‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 13 sur 268 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

« Sainte mère du Christ, vous êtes mon refuge, )) Le matin je vous prie et le soir derechef :

Des frayeurs d'une femme, hélas! vous êtes juge, Vous-même avez tremblé pour votre bon Joseph.

Comme moi, vous n'aviez, recours des indigentes, Que les deux bras du saint appelé votre époux, Au risque de ses jours élevant des charpentes, Construisant des maisons qui n'étaient pas pour vous.

Mais votre esprit veillait! Moi, faible et presque morte, Que puis-je pour c>elui qui me donne ses jours? Vierge, comme son corps re«dez son âme forte ; Dans ses hardis travaux soutenez^e toujours.

Dieu I quelle rumeur sur la place !

« A l'aide, à l'aide, Limousms!

« Du foiri, de la paille! oh! de grâce, « Des matelas et des coussins!

20 LA FLEUR d'or.

« Si Fun à cette pierre blanche <c Peut s'accrocher, ils sont sauvés...

« Ah I tous deux font craquer la planche !

« Ils vont tomber -sur les pavés. »

Et vers l'étai qui se balance, Tous restent là, les bras en haut ; Alors, dans le morne silence.

On entendit sur Téchafaud :

« J'ai trois enfants, Jacque, une femme ! »

Jacque un instant le regarda :

« C'est just^ ! » dit cette bonne âme, Et dans la rue il se jeta.

Ah! ton nom, ton vrai nom, que ma voix le répande, Toi que j'appelai Jacque, ô brave compagnon I Inconnu, qui portais une àmè douce et grande. Pour l'honneur du pays, héros, dis-moi ton nom !

Sommes-nous au-dessous des temps de barbarie I Les tiens dans ton hameau ne t'ont point rapporté! Ils ne t'ont point nommé saint de leur confrérie ! Les rimeurs se sont tus! Forgue n'a point chanté!

Des amis, un surtout, pleurant sur ton cadavre. Quelques mots du journal, voilà ton seul honneur : Honte à qui voit le mal sans que le mal le navre, Ou qui voyant le bien n'est ivre de bonheur!

Page 1