‹ Œuvres complètes de Alfred de MussetChapitre 62 sur 66 · DISCOURS DE IJKCRI'TION · texte numérisé non relu

DISCOURS DE IJKCRI'TION

reur revenait poudreux de sa grande poussière et las de ses ennemis vaincus, il lui improvisait des couplets pour ses fêtes. Il aimait de tout sou cceur ce grand homme aux Tuileries, et il se sauvait à Feydeau dès qu'il le voyait toucher à son épée. Mais lorsque advinrent les grands désastres, lorsque, aux traces de; l'incendie de Moscou, sur le chemin de la Bérésina, le maréchal Lefehvre, septuagénaire, marchant à pied derrière Napoléon, commença à dire tristement : « 11 est hien malheureux, ce pauvre empereur que j'aime!» lorsqu'on vit tomber lambeau par lambeau, harcelé pied à pied pendant deux années, ce drapeau qui avait traversé le monde; lorsqu'enfm la France accablée vit se renouveler en vain dans son sein les prodiges de l'Italie, alors le faiseur de vaudevilles, l'improvisateur de romances, prit l'uniforme pour aller à Clichy, et à son tour il tira l'épée*.

M. Dupaty, après cette journée, ne songea plus de longtemps à Feydeau. 11 venait de faire une chanson bien connue sur l'impératrice et le roi de Rome :

Gardons-le bien, c'est Tespoir de la France.

Tous les soldats savaient ce refrain ; lui-même, une fois les armes prises, devint capitaine de la garde natio-

* Chargé de surveiller un pos!e difficile, il s'avança dans la plaine de Saint-Denis, et reprit, sur les Russes, une Laiterie darlillcrie dont les premiers défenseurs avaient été dispersés. Il la ramena h la barrière, et, s'approchant du maréchal Moncey, il lui dit, pour toute harangue : « Monsieur le maréchal, voici les pièces. » {Noie de fantei.r.)

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nalc, comme il élnit devenu poêle. Mais il n'y avait jamais chez lui de résolution passagère.

Il commanda le corps dont il était le chef jusqu'à la destruction des compagnies, au mois d'avril 1848.

Dans tous les désordres qui se sont succédé pendant nos trente-quatre dernières années, il a constamment et ohstinément exposé sa vie. Il a toujours partout recueilli de« témoignages de sympathie, d'attachement et de respect. Après la réorganisation de 1848, exempté par son âge du service habituel, et n'ayant plus ses ('paulettes, il réclama, comme simple soldat, sa part des fatigues et des dangers que voulaient braver sans lui ses anciens compagnons. Ce belliqueux instinct de ses jeunes années était une des passions de sa verte vieillesse, et il semblait assez étrange de trouver dans le cabinet d'nn homme de lettres, entre le buste de Voltaire et celui de Rousseau, un fusil de munition.

J'ai maintenant à parler de deux poëmes, dont l'un, à son apparition, produisit un très-gi'and effet, et dont l'autre est jusqu'à présent resté inédit. Le ])remier a pour titre te Délateun; le second Imbelle de Pale^tine.

Loi; Di'lalenn parurent en 1810 ; ce poëme fut écrit sous une impression évidemment très-vive et même violente, au spectacle des représailles qui signalèrent ce triste moment, principahîment dans le midi de la France. M. Dnpaty était alors au nombre des rédacteurs du Miroir et de FOpinioH; c'était l'aurore des petits

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