‹ Œuvres complètes de Auguste Brizeux. Précédées d'une noticeChapitre 71 sur 268 · BASILE · texte numérisé non relu

BASILE

Reposons-nous ailleurs , le doute a hérissé

De trop de dards aigus la couche du passé.

Mais croire , mais aimer quand toute âme s'envole ,

Et quand Chaque matin voit tomber chaque idole !

Cependant, il le faut, croyons, aimions encor,

Croyons bien aux plaisirs et pour eux aimons l'or, ^

Croyons à cela seul qu*on ne doit plus rien croire ,

Hors aux baisers cueillis sur un beau front d'ivoire ;

Dieu mort, lis ont tué Tamour et l'amitié :

Croyons tous au malheur sans oroire à- la t)itié,

Et cherchons loin, bien loin, un asile suprême

Pour oublier enfin les autres et nous-môme.

vous^ frères amis, qui d'un monde hideux

Voyageurs éplorés, êtes sortis tous deux,

L'un éteignant sa vie au creux de la vallée , . -

L'autre emportant au cloître une âme désolée ,

Mais tous deux expirant d'une si douce voix

Que votre sol natal en agita ses bois,

Ah ! s'il est loin du monde un lieu sûr où Ton dorme.

Répondez, Amaury, dites, Joseph Delorme,

Où le lit est meilleur, et le sommeil plus long :

Est-ce à l'ombre du cloître ? Est-ce au creux du vallon ?

En nous-môme peut-être il est un sûr refuge

Où l'âme en descendant sait juger qui la juge.

Un sanctuaire calme où le doute acéré

Malgré tous ses replis n'a jamais pénétré :

Beau temple intérieur tout rempli d'eaux lustrales.

De niets fortifiants et d'essences vitales.

Si les corps sont régis par l'éternelle loi ,

Sonde ta destinée, âme, et rassure-toi !

Quel Titan espéra dans ses deux mains géantes Détruire une de vous, molécules vivantes ; Ou de rame déserte exiler sans retour La divine espérance et le divin amour?

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