de tout critérium propre à nous faire évaluer le montant relatif de la circulation , comparé, à différentes époques, aux billets de banque; et quoique nous ne puissions admettre ce critérium comme infaillible, il a en lui des probabilités d'exactitude suffisantes pour décider la question qui nous occupe. Ce critérium consiste dans les billets de 5 1. et au-dessus, que nous devons toujours envisager comme conservant des proportions assez régulières relativement à la circulation totale. Ainsi, si ^depuis 1797 les billets de cette dénomination se sont accrus de 21 à 16 millions, nous pourrons en inférer que la circulation totale a augmenté du tiers. Si d'ailleurs, le rayon dans lequel circulent les billets de banque n'a été ni étendu ni resserré , les billets au-dessous de 5 1. seront émis à mesure qu'on enlève les agents métalliques à la circulation, et se multiplieront en raison de toute augmentation correspondante dans les billets d'une coupure plus élevée.

Si je suis autorisé cà croire que l'accroissement du montant de notre circulation doit être attribué à une multiplication de billets de banque de 5 1. et au-dessus , et jamais à une surémission de billets de 1 1. et 2 1. substitués aux guinées exportées ou thésaurisées, je dois nécessairement rejeter toutes les conclusions de M. Pearse, car

< Ceux qui rejettent les raisonnemeuts du Bullîon Committee' a-Report ont souvent, et avec justice, soutenu qu'une augmentation des billets de banque audessous de 5 1. devait être considérée comme une f substitut! on aux coins exportés, plutôt que comme une augmentation actuelle de circulation. Mais quand ces messieurs veulent établir leur théorie de prédilection, celle qui repousse toute connexité entre le montant de la circulation et le taux du change, ils n'ont garde de ne pas appeler à leur secours ces petits billets qu'ils avaient auparavant dédaigneusement écartés.

elles reposent sur la supposition que toute augmentation dans les billets de cette valeur produit une augmentation équivalente dans la circulation monétaire. On voit bien clairement à combien d'erreurs conduisent ces raisonnements, quand on réfléchit qu'en 1797 les billets de 1 1. et de 2 1. n'existaient pas dans la circulation, que leur place était entièrement remplie par des guinées, et que depuis cette époque il n'en a pas été émis moins de sept millions, soit pour combler le vide laissé par les guinées exportées ou thésaurisées , soit pour maintenir l'équilibre entre les intermédiaires des grands et des petits paiements. Je puis dénier hardiment au rapport de M. Pearse l'autorité nécessaire pour combattre l'opinion que j'ai hasardée et qui attribue, dans tous les cas, la balance défavorable du commerce et la sécurité subséquente du change à une circulation relativement exubérante et à bon marché * . — Mais quand bien même les raisonnements de M. Pearse ne seraient pas aussi erronnés que le sont ses faits, il lui serait impossible de justifier les conclusions qu'il en a tirées.

M. Pearse établit que l'accroissement des billets de banque, de janvier 1808 à Noël 1809, se réduit à la dififérence entre 17 1^2 et 18 millions ou cà 500,000 1., et que le change avec Hambourg a fléchi pendant le même délai de 34 s. 9 gr. à 28 s. 6 gr. : — ce qui forme une augmentation de billets de moins de 3 0^0 et un avilissement des changes de plus de 18 0/0. *

Mais où donc M. Pearse a-t-il appris qu'à Noël 1809 il n'existait que 18 millions de bank-notes en circulation? Après avoir compulsé tous les tableaux rédigés sur le montant des billets de banque en circulation au mois de décembre 1809, je persiste à conclure que les évaluations de M. Pearse sont inexactes. — M. Mushet nous donne dans ses tables quatre relevés des billets de banque dans la même année.

Dans le dernier des relevés relatifs à l'année 1809 , il a porté le montant des billets de banque en circulation à. . . 19,742,998

L'appendice, joint au Bullion-Report,ei divers rapports faits dernièrement à la Chambre des Communes donnent, pour le 12 décembre 1809,. . . 19,727,520

Pour le r" janvier 1810 20,669,230

* Je ne prétends pas nier que l'invasion soudaine d'un ennemi, ou une commotion quelconque capable d'ébranler dans un pays les propriétés, puissent former une exception à cette règle ; mais le change sera généralement défavoi able pour les pays placés dans de telles circonstances.,

{OEuv. de Ricardo,] 29

^0 ŒmmS DIVERSES.

Pour le? janvier 1810 19,528,030

Cette somme n'a pas été moindre pendant un grand nombre de mois antérieurs à décembre.

Quand je découvris pour la première fois cette erreur, je crus que M. Pearse avait omis dans ses deux résultats les bank-post-bills (mandats de la banque ), qui ne s'élevaient pas à plus de 880,880 1.; mais en consultant son tableau des billets de banque en circulation, y compris les bank-post-bills , en janvier 1 808 , je trouve que les chiffres de M. Pearse dépassent tous ceux que j'ai pu rencontrer ailleurs. Ils excèdent même de près de 900,000 1. le compte rendu de la banque du 1" janvier 1808, de sorte que de cette époque au 12 décembre 1809, l'accroissement fut de 16,619,240 h 19,727,50; ce qui constitue une différence de plus de 3 millions au lieu de 500,000, ou de 2 millions, si l'évaluation de M. Pearse se justifie par une date quelconque de janvier 1808.

