‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 187 sur 268 · A M. AUGUSTE LE PRÉVOST · texte numérisé non relu

A M. AUGUSTE LE PRÉVOST

Ses mains sur sa figure, une jeune épousée.

Un jour, dans Saint-Malo, pleurait à sa croisée :

« Las î mon cher oiselet ! las ! ils l'ont mis à mort I

a Adieu, joie ! » Et ses pleurs amers coulaient plus fort;

Car elle avait jadis connu les douces larmes Et les nuits de bonheur avant ce jour d'alarmes.

« Diteâ, ma jeune épouse, au milieu de la nuit, Pourquoi donc vous lever si souvent et sans bruit?

Quand je dors près de vous, mon épouse nouvelle, Pourquoi me laisser seul? — Sire, répondit-elle.

C'est qu'à l'heure où la lune .illumine les eaux. J'aime à voir sur la mer passer les grands vaisseaux.

— Non I ce n'est pas pour voir la met et les étoiles! Ni sur les grandes eaux passer les grandes voiles I

Çà, Madame, parlez sans .leurre à votre époux : Au milieu de la nuit pourquoi vous levez-vous ?

— Quand mon petit enfant dans sa couche repose, J'aime à voir ses veux clos et sa bouchette rose.

— Non ! ce n'est pas pour voir le sommeil d'un enfant Que, pieds nus, de mon lit vous sortez si souvent I

— Mon vieil et cher époux , grâce pour votre dame ! Voici tout mon secret, pur caprice de femme :

La nuit un rossignol chante en notre jardin ; Dès que la mer s'endort, lui s'éveille soudain;

Sur le rosier en fleur jusqu'à l'aurore il chante, Et si douce est sa voix, si claire, si touchante I »

3^ HISTOIRES POÉTIQUEIS.

La jeune dame ainsi parlait m vieux seigneur Qui murijdurait, songeant à venger son l^onneur :

« Mensonge ou vérité, vertueuse ou parjure, Demain le rossignol sera pris, je le jure. »

Le jour venant à luire, il dit au jardinier/. « Mon ami, pour un jour laisse là ton métier.

Un souci me travaille : à peine je sommeille, Qu'un maudit rossignol dans le clos me réveille ;

Dresse donc tes gluaux, d'engins couvre le sol : Je te tMuUe un sou d'or si j'ai le rossignol. »

L'oiseleur fit trop bien son métier, et le traître Prît un chanteur nocturne et l'offrit à son maître;

Et quand le vieux seigneur tint le pauvre captif. Il rit d'un méchant rire, et, serrant le chétif.

Brusquement l'étouflk; puis, d'une main jalouse. L'ayant jeté saignant au sein de son épouse :

a Teaez, dame, voici votre cher oiselet 1

Je l'ai pris. Mort ou vif, n'est-ce pas qu'il vous plaît?»

Un jeune homme, apprenant bientôt cette aventure, Disait , et de longs pleurs sillonnaient sa ligure :

« Oh ! combien la jeunesse a de sombres ennuis ! Adieu, ma bien-aimée, adieu nos belles nuits !

Mon regard n*ira plus, la nuit, chercher le vôtre : Adieu nos 4oux baisers d'une fenêtre à Tautre ! ^

Mais le pauvre oiselet mort par leur amitié , . La dame et son fidèle en eurent grand' pitié :

En un gentil cofiBret tout d'or fin et d'ivoire. Le petit corps Yut mis bien entouré de moire ;

Puis autour du coffret l'histoire on raconta. Et l'amant sur son cœur jour et nuit le porta.

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