LE CHEVREUIL
Dans un bois du canton , pris dès son plus jeune âge, Il était familier, bien qu'au fond tout sauvage : Aux heures des repas, gentiment dans la main U s'en venait manger et des fruits et du pain. On entendait sonner ses pieds secs sur les dalles; Puis, soudain, attiré par les forêts natales. Il partait, défiant tous les chiens du manoir. Et se faisant par eux chasser jusques au soir : Alors, les flancs battants, et l'écume à la bouche. Il rentrait en vainqueur, caressant et farouche.
Bientôt, le temps venu de ses fauves amours.
Il partit seul, errant et les nuits et les jours.
S'arrêtant pour humer, épuisé de ses courses, La fraîcheur des taillis et la fraîcheur des sources. Sa trace était partout dans les sentiers des bois, Mais nul brame amoureux ne répétait sa voix ; Plutôt, des fronts armés de pointes acérées Devant lui s'avançaient sous les branches fourrées : Chevreuils libres et fiers, de leur gîte accourus Contre ce vil flatteur de Thomme, cet intrus.
Nous le vîmes alors couché dans son étable.
Sans plus songer à l'heure où se dressait la table, Seul, triste, loin des chiens, tout entier à son mal. Haïssant à la fois et l'homme et l'animal ; Par accès s'élangant, dans ses colères mornes, Contre les visiteurs qu'il frappait de ses cornes : De tristesse et de crainte il emplit le manoir, Pauvre béte, et mourut ainsi de désespoir I... A sa franche nature, oh ! laissez donc chaque être. Laissez-le vivre en paix aux lieux qui l'ont vu naître I