AUX ENVIRONS D'ALBANO
Bois où se sont perdus Merlin et Viviane, Aviez-vous plus d'arôme aux coupes de vos fleurs ? Plus d'émail à vos^ pieds ?- Sur la verte liane Lps oiseaux brillaient-ils de plus riches couleurs? délices du lac d'Albane I
Calme et parfum I Et puis des couples gracieux «
Qui la main dans la main, lentement, sous les chênes, Vont former quelque danse aux collines prochaines. Je passe et poliment on me sourit des yeux.
Ainsi, vers Comanâ, cheminant un dimanche.
De chaque feutre noir, de chaque coiffe blanche , M'arrivait un bonjour, mais grave et sérieux.
Ébloui des splendeurs de cette terra épique ,
A midi je m'assieds sous la chaleur du jour;
Je tourne encor les yeux vers la Sabine antique.
Puis, vaincu, je les ferme au bruit d'un chant rustique :
Un jour Milton dormant eut un baiser d'amour.
Pour les dames allant vers leur villa de marbre Sans gloire et sans lauriers mon front ne brille pas", Mais, filles d'Albano, sous l'ombre de cet arbre
Arrêtez , arrêtez vos pas 1 Les lèvres qui chantaient ma jeune paysanne S'ouvrent encore et mon cœur en émane.
A S. MAUTO
(Nom italien de saint Malô)
Gomment, bon saint Malo, pauvre évêque breton, Une église de Rome a-t-elle pris ton nom ?
Ah ! dans cette cité païenne et catholique , Quand, fatigué de voir et d'admirer toujours, Enfin je découvris ton humble basiKque, Ah I cirques et forums, colonnades et tours, Comme tout disparut! et, durant quelques jours, Mon pays me revint frais et mélancolique.
Malô, l'illusion fidèle me poursuit :
Ton bâton pastoral dans Rome me conduit.
Hier encor j'errais, et maisons, monastères.
Théâtres, tout dormait; le Tibre coulait noir. Et je suivis ses bords, lorsque, par ce beau soir, Saint-Pierre m'apparut inondé de lumières :
Avait'-on allumé pour. mon saint inconnu Cette fête magique où seul j'étais venu ?
Des milliers de flambeaux ( grandeurs toutes romaines ! ) Éclairaient sans témoins et le dôme et la nuit, Et sous la colonnade on entendait le bruit Des immenses fontaines^
Éclat du Vatican, luxe pontifical, M'écriai-je, ici-bas vous n'avez point d^égal î Le ciel allume seul une pareille fête, • Délices de l'Arabe errant dans les déserts; Immobile et serein, seul, après la tempête, Sur l'Océan plaintif il tient ses yeux ouverts ^
LA »LEUR d'or. «3
Pour apaiser la vague et les grands monstres verts ; Malô, de tels flambeaux scintillaient sur ta tôte, Quand , guidant ton esquif, un ange aux ailes d'or T'envoyait convertir les païens de TArvor I
Patron des voyageurs, les fils de ton rivage, Venus à ce milieu de l'univers chrétien , Connaîtront désormais ton nom italien Et tu seras un but dans leur pèlerinage.
Les plus tendres de cœur à Rome apporteront Quelques fleurs des landiers pour réjouir ton front : Mais là-bas, près des mers, sous ta sombre chapelle. Fête-les au retour, bon. saint, et souris-leur Quand sur ton humble autel ils mettront une fleur De la ville éternelle.