‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 251 sur 268 · AMITIÉS · texte numérisé non relu

AMITIÉS

Rappelons-nous ces temps de fraîcheur matinale Où notre àme sentait éclore tour à tour Les fleurs de l'amitié puis les fleurs de l'amour : splendeurs I ô parfums I ô saison virginale I

La gloire, nous montrant son étoile idéale ,

Nous élevait ensemble au radieux séjour ;

Nos deux noms souriants devaient s'inscrire un jour .

Près de vos noms pieux, ô Nisus, Euryalel

Avec la même foi pour les mêmes autels , — L'esprit qui sait oser et l'âme qui s'incline , — Tous deux nous attestions une même origine ;

— Et tous deux enlacés dans nos bras fraternels, Cherchant d'un pas égal les pensers éternels , De la jeunesse ainsi nous montions la colline.

Vivant, parmi les morts je l'ai mis au cercueil.

Au cercueil de mon cœur, sans haine et sans prière.

L'ombre de l'amilié menait encor le deuil.

Elle me rappelait ton fraternel accueil

Quand me riaient tes yeux , quand ta main familière

A ma main s'unissait comme le lierre au lierre.

A présent marche seul , grandissant et plus fort; D'autres applaudiront à tes jour» de victoire.

Dans tes chutes aussi plus d'un verra sa gloire. Pour moi je suis aveugle et sourd devant ton sort.

De la vengeance ainsi m' épargnant le remord , Je laisse tout ingrat s'éteindre en ma mémoire , Mon cœur s'ouvre pour lui comme une tombe noire, Et je dis impassible : il est mort T il est mort!

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