‹ Œuvres complètes de Alfred de MussetChapitre 39 sur 66 · IX · texte numérisé non relu

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une distance pour un duel, il salue et s'assoit; une légère contraction de ses lèvres annonce l'effort qu'il vient de faire. Content de lui, il ne dit rien ; cependant sa voisine l'interroge; il s'incline à demi, sourit du bout des lèvres, et lâche un mot sec comme la pierre ponce; charmant convive! La conversation, peu à peu, s'échauffe et devient générale. Il s'agit d'une pièce nouvelle, sur laquelle il n'a point d'avis, d'un bal où il n*a point dansé, et d'une femme qu'il ne trouve point jolie. On parle d'autre chose; on parle d'un mort, c'est un de ses amis qu'on a enterré. Notre silencieux prend la parole; on écoute, on s'arrête; il ne paraît pas ému, mais il pourrait l'être ; il était lié d'enfance avec le défunt : u Cela ne m'étonne pas, dit-il, qu'il soit mort; M. Dupuytren a scié son crâne, et on lui a trouvé un quart de pinte d'eau dans la tète. » Voyez un peu quelle simplicité!

Irons-nous plus loin? tenterons-nous d'esquisser le portrait de l'exagéré politique? Non, monsieur; nous n'avons, pour aujourd'hui, que la prélenlion d'effleurer quelques ridicules, et il y a autre chose dès que la [)oliliques'en mêle. Nous en parlerons quelque jour; ce chapitre mérite qu'on le traite à part. Tenons-nous-en à nos ébauches et saisissons cette occasion de citer un beau vers de M. Delavigne :

Le liilicule cesse où coniineiicc le crime. Nous lécapitulons maintenant et concluons : c'est

LllTTHES l)K DL'I'UIS KT COTONET. 291

l'aulc de connaître l'esprit de notre lenips qu'une foule de talents distin*^ués tombent continuellement dans l'exagération la plus burlesque; c'est faute de se rendre compte à soi-même de ce qu'on vaut, de ce qu'on veut et de ce qu'on peut, qu'on croit tout pouvoir, qu'on veut plus qu'on ne peut, et que finalement on ne vaut rien. Toute imitation du passé n'est que parodie et niaiserie; on a pu autrefois faire de belles choses sans simplicité; aujourd'hui ce n'est plus possible. Pour en finir comme nous avons commencé, nous citerons ici un dernier exemple.

Un homme veut se tuer ; ce n'est ni un amoureux ni un joueur, ni un hypocondriaque; c'est un honnête homme qu'un malheur accable, et qui s'indigne de son destin; cet homme raisonne faiblement, si vous voulez, mais il a, par hasard, une grande ame, et malgré lui, sans qu'il sache pourquoi, cette tune inquiète se demande de quelle manière elle va partir.

A présent, de quel temps est cet homme? Marcus Othon, qui avait vécu comme Néron, mourut comme Caton, parce qu'il était Romain ; après avoir dormi d'un profond sommeil, le lendemain de sa défaite, il prit deux épées, les regarda longtemps, et choisit la mieux affilée: « Montre-toi aux soldats, dit-il à son affranchi, si tu ne veux qu'ils te tuent, pensant que tu m'aurais aidé à me donner la mort. » L'affranchi sortit de la chambre, Othon se tue roide, appuyé contre le mur, disant qu'un empereur devait mourir debout. Voilà une vraie

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