BASILE
Reposons-nous ailleurs , le doute a hérissé
De trop de dards aigus la couche du passé.
Mais croire , mais aimer quand toute âme s'envole ,
Et quand Chaque matin voit tomber chaque idole !
Cependant, il le faut, croyons, aimions encor,
Croyons bien aux plaisirs et pour eux aimons l'or, ^
Croyons à cela seul qu*on ne doit plus rien croire ,
Hors aux baisers cueillis sur un beau front d'ivoire ;
Dieu mort, lis ont tué Tamour et l'amitié :
Croyons tous au malheur sans oroire à- la t)itié,
Et cherchons loin, bien loin, un asile suprême
Pour oublier enfin les autres et nous-môme.
vous^ frères amis, qui d'un monde hideux
Voyageurs éplorés, êtes sortis tous deux,
L'un éteignant sa vie au creux de la vallée , . -
L'autre emportant au cloître une âme désolée ,
Mais tous deux expirant d'une si douce voix
Que votre sol natal en agita ses bois,
Ah ! s'il est loin du monde un lieu sûr où Ton dorme.
Répondez, Amaury, dites, Joseph Delorme,
Où le lit est meilleur, et le sommeil plus long :
Est-ce à l'ombre du cloître ? Est-ce au creux du vallon ?
En nous-môme peut-être il est un sûr refuge
Où l'âme en descendant sait juger qui la juge.
Un sanctuaire calme où le doute acéré
Malgré tous ses replis n'a jamais pénétré :
Beau temple intérieur tout rempli d'eaux lustrales.
De niets fortifiants et d'essences vitales.
Si les corps sont régis par l'éternelle loi ,
Sonde ta destinée, âme, et rassure-toi !
Quel Titan espéra dans ses deux mains géantes Détruire une de vous, molécules vivantes ; Ou de rame déserte exiler sans retour La divine espérance et le divin amour?