LE BAL
— a Non, ma mère, ce soir n'allons pas à la danse. Je suis jeune et pourtant mûre par la prudence.
Si mon frère était là, lui, mon ange gardien, J'irais, j'irais danser : avec lui tout est bien.
— Ma fille, j'ai pour vous les plus fines dentelles, « Jamais riche à Pomic n'en porta de plus belles. Venez donc à ce bal, Odette, mon espoir :
Mes yeux dans votre éclat, mes yeux veulent vous voir. » Elle dut obéir; puis, à tout ce qui brille, Pourquoi tenter les yeux et l'esprit d'une fille? Ajoutons que ce bal, le dernier de l'été, Avec mille splendeurs, ce bal sera fêté :
Jongleur, feu d'artifice ; un chanteur en vacances Doit sur le piano soupirer ses romances.
La veille de ce jour, Gratien à son bord, Cabotier de Paimbœuf, près de quitter le port. Lisait dans un billet sans nom : « Revenez vite I Le mal qu'on voit en fac^ est un mal qu'on évite. » Aussitôt le marin vers Pornic voyageait , L'âme et l'esprit troublés. Cependant chaque objet Tout le long du chemin comme un ami l'accueille. Sur sa tige la fleur et l'oiseau sous la feuille, Si bien (comme à vingt ans ils savent s'enchanter! ) Qu'en mesurant ses pas il se prit à chanter :
a Marin, j'ai visité bien des terres, des îles , Mais dans le nouveau monde et dans le monde ancien. Je songeais à mon bourg parmi ces grandes villes; Admirant ces pays, je regrettais le mien.
Dans les temples dorés, lorsque, plein de surprise, J'entrais, cherchant celui qu'il faut chercher partout. Pourquoi rêver au saint de ma petite église, Entre deux pots à fleur dans sa niche debout?
Gerte en ces beaux climats bien des filles sont belles, Mes regards les suivaient et j'étais ébloui : « Cependant ta moitié, jeune homme. Vit loin d'elles? » Me demandait mon cœur, et je répondais : « Oui. »
A ton chant de retour, marin, je veux moi-même Unir un nouveau chant pour la terre que j'aime!
Le poëte est heureux à qui le ciel donna
Un sol vierge et puissant que son cœur devina;
Quand d'autres murmuraient : « Terre inculte et sauvage! » Moi, je t'aime, ai-je dit; tu n'es point de notre âge.
Oui , ton charme indicible est dans cette âpreté, Et tu lui dois ta force et ta douce fierté.
Aussi je chanterai dans mes rimes dernières Et tes antiques mœurs et tes nobles chaumières.
Et mon œuvre sera. Du fond de mes taillis Je pourrai m'écrier : Breton, j'eus un pays!...
Homère n'a chanté que les fils de FHellade :
Un maître le disait, et sa voix persuade.
Mais finis, Gratien, ta chanson de retour Où la tristesse calme alterne avec l'amour.
— Soutenez-moi, Seigneur! une heure, une heure encore, Je verrai mes parents, mes amis, ma maison, La Vierge que pour moi ma vieille mère implore : Le retour est doux même après une saison.
Hâtez-vous donc, mes pas! que votre course est lente! Plus léger est mon cœur. Allez, allez, mes pas! Ceux dont je suis aimé déjà sont dans l'attente ; Pour les bien embrasser ouvrez-vous, mes deux bras!
Que nul ne^ soit absent dans la chère famille !
Qu'au foyer je retrouve et le pain et l'honneur !
Si ce joyau du pauvre avec moins d'éclat brille,
Contre un malheur si grand soutenez-moi, Seigneur! —
Mais tous ces noirs pensers, de nouveau son jeune âge Devant lui les chassa : le parfum de la plage L'enivrait; dans le port il revoit son bateau; Soudain, près des dôl-men, sous les murs du château Il passe comme un cerf sans détourner la tète, Et baigné de sueurs à sa porte il s'arrête.
Le logis est déserti Reprenant son bâton.
Ami fidèle et sûr qu'il ramène au canton, Par le bourg il s'en va pour chercher ceux qu'il aime, Sur la grève, à l'auberge... Ardeur chez tous la même! La poitrine battante et les cheveux au vent, Vers vous, objets aimés, que j'ai couru souvent!
Sous des arbres lointains, le son d'une ^musique L'attire; c'est le bal où la noblesse antique Et tous les étrangers s'assemblent, il accourt : S'il a des pieds légers, Gratien n'est point sourd. Car, sous l'ombrage, aux cris d'une voix bien connue Il s'élance d'un bond : « Ma sœur! » A sa venue,
Cette enfant, jusque-là courageuse, pâlit Et, remerciant Dieu, sur fherbe défaillit.
Le bâton du marin et le jonc du jeune homme Que son liabit nankin dans le pays renomme Sonnèrent : Fétranger fut brave et de bon ton , Mais un jonc est flexible et dur est un bâton.
Partout ils sont pressés, les noirs semeurs d'alarmes! Les vieux parents d'Odette étaient chez eux en larmes. Gratien, à âon bras tenant sa jeune sœur.
Entra dans la maison, les yeux pleins de douceur : « Mon père, la voici. » Puis, de ses deux mains fortes. Maître dans sa chaumière, il en ferma les portes.
BRITA
De l'Aber-Udùt, en Léon.
UN VOYAGEUR
L*air brûle, des sillons sort une acre fumée; Immobile, la mer brille comme enflammée.
Iles qu'on voit au loin calmes sous le ciel bleu, Par cet ardent juillet quand la mer est en feu. Heureux sont vos pêcheurs I... Vêtu de simple toile, Oh I s'endormir bercé sous l'œil clair d'une étoile, Boire la brise fraîche et, sous les noirs Ilots, Parmi les gais poissons se jouer sur les flots!