ACTE II, SCÈNE XV l
Au reste, on ne vous a rien ôté de la vôtre. Cette rigueur du More, il l'aurait pour tout autre; Rigueur de discipline, et non d'inimitié. Où le ressentiment n'entre pas pour moitié. Il faudrait l'implorer.
CASsio, avec violence.
Implorer l'infamie!
Plutôt que de tromper sa justice, endormie Sur mes vices hideux une seconde fois, Va, Cassio, mauvais chef, mauvais soldat, va, bois. Divague, Jure, et fais le rodomont, bavarde. Avec l'ombre qui passe, en mots de corps de garde! O vil esprit du vin! si tu n'as pas de nom Qui te désigne encor, je t'appelle démon.
YAGO
Qui poursuiviez-vous donc?
CASSIO
Je ne sais.
Votre vue
Ne l'a pas distingué?
CASSIO
Non; l'attaque imprévue, La querelle, et puis rien. Tout le reste à demi Se peint dans ma mémoire. — Ah ! honteux ennemi Que l'homme dans lui-même introduit avec joie, Afin que sa raison en devienne la proie'
YAGO
Eh! VOUS voilà très bien! Comment avez-vous fait?
CAS s 10.
Le démon de Tivresse, amplement satisfait, A celui de la rage abandonne mon âme; Car il est dit qu'en moi quelque faiblesse infâme Prend la place de l'autre et me fait mépriser.
YAGO
Allons, cher lieutenant, c'est trop moraliser! Mieux vous vaudrait songer à nous tirer d'affaire. Le général auquel il est urgent de plaire. C'est la femme du More. Il adore à présent Ses grâces, son esprit, et son cœur bienfaisant; Allez lui confier librement votre peine; Je serai bien trompé si l'entreprise est vaine. Et si sa main ne sait renouer entre vous Les liens d'amitié brisés par son époux.
Votre conseil est bon.
CASSIO
YAGO
Et dicté par mon zèle
Pour vous.
CASSIO
Je le vois bien.
YAGO
Vous trouverez en elle