‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 3)Chapitre 21 sur 70 · SUR LE COURS D'HISTOIRE DE M. DAUNOU · texte numérisé non relu

SUR LE COURS D'HISTOIRE DE M. DAUNOU

M. Daunou a proclamé que, s'il est vrai que nulle société ne puisse exister sans lois, sans pouvoirs, sans une force publique, sans des impôts, il est vrai aussi que nulle société ne peut manquer de périr sous ces institutions mêmes, quand elles lui sont imposées avec excès, c'està-dire quand les lois sanctionnent autre chose que le respect mutuel de la liberté de tous; quand les pouvoirs ont .assez de moyens de contrainte pour faire obéir à de pareilles lois; quand les impôts passent la mesure prescrite par les besoins d'une administration répressive et non préventive envers les citoyens, défensive et non hostile envers les nations étrangères ; quand la force publique l'emporte en intensité sur la masse des délits intérieurs possibles, ou des périls extérieurs possibles. Du moment que ces choses arrivent, la société n'est plus régie , elle est possédée, ou, pour mieux dire, elle n'est plus société, c'est un troupeau sous des maîtres, sous un seul, sous plusieurs, sous un grand nombre; la quantité n'importe en rien.

Un philosophe dont notre époque s'honore a établi le premier cette distinction profonde et lumineuse, et c'est en le citant que M. Daunou l'a reproduite. « Il n'y a, dit M. deTracy, dans son Commentaire sur l'Esprit des Lois, il n'y a que deux espèces de gouvernement : celui où ceux qui gouvernent sont pour la nation , et celui où la nation est pour ceux qui gouvernent; en termes plus brefs, il y a le gouvernement national et le gouvernement spécial. Les diverses formes numériques énoncées par Montesquieu, et accréditées par son génie, viennent s'absorber toutes dans cette grande division, la seule qui soit réelle. » Sans dénaturer la formule de M. de Tracy, on pourrait supprimer le mot gouvernement dans l'expression de la seconde espèce ; et alors il resterait d'un côté le gouver-

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