‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 200 sur 607 · LE BARBIER DE SÉVILLE, ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE SÉVILLE, ACTE IV, SCÈNE VII

ROSINE I d'au (on Uès-composé.

Je commençais, monsieur, à craindre que vous ne vinssiex pas.

LB COMTE

Charmante inquiétude !... Mademoiseile, il ne me convient point d'abuser des circonstances pour vous proposer de partager le sort d*uu infortuné; mais, quelque asile que vous choisissiez, je jure mon honneur...

ROSUIB.

Monsieur, si le don de ma main n*avait pas dû suivre à Tinstant celui de mon cœur, vous ne seriez pas ici! Que la nécessité justifie à vos yeux ce que cette entrevue a d*irrégulier!

LE COMTE

Vous, Rosine ! la compagne d*un malheureux! sans fortune, sans naissance!...

La naissance, la fortune ! Laissons là les jeux du hasard ; et si vous m'assurez que vos intentions sont pures...

LE COMTE, à ses pîeds.

Âh! Rosine! je vous adore !

ROSINE, indigna.

Arrêtez, malheureux!... vous osez profaner... Tu m'adores!... va, tu n'es plus dangereux pour moi : j'attendais ce mot pour te détester. Mais, avant de fabandonner au remords qui t'attend (En pleurant), apprends que je t'aimais, apprends que je faisais mon bonheur de partager ton mauvais sort. Misérable Lindw! j'allais tout quitter pour te suivre. Mais le lâche abus que tu as fait de mes bontés, et l'indignité de cet affreux comte Àlmaviva, à qui tu me vendais, ont fait rentrer dans mes mains ce témoignage de ma faiblesse. Connais-tu cette lettre?

LE COMTE, Tifement.

Que votre tuteur vous a remise ?

ROSINE, fièrement.

Oui, je lui en ai l'obligation.

LE COMTE

Dieux, que je suis heureux! Il la tient de moi. Dans mon embarras, hier, je m'en suis servi pour arracher sa confiance ; et je n'ai pu trouver l'instant de vous en informer. Ah, Rosine ! il est donc vrai que vous m'aimez véritablement!

FIGARO

Monseigneur, vous cherchiez une femme qui vous aimât pour vous-même...

Monseigneur !... Que dit-il ?

LE COMTE, jetant foa large manteau, paraît en habit magnifique.

0 la plus aimée des femmes I il n'est plus temps de vous abuser : l'heureux homme que vous voyez à vos pieds n'est point Lindor ; je suis le comte Almaviva, qui meurt d'amour, et vous cherche en vain depuis six mois.

ROSINE tottbe daMi les brat du comtes

Ah!.*«

LE COMTE effrayé.

Figaro? ^

Point d'inquiétude, monseigneur ! la douce émotion de la joie n'a jamais de suites fâcheuses : la voilà, la voilà qui reprend ses sens. Morbleu ! qu'elle est belle !

ROSINE

Ah, Lindor !... ah, monsieur! que je suis coupable! j'allais me donner cette nuit même à mon tuteur.

LE COMTE

Vous, Rosine !

ROSINE

Ne voyez que ma punition ! J'aurais passé ma vie à vous détester. Ah, Lindor ! le plus affreux supplice n'est-il pas de haïr, quand on sent qu'on est faite pour aimer 7

PIGAKO regarde 4 la fenêtre.

Monseigneur, le retour est fermