‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 3 sur 226 · SCÈNE I l · texte numérisé non relu

SCÈNE I l

ROSETTE

Monsieur Tronchin a défendu à madame de s'appliquer et de tenir sa tête baissée.

LA DUCHESSE

Eh bien, je vais chanter; ouvrez le clavecin, mademoiselle.

ROSETTE

Mon Dieu ! comment dirai-je à madame que monsieur Tronchin lui a défendu de chanter?

LA DUCHESSE, tapant du pied.

Il faut donc que je me recouche, puisque je ne puis rien faire. — Je vais lire. Non, fais-moi la lecture. — levais me coucher sur le sofa; la tête me tourne, et j'étouffe. Je ne sais pourquoi...

ROSETTE, j>re;î<^n? un livre.

Voici Estelle de monsieur de Florian, et les Oraisons célèbres de monsieur de Bossuet.

LA DUCHESSE

Lis ce que tu voudras, va.

ROSETTE lit.

« Némorin, à chaque aurore, allait cueillir les bleuets qu'Estelle... les bleuets qu'Estelle aimait à mêler dans les longues tresses de ses cheveux noirs. »

Elle pose le livre.

l6 QUITTE POUR LA PEUR

LA DUCHESSE

Qu'il est capricieux, le chevalier! Il ne veut plus que je mette de corps en fer, comme si Ton pouvait sortir sans cela. Lis- toujours, va.

ROSETTE continue, et, après avoir quitté Florian, prend Bossuet sans s'en douter,

« Pour moi, s'il m'est permis après tous les autres de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau, ô prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoire. »

LA DUCHESSE

Je ne conçois pas qu'il ne soit pas encore arrivé. Comme il était bien hier, avec ses épaulettes de diamants!

ROSETTE continue.

(( Heureux si, averti par ses cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau... (Tiens, c'est drôle ça : au troupeau!) troupeau que je dois nourrir de la parole divine, les restes d'une voix qui tombe, et... »

LA DUCHESSE

Le voilà commandeur de Mahe, à présent. Sans ses V eux, il se serait peut-être marié, cependant.

ROSETTE

Oh! madame! par exemple!...

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