‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 44 sur 226 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

BRABANTIO et RODRIGO paraissent avec des Magistrats et un grand nombre de Serviteurs qui les éclairent.

YAGO

C'est bien lui, cette fois, général, le voici.

OTHELLO leur crie.

Arrêtez ! restez là !

RODRIGO

Bah ! quelques pas encore.

Si vous le permettez. Monseigneur, c'est le More.

BRABANTIO

Tombez sur lui, le traître! et main-forte à la loi. Les deux partis mettent Vépée à la main.

YAGO

Ah! Rodrigo, c'est vous! eh bien, de vous à moi!

OTHELLO

Tout beau, messieurs! rentrez vos brillantes épées; Du brouillard de la nuit elles seront trempées. Cela peut les ternir. — Seigneur, vos cheveux blancs Commandent mieux ici que ces moyens sanglants.

BRABANTIO

Qu'as-tu fait de ma fille, ô ravisseur infâme?

Par quel enchantement as-tu troublé son âme?

Dis-nous quel maléfice et quel secret poison

Ont à ta destinée enchaîné sa raison?

Car j'en appelle à tous, j'appelle en témoignage

L'univers. Qui croirait qu'un pareil mariage

Eût jamais engagé le cœur de mon enfant

Si jeune et si jolie, heureuse et triomphant

De la séduction des nobles de Venise;

Qu'à moins de sortilège, elle se fût éprise

D'un barbare, et qu'elle eût sur son sein profané

Pressé le sein hideux d'un monstre basané?

— Moi, je viens t'arrêter, comme exerçant dans l'ombre

Un art proscrit, jetant un charme impur et sombre,

Corrompant l'innocence, auteur d'un attentat

De magie, et dès lors en horreur à l'Etat.

OTHELLO, calme et souriant.

Allons, je le veux bien, même je le demande ;

Qu'on m'arrête! Où faut-il, seigneur, que je me rende?

BRABANTIO

En prison, jusqu'au jour que les lois ont prescrit, Où l'on pourra t'en voir sortir mort ou proscrit.

OTHELLO

Je consens de grand cœur à tout; mais que ferai-je? Le Doge et le Sénat m'attendent; ce cortège Vient à moi de leur part.

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