SUR LE COURS D'HISTOIRE DE M. DAUNOU
en chassant devant eux les obstacles, et sont victorieux sans porter un seul coup ; c'est aux esclaves échappés qu'appartiennent la tactique des Parthes , les Irruptions soudaines , la fuite simulée, les fausses trêves et les poignards.
M. Daunou pense que le peuple français est digne aujourd'hui d'embrasser la morale des nations ; il croit que nous sommes enfin parvenus à l'état social, à cet état où, comme il le dit lui-même, il n'y a rien de sûr que la bonne foi, rien de puissant que la vérité, rien d'habile que la vertu. Nous l'avons entendu adresser cette assurance consolante aux jeunes gens de son auditoire ; à ces générations nouvelles, qui n'ont pas eu le temps d'achever, sous le despotisme , l'apprentissage de la servitude. « Puissentelles, s'est écrié noblement le professeur, puissent-elles , ces générations avides d'instruction, de liberté et de bonheur, devenir un peuple généreux et sage, à jamais incapable de supporter le joug du despotisme, et <le secouer oelui des pouvoirs tutélaires ! Qu'elles sachent bien qu'il n'y a de lumières pures que celles qui perfectionnent les mœurs ; qu'on cesse d'être éclairé , quand on se déprave; qu'une nation n'est libre qu'à proportion qu'elle est juste, bonne et courageuse ; que les arts et les sciences ne sauvent de la servitude que ceux qu'ils préservent des vices , et qu'un peuple corrompu est une proie promise à la tyrannie, à peu près comme ces cadavres qu'on abandonne aux bêtes farouches. »
Des exhortations si hautes et si pures rejettent , bien loin derrière nous, le temps, pourtant récent encore , où la servitude élégante professait seule dans les écoles ; où Ton faisait prédire à Virgile la naissance du fils d'un despote; où Ton profanait devant la jeunesse les grands noms de patrie et d'honneur; où les phrases d'une rhétorique