SCÈNE XV CASSIO, BIANCA
B lANCA.
Salut à mon ami Cassio!
CAS SI o.
Comment! ma belle, Vous quittez la maison en plein jour?
BIANCA
Infidèle,
Je vous cherchais.
Je vous le Jure.
CASSIO
J'allais chez vous, mon cher amour,
BIANCA
Et moi, jusqu'au fond de la tour Où vous êtes juché comme un oiseau farouche. J'allais vous déloger. Quoi donc! rien ne vous touche? Vous me laissez chez moi, seule et dans mes ennuis. Compter dix fois les jours et onze fois les nuits. L'absence d'un amant a de si longues heures, Qu'on prend en déplaisir les plus belles demeures.
CASSIO
Pardonnez-moi, Bianca; j'ai sur l'àme un fardeau De lourds pressentiments, noirs comme le tombeau. Qui, depuis quelques jours, m'importune et m'obsède; Mais cette sombre humeur s'est enfuie et vous cède; Et celui qui jamais à l'appel ne manqua Ce soir dira chez vous : « Pardonne-moi, Bianca! » Jusqu'à cet instant-là, ma gracieuse amie. Prenez donc le dessin de cette broderie; Il me semble admirable et fait en Orient.
BIANCA
Ah ! ah ! — D'où vient ceci ? — Quoi ! tout en souriant, Vous mettez dans mes mains le don de quelque belle? Est-ce une liaison, une intrigue nouvelle Qui se trahit ainsi, malgré vous, par hasard?
CASSIO
C'est un soupçon d'enfant! — Ce matin, à l'écart, Ce mouchoir, parfumé de cinnamome et d'ambre, Jeté sur un fauteuil s'est trouvé dans ma chambre. Le dessin m'en a plu; comme, au premier moment, On le réclamera très vraisemblablement, Copiez-le pour moi dans sa forme indienne. Pour qu'à Venise, un jour, de Chypre il nous souvienne. Ne soyez plus jalouse, et surtout quittez-moi; Il faut me laisser seul.
BIANCA
Vous laisser! et pourquoi?