‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 14 sur 607 · LE C0|ITE · texte numérisé non relu

LE C0|ITE

Que dit-on de mon absence?

DRINK

Mademoiselle a beaucoup pleuré.

LE COMTE

Ah ! je suis plus affligé qu'elle. Mais n*a-t-il rien percé du projet de mariage?

DRINK

Oh t le diable gagne trop à vos desseins pour y nuire.

LE CONTE, avec humeur.

Je crois que le maraud s'ingère...

DRINK

Parlons, milord, sans vous fâcher. Voilà une fille de condition qui croit être votre fenune.

LE COMTE

Et qui ne l'est pas, veux-tu dire?

DRINK

Et qui ne peut tarder à être instruite que vous en épousez une autre. Quand je pense à ce dernier trait, après le diabolique artifice qui l'a fait tomber dans nos griffes... Un contrat supposé, des registres contrefaits, un ministre de votre façon... Dieu sait... Tous les rôles distribués à chacun de nous, et joués... Quand je me rappelle la confiance de cette tante, la piété de la nièce pendant la ridicule cérémonie, et dans votre chapelle encore.... Non, je crois aussi fermement qu'il n'y aura jamais pour vous, ni pour votre intendant qui fit le ministre, ni pour nous qui servîmes de témoins...

LE COMTE fail un gesle furieux qui coupe la parole à Drink, et après une petite pause dit froidement :

Monsieur Drink, vous êtes le plus sot coquin que je

connaisse, (il tire sa boui'se et la lui donne.) Vous n'êtes plus

à moi| sortez : mais si la moindre indiscrétion...

DRINK

Est-ce que j'ai jamais manqué à milord?

LE COMTE

Je déleste les valets raisonneurs, et je me défie surtout des fripons scrupuleux.

DRINK

Eh bien, je ne dirai plus un seul mot : usez de moi

comme il vous plaira. Mais pour la demoiselle, en vérité, c'est dommage.

LE CONTE

Vous faites l'homme de bien; mais, à la vue de l'or, votre conscience s'apaise... Je ne suis pas votre dupe.

DRINK

Si vous le croyez, mon maître, voilà la bourse.

LE COMTE, refusant de la prendre.

Gela suffit : mais qu'il ne vous arrive jamais... Ap- ;)rochez. Puisqu'on ne sait rien de ce fatal mariage...

DRINK

Fatal ! qui vous force à le conclure?

LE COMTE

Le roi qui a parlé, mon oncle qui presse; des avan- !ages qu'on ne rencontre pas deux fois en la vie. (A part.) Et, plus que tout, la honte que j'aurais de dévoiler mon odieuse conduite.

DRINK

Mais comment cacher ici...

LE COMTE, réTanl.

Oh! je... Quand une fois je serai marié... Et, puis, elles ne verront personne. Cette maison, quoique assez près de mon hôtel, est dans un quartier perdu... Je ferai en sorte qu'elles repartent bientôt. Va toujours m'annoncer; cette visite préviendra les soupçons...

DRINK, se retournant.

Les soupçons ! Qui diable oserait seulement penser ce que nous exécutons, nous autres?

LE COMTE

Il a raison. (II le rappelle.) Écoute, écoute.

DRINK

Milord !

LE COMTE, h lui-mômc, en se promenant.

Je crois que la têle a tourné en même temps à tout le monde. (A Drink.) Ont-elles déjà reçu des lettres?

DRINK

Pas encore. '

LE CONTE, & lai-môme, en se promenant.

C'est mon intendant... Parce qu'il est prêt à rendre i'àme... Il me mande... Il me fait une frayeur avec ses remords... Le malheureux!... Après m'avoir lui-même jeté dans tous ces embarras... Je crains qu'avant de mourir, il ne me joue le tour d'écrire la vérité, (a Drink.) Tu iras toi-même à la poste.

DRINK

Oui, milord.

LE CONTE

Prends-y garde, au moins. Il ne faudrait qu'une lettre comme celle que j'en reçois... Tu connais son écriture.

LRINK.

J'entends. Tout ce qui viendra de là.

LE CONTE

Fort bien. Va m'annoncer.

(Drink sort par la porte qui conduit chez madame Murer.)

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