‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 166 sur 226 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ANTONIO, LORENZO, BASSANIO. Antonio est assis sur un banc. Loren^^o et Bassanio sont debout à sa droite et à sa gauche^ sur le devant de la scène, à droite.

ANTONIO

Je suis triste aujourd'hui, sans en savoir la cause. — Ne me demandez pas, messieurs, ce qui compose Ce chagrin puéril; — il n'est que trop certain Qu'il me poursuit toujours, et surtout ce matin.

SHYLOCK

C'est que sur TOcéan votre esprit se promène Avec tous vos vaisseaux, les suit et les ramène, Et les voit dominant de leurs fiers pavillons Les navires marchands qui, suivant leurs sillons. Viennent vous saluer en abaissant leurs voiles.

LORENZO

Si J'avais entre Teau des mers et les étoiles Tant d'argent et tant d'or, je n'en dormirais pas; Je marcherais courbé, cherchant à chaque pas De quel côté le vent fait incliner les herbes. Pour y voir le destin de mes vaisseaux superbes.

— Je ne pourrais souffler sur un plat trop brûlant Sans penser que le vent me ruine en soufflant.

Ni voir le haut clocher et le mur d'une église

Sans songer aux écueils où mon grand mât se brise.

Voilà, j'en suis bien sûr, ce qui vous rend pensif?

ANTONIO

Non, j'en rends grâce à Dieu, ce n'est pas ce motif.

— Je n'ai pas joué tout sur une seule chance; Ainsi, pour chaque jour, j'ai plus d'une espérance.

BASSANIO

— Seriez-vous amoureux?

ANTONIO

— Fi donc!

LORENZO

Vous dédaignez Ces faiblesses d'enfant?

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