LES DEUX AMIS, ACTE V, SCÈNE VII
PAULINE, se jetant entre denx.
Monsieur de Saint-Àlban !
SAINT-ALBAN, fièrement.
Oui, monsieur, j'oserai tenir parole à votre père.
PAULINE, éperdue.
Âh ! grands dieux !
SAINT-ALBAN, du même ton.
Et toute nouvelle qu'est cette façon d'intercéder, elle ne nuira pas à M. de Mêlac.
PAULINE, à Saint-Alban.
Il va tomber à vos genoux. Il ne sait pas... (a Nélae.) Cruel ennemi de vous-même ! apprenez qu'il s'engage au silence; que lui seul peut vous conserver l'emploi...
MÉLAC FILS
Je le refuse.
PAULINE
Insensé !
MÉLAC FILS
Quel bienfait, Pauline ! J'en dépouillerais mon père ! je le payerais de votre perte, et j'en serais redevable à mon ennemi !
SAiNT-ALBAN, aTec dignité.
Monsieur...
PAULINE, à Nélac.
Quel est donc le but de ces fureurs ?
S'il ménage mon père, il vous épouse, il est trop récompensé : mais attaquer mes sentiments pour vous !...
PAULINE, outrée.
Vos sentiments !... Quels droits osez-vous faire valoir ? Ne m'avez-vous pas rendu ma parole ?
MiLAC FILS.
L'honneur m*a-f-il permis de la garder? vous vous privez de tout pour sauver mon père...
SAINT-ALBAN
Quoi ! ces cent mille écus qu'on dit empruntés...
NéLAC FILS.
Sont à elle; c'est son bien, tout ce qu'elle possède au monde.
SAINT-ALBAN
Sont à elle ! (A part.) Ah dieux ! que de vertus ! (fl réTe
profondément.)
MÉLAC FILS, arec force.
Ai-je donc trop exigé de vous deux, en me sacrifiant, que l'un n'insultât pas à l'infortuné qu'il opprime ! que l'autre honorât ma perte d'une larme, d'un regret ! Il vous épousait de même, et je mourais en silence.
PAULINE, à Nélac, avec colère.
Eh ! fallait-il venir ainsi... (Les pleun lui coupent la parole; elle se jette sur un siège, et dit à elle-même : ) Malheureuse
faiblesse î
MÉLAC FILS, TÎTement.
Ne me dérobez pas vos larmes, Pauline ! c'est le seul bien qui me reste au monde.
PAULINE, outrée, se releTaiit.
Oui, je pleure : mais... c'est de dépit de ne pouvoir m'en empêcher.
hIlac nu.
J'ai donc tout perdu !
PAULINE
Votre violence a tout détruit.