‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 140 sur 226 · SCÈNE XI II YAGO, RODRIGO · texte numérisé non relu

SCÈNE XI II YAGO, RODRIGO

YAGO

Ah! vous voilà!

RODRIGO

Moi-même. Il faut, sans plus se taire, De vos façons d'agir m'expliquer le mystère. Vous me trompez.

YAGO, effrontément.

La preuve?

Elle est simple à donner; Vous n'avez pas le droit de vous en étonner. Quand pour Desdemona, que vous disiez rebelle. J'ai mangé tout mon bien. Pour fléchir notre belle, Or, bijoux, diamants, rubis, colliers, parfums, Des dons qu'il vous fallait je n'épargnais aucuns; Enfin j'en ai versé dans votre main fatale Assez pour acheter l'honneur d'une vestale : Vous me les avez dits reçus; mais, en retour, Moi, je n'obtiens jamais un seul regard d'amour.

YAGO

Fort bien! poursuivez!

RODRIGO

Oui! oui! je veux bien poursuivre, Et je viens pour cela! Je ne prétends pas vivre En étourdi, jouet de votre trahison; Et de vous, aujourd'hui, je me ferai raison.

YAGO

Vous avez dît?...

RODRIGO

J'ai dit, et j'agirai peut-être.

YAGO

Eh bien! je vois en vous un cœur ferme, mon maître! Touchez là! c'est parler; j'ai suivi tous ses pas. Tous, dans votre intérêt.

Je ne m'en doutais pas!

YAGO

Il y paraissait peu, je l'avoue, et vos doutes

Prouvent un esprit fin. Mais, de toutes les routes,

La plus sûre parfois est la plus longue. Ami,

Je n'ai pas adopté votre cause à demi;

Et si, dès cette nuit, vous n'enlevez sa femme,

Tenez-moi pour un fourbe et qu'on m'arrache Tàme!

RODRIGO

Quoi donc! ai-je vraiment quelque lueur d'espoir?...

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