Je trouve aussi que le tableau, dans lequel il estime que, de janvier 1803 à la fin de 1807, l'accroissement des billets de banque a été de 16 lf2 à 18 millions, c'est-à-dire de un million et demi, excède la vérité de 500,000 1. La multiplication des billets de 5 1. et audessous , y compris les bank-post-bills , n'a pas dépassé , pendant ce laps de temps, 150,0001. Il est important de signaler ces erreurs, afin que ceux qui adopteraient le principe de M. Pearse malgré mes arguments , puissent se convaincre que les faits ne consacrent pas les conclusions que cet administrateur en a déduites. Il faut aussi leur démontrer que des calculs fondés sur le montant spécial des billets de banque pour tel jour ou telle semaine, et opposés aux résultats généraux des moyennes précédentes et postérieures, sont peu aptes à renverser une théorie étayée par tant d'autres preuves. Ainsi m'apparaît la théorie qui proclame que la multiplication sans limites d'une circulation dépourvue d'un étalon fixe, peut et doit produire une chute constante dans les changes avec les pays dont le système monétaire a pour point de départ un contrôle sérieux et officiel.

Après avoir indiqué le degré de confiance que mérite le mémoire de M. Pearse, j'appelle l'attention du lecteur sur les tableaux que j'ai extraits des évaluations du Bullion- Report et des documents qui ont été soumis depuis à la Chambre des Communes. Je l'invite à comparer le montant de la circulation des billets supérieurs avec les variations du change. Je suis persuadé qu'il n'éprouvera aucune difficulté pour concilier mon principe avec la réalité des faits, surtout s'il considère que les effets d'une augmentation de monnaie ne sont

pas instantanés et demandent du temps avant de se développer complètement ; — que la hausse ou la baisse du prix de l'argent, comparé avec l'or, altère la valeur des circulations d'Angleterre et de Ham bourg , et détermine l'abondance et le bon marché relatifs de l'une ou de l'autre ; — que les mêmes effets se reproduiraient, comme je l'ai déjà établi, cà la suite d'une récolte abondante ou insuffisante, soit chez nous, soit dans les pays qui commercent avec nous; ou encore à la suite de tout autre accroissement ou déduction de richesse réelle qui, en modifiant les proportions relatives de la monnaie et des marchandises, altérerait la valeur de l'agent d'échange. J'ai la conviction que cfes réflexions préliminaires prouveront qu'on peut réfuter les objections de M. Pearse, sans avoir i-ecours à l'abandon d'un grand principe. Si on désavouait ce principe, on verrait s'établir une théorie de change toute mercantile, et cette théorie servirait d'argument et de prétexte à la fois pour prouver que la diffusion des agents monétaires a été si grande que, pour la combattre, il faut les emprisonner à la Banque , ou affranchir les directeurs de l'obligation de payer leurs billets en espèces.

Tableau de M. Pearse tel qu'il a été présenté au BulUon-Committee.

Total des billets de banque. Taux du changé avec

Millions. Hambourg.

' 27 février 1797. 8 ([S 35 s. 6 g.

Ils s'élèvent graduellement enl 797 et I798à 13 38 0

Mars 1799. 13 li2 37 7

Après cette époque surviennent de lourds subsides, une grande détresse commerciale, de larges importations de blé. — Le change avec Hambourg continue à fléchir, et descend le2 janvierlSOl à ^9 8

Depuis la fin de l'année 1799 jusqu'à la fin de 1802, une surémission de billets de 1 1. et 2 1. grossit la somme totale def 13 1/2^ tous les billets, et la porte à l à [Fluctuation.

( 16 1/2 ) 16 1/2 1 De ianvier 1803 à la fin de 1807. ! à Fluctuation.

'18 1 M7 1/2) De janvier 1808 à Noël 1809. i ^ Chute.

Le taux du change avec Hambourg a été puisé dans la cote du Lloyd,

de 33

de 32

de 34

< J'ai négligé, dans le travail de M. Pearse; tout ce qui concerne le montant des billets en circulation avant la suspension des paiements à la Banque, parce que le change devait nécessairement être avili par le montant des émissions de la banque, tant que le public a eu la faculté de réaliser ses billets en espèces.

452 ŒUVKES DIVERSES.

La moyenne du montant des billets de banque, de 1791 à 1808 inclusivement, a été copiée pour la table suivante dans le rapport du Bullion-CommiUee. Le taux des changes est extrait d'une cote présentée par la monnaie au Parlement. La Banque a adressé aux Parlements trois rapports sur le montant de ses billets en circulation pendant l'année 1810. Le premier résume la situation au 7 et au 1 2 de chaque mois ; le second présente un tableau hebdomadaire du 19 janvier 1810 au 28 décembre; et le troisième, un tableau analogue du 3 mars au 29 décembre 1810. La somme moyenne des billets au-dessus de 5 livres, les bank-post-bills compris, s'élève.

Depuis le premier tableau à 1. 15,706,226.

second — troisième —

Ensemble

Moyenne générale

Pour les billets au-dessous de 5 livres 1.6,560,674

Dans les années marquées de cet astérisque ^, la valeur de l'argent, comparé à l'or, dépasse les évaluations de la monnaie ; tel fut particulièrement le cas de l'année 1 801 où il suffisait de moins de 1 4 onces d'argent pour acheter une bnce d'or ; le rapport de la monnaie est 1 : à 15,07, et celui du marché 1 : à 16 environ.

Moyenne du montant des billets de la banque d'Angleterre en circulation pendant les années suivantes :

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