DEUXIÈME STATUAIRE
Apollon, jeune dieu qui sais lancer les traits Et suis ta sœur Diane à travers les forêts, Intrépide coureur à la taille élancée , Chantre à la lyre d'or, ô dieu de la pensée ! Du bloc qui te retient sors léger, triomphant, Ta chiamyde flottante abandonnée au vent !
Sur ton front, dans tes yeUx, que la Grèce ravie Admire, en t* adorant, le mouvement, la vie!
O dieu jpunel dieu libre, ô dieu plein de beauté! Montre-nous comme on marche avec grâce et fierté !
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Le jour naît : dans les prés et sous les taillis verli* Allons, allons cueillir et des fleurs et des vers,
Tandis que la ville repose; La fleur ouvre au matin plus, de pourpre et d'azur. Et le vers, autre fleur, s'épanouit plus pur
A l'aube humide qui l'arrose.
Que de fleurs orft passé qu'on n'a point'su cueillir! Sur sa tige oubliée, ahl ne laissons vieillir
Aucune des fleurs de ce monde.
Allons cueillir des fleurs I par un charme idéal < Qu'avec l'encens des vers leur parfum matinal
Amoureusement se confonde. -
Allons cueillir des vers I sous la fleur du buisson Entendez-vous Toiseau qui chante sa chanson ?
Tout chante et fleurit, c'est l'aurore I Je veux chanter aussi : blonde fille du ciel, Ainsi de fleur en fleur va butinant son miel
L'abeille joyeuse et sonore.
Cueillons des fleurs I Et puis, heureux de mon fardeau, Je reviendrai m' asseoir près du léger rideau
Qui voile encor ma bien-aimée.
Et du bruit de mes vers dissipant son sommeil , Je ferai sur ses yeux et sur son front vermeil
Tomber Une pluie embaumée.
Riante et mollement soulevée à demi ,
Je veux que de mes fleurs sur son front endormi
Sa blanche main suive la trace ; .
Et qu'en un doux silence admirant leurs couleurs, Elle doute longtemps, qui, des vers ou des fleurs,
Ont plus de fraîcheur et de grâce.
Mes rustiques habits étaient là dans la chambre ,
Costume sauvage et brillant :
Je songeais en les déployant ' Aux lieux qui m'ont vu jeune, aux retouA en septembre-
Elle, tout au présent, riait dç mes soucis ;
Qu sur mon passé, chose éteinte.
Revenant légère et sans crainte (Mais s' abusant peut-être) , écoutait mes récits.
LA FLEUR d'or. '25
Souvent les fruits lointains sont plus doux bien qu'étranges ;
Au cœur d'un autre on aime à voir,
A doubler par lui son savoir : \
Notre esprit curieux se plaît à ces échanges.
« J'écoute, disait- elle, allons, barde, chÉUitezI »
Et le front penché sur la glace.
Elle rattachait avec grâce Ses cheveux, noirs bandeaux sur ses tempes jetés.
En elle je n'aimai d'abord que la beauté,
La bouche humide et fraîche ouverte à la gaîté,
Et l'or bruni de ses épaules.
Et les frêles contours de ce corps souple et fin Qui plie à chaque pas , comme à l'air du matio
Le long des eaux tremblent les saules.
J'ai connu la beauté I que m'importait alors
Si nulle ânie, en parlant, n'animait ce beau corps.
Ces longues paupières d'Arabe ? Heureux de respirer ce souffle virginal.
Ou d'écouter, rêveur, de sa voix de cristal
Tomber quelque molle syllabe.
Pardon, si tu le peuxl à tes genoux pardon I Lorsque , le cœur brisé , pâle , et dans l'abandon ,
Plus faible que toi , faible femme , Je vins tout éploré te dire mes douleurs.
Ta secrète beauté s'éveilla sous mes pleurs.
Et tu me révélas ton âme.
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'26 LA FLEUR d'or.
larmes! ô soupirs I ô mystères d'amour!
Femmes, pour nous charmer, vous avez tour k tour
La beauté visible et cachée ; Êtres deux fois doués I Êtres puissants et doux I Vous domptez notre force ; elle marche après vous.
D'un double lien attachée.
Ah I dis-moi , jeune femme , autour de ta demeure
N'entends-tu pas de voix qui pleure?
Comme moi tu perdis le rire aux ailes d'or; Mais ton crédule espoir l'appelle-t-il encor? Heureuse d'espérer! — Après un long silence, Lorsqu'un hymne en secret de mon âme s'élance, . Ce n'est plus vers mes jours de printemps et de fleurs , C'est assez d'écarter de moi l'ange des pleurs. Cet ange toujours pâle et toujours lamentable Qui pleure à mon chevet et qui pleure à ma table. Mais si le rire ailé rentre dans ma maison, Si l'été qui fleurit sèche sous un rayon Mes larmes, tu verras la chanteuse alouette Envier dans le ciel ma voix qu'on dit muette , Les bardes, s' éveillant, diront : « C'est lui 1 c'est lui ! » Et les tranquilles eaux du Leff... Mais aujourd'hui!
Ah ! dis-moi , jeune et douce femme , N'entends^tu pas de voix qui pleure dans ton âme ?
Si je viens k passer, sur ton front, en tremblant^ Hélas! n'abaisse plus ainsi ton voile blanc, Toute pâle et toute troublée ;
LA FLEUR d'oB. 27
Au bras qui te conduit n'attache plus ton bras ; Comme pour m' éviter, ne presse plus tes pas Vefs quelque solitaire allée.
Eh bien! si ma rencontre importune tes yeux, Parle avec confiance et décide en quels lieux
Il faut pour toi que je m!exile ; Ton amour fut ma paix , mon bonheur, mon soutien , Qu'aujourd'hui mon repos ne trouble plus le tien ;
Commande , je serai docile.
Alors tes yeux ternis reprendront leur azur.
Le jour, comme autrefois, naîtra limpide et pur,
La nuit s'écoulera sans fièvre ; Tu t'abandonneras à ta sécurité.
Et l'innocence aimable, et la douce gaîté
Souriront encor sur ta lèvre.
Dis un mot et je pars. — Sans trop d'ennuis pour toi, Si je puis cependant demeurer, souffre-moi ;
Et, lorsqu'au détour d'une rue.
Tout à coup devant toi m'offrira le hasard.
Passe libre et sans peur ; ne crains pas mon regard ;
Je ne t'aurai pas reconnue.
Seulement (je t'en prie ! ) , oh I quand tu seras loin, Quand je pourrai braver et soupçons et témoin ,
Vers toi que je tourne la tête , Pour observer encor ton pas modeste et lent.
Et tout ce qu'à mon cœur ce marcher indolent
Rappelle de grâce secrète.
Alors, alors mon cœur bondira! millq accords, Mille vœux dans mon cœur retentiront alors,
28 LA FLEUR d'OR.
Et se répandront sur ta route ; Et mille illusions, mille prospérités, Gomme des anges purs iront à tes côtés ,
Ce jour-là si le ciel m'écoute I
LES TJIOIS PLAISIRS