‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 173 sur 607 · LE BARBIER DE SËVILLE, ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE SËVILLE, ACTE III, SCÈNE II

B\RTHOLO, brusquement.

Jamais souhait ne vint plus à propos. Que voulezvous?

LE COMTE

Monsieur, je suis AIouzo, bachelier, licencié...

BARTHOLO

Je n*ai pas besoin de précepteur.

LE COMTE

... Élève de don Basile, organiste du grand couvent, qui a l'honneur de montrer la musique à madame votre...

BARTHOLO

Basile ! organiste ! qui a Thonneur ! je le sais. Au fait.

LE COMTE

(A part.) Quel honune ! (Haut.) Un mal subit qui le force à garder le lit. .

BARTHOLO

Garder le lit ! Basile ! Il a bien fait d'envoyer; je vais le voir à Tinstant.

LE COMTE

(Apart.) Oh ! diable ! (Haut.) Quand je dis le lit, monsieur, c'est... la chambre que j'entends.

BARTHOLO

Ne fût-il qu'incommodé! marchez devant, je vous suis.

LE COMTE, embarrassé.

Monsieur, j'étais chargé... Personne ne peut-il nous entendre ?

BARTHOLO

(A part.) C'est quelque fripon. (Haut.) Eh ! non, monsieur le mystérieux ! parlez sans vous troubler, si vous pouvez.

LE COMTE

<\ part.) Maudit vieillard! (Haut.) Don Basile m'avait chargé de vous apprendre...

BARTHOLO

Parlez haut, je suis sourd d'une oreille.

LE COMTE, éleranl la voix.

Ah ! volontiers. Que le comte Almaviva, qui restait à la grande place...

BARTHOLO, effrayé.

Parlez bas, parlez bas.

LE COMTE, plus haut.

... En est délogé ce matin. Comme c'est par moi qu'il a su que le comte Almaviva...

BARTHOLO

Bas ; parlez bas, je vous prie.

LE COMTE, du même ton.

... Était en cette ville, et que j'ai découvert que la signora Rosine lui a écrit...

BARTHOLO

Lui a écrit ? Mon cher ami, parlez plus bas, je vous en conjure ! Tenez, asseyons-nous, et jasons d'amitié. Vous avez découvert, dites-vous, que Rosine...

L^ COMTE, fièrement.

Aâsurément. Basile, inquiet pour vous de cette cor-

respondance, m'avait prié de vous montrer sa lettre; mais la manière dont vous prenez les choses...

BARTHOLO

Eh ! mort Dieu, je les prends bien. Mais ne vous estil donc pas possible de parler plus bas?

LE COMTE

Vous êtes sourd d'une oreille, avez-vous dit.

BARTHOLO

Pardon, pardon, seigneur Alonzo, si vous m'avez trouvé méûant et dur; mais je suis tellement entouré d'intrigants, de pièges... et puis votre tournure, votre âge, votre air... Pardon, pardon. Eh bien? vous avez la lettre?

LE COMTE

A la bonne heure sur ce ton, monsieur. Mais je crains qu'on ne soit aux écoutes.

BARTHOLO

Eh ! qui voulez-vous? tous mes valets sur les dents ! Rosine enfermée de fureur ! Le diable est entré chez moi. Je vais m' assurer...

(D Ta ourrir doucement la porte de Rosine.) LE CiMTE, à part.

Je me suis enferré de dépit. Garder la lettre à présent ! il faudra m'enfuir : autant vaudrait n'être pas venu... La lui montrer!... Si je puis en prévenir Rosine, la montrer est un coup de maître.

BARTHOLO, revient sur la pointe du pied.

Elle est assise auprès de sa fenêtre, le dos tourné à la porte, occupée à relire une lettre de son cousin l'officier, que j'avais décachetée... Voyons donc la sienne.

LE COMTE, lui remet la lettre de Rosine.

La voici. (A part.) C'est ma lettre qu'elle relit.

BARTHOLO lit :

c Depuis que vous m avez appris votre nom et votre « état, a Ah, la perfide! c'est bien là sa main.

LE COMTE, effrayé.

Parlez donc bas à votre tour.

BARTHOLO

Quelle obligation, mon cher !

LE COMTE

Quand tout sera fini, si vous croyez m'en devoir, vous serez le maître. D'après un travail que fait actuellement don Basile avec un homme de loi...

BARTHOLO

Avec un homme de loi! pour mon mariage?

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