‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 165 sur 268 · LA PAIX ARMÉE · texte numérisé non relu

LA PAIX ARMÉE

CHANT PREMIER — l'eNNEMÎ

Dans rOuest^ quand s'éveillait la tempête sauvage, J'ai vu des voiles noirs s'étendre sur la mer, Puis des sons précurseurs parcouraient le rivage ;

Tout s'ébranle aujourd'hui , le monde est à Forage Et d'imposantes voix ont résonné dans l'air.

De grands faits sortiront de ces grandes paroles, Ceux qui savent penser, ceux-là peuvent agir : Honte, au jour du combat, aux dissensions folles! Kléber et Jeanne d'Arc, mêlez vos banderoles! Quand le pays commande, à chacun d'obéir.

Les enfants de la Grande et Petite-Bretagne Se verront alliés dans les prochains combats , Et ceux de la Bourgogne et ceux de la Champagne , Un seul penser, Anglais^ Français, les accompagne, Et vers le même but ils marchent tous soldats.

Un monstre lentement a grandi sur la glace Qui pour nous dévorer s'avance insidieux ; Peuple des doux climats, avant qu'il nous enlace. Nous aurons écrasé sa ruse et son audace :

Lorsqu'un monstre surgit, il naît aussi des dieux.

Rien des fils vont pleurer, hélas! et bien des mères. Et, seul, plus d'un vieillard à son feu s'assoira : Aujourd'hui, grâce à Dieu, j'ai quitté nos chaumières, Mes yeux ne verront plus ces angoisses amères , Bien du sang va couler... et Moloch le boira.

Debout, les bras tendus et les lèvres béantes, Près du pôle, il attend ceux-là qui vont mourir :

Engraissez le géant de leurs chairs pantelantes I

De l'Europe et d'Asie ô victimes sanglantes,

Moloch a £eiim... mourez, enfants, pour le nourrir!...

Mais toi, l'Aigle vengeur, comme aux jours de conquête, Vole à Stamboul I Tu sais la route du Kremlin ; Devant toi les Balkans abaisseraient leur crête; Aigle Frank , va sans peur de l'Aigle à double tête ; Un monstre n'est pas fort, jeune il sent son déclin.

A l'Esprit de dompter la passion brutale , Le Nord s'humillra sous le noble ascendant ; Que le savoir remonte à la source natale :

La lumière nous vient de l'onde orientale, Renvoyez la lumière, onde de l'Occident!

Et partout renaîtra l'ère des industries , Des lettres et des arts, âge vraiment humain : Aux barbares laissons leurs voraces furies ; Sous notre ciel clément, sur nos terres fleuries. Nous, cultivons la Paix, mais le glaive à la main.

Oui , l'Esprit de douceur, la patronne sacrée Qui depuis quarante ans bénissait nos cantons , Et les couvrait de fleurs et de moisson dorée , La Paix nous reviendra, cette vierge adorée : Paix, Gloire, Liberté, pour vous nous combattons!

28 février 4854.

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