SCÈNE XI II YAGO, RODRIGO
YAGO
Ah! vous voilà!
RODRIGO
Moi-même. Il faut, sans plus se taire, De vos façons d'agir m'expliquer le mystère. Vous me trompez.
YAGO, effrontément.
La preuve?
Elle est simple à donner; Vous n'avez pas le droit de vous en étonner. Quand pour Desdemona, que vous disiez rebelle. J'ai mangé tout mon bien. Pour fléchir notre belle, Or, bijoux, diamants, rubis, colliers, parfums, Des dons qu'il vous fallait je n'épargnais aucuns; Enfin j'en ai versé dans votre main fatale Assez pour acheter l'honneur d'une vestale : Vous me les avez dits reçus; mais, en retour, Moi, je n'obtiens jamais un seul regard d'amour.
YAGO
Fort bien! poursuivez!
RODRIGO
Oui! oui! je veux bien poursuivre, Et je viens pour cela! Je ne prétends pas vivre En étourdi, jouet de votre trahison; Et de vous, aujourd'hui, je me ferai raison.
YAGO
Vous avez dît?...
RODRIGO
J'ai dit, et j'agirai peut-être.
YAGO
Eh bien! je vois en vous un cœur ferme, mon maître! Touchez là! c'est parler; j'ai suivi tous ses pas. Tous, dans votre intérêt.
Je ne m'en doutais pas!
YAGO
Il y paraissait peu, je l'avoue, et vos doutes
Prouvent un esprit fin. Mais, de toutes les routes,
La plus sûre parfois est la plus longue. Ami,
Je n'ai pas adopté votre cause à demi;
Et si, dès cette nuit, vous n'enlevez sa femme,
Tenez-moi pour un fourbe et qu'on m'arrache Tàme!
RODRIGO
Quoi donc! ai-je vraiment quelque lueur d'espoir?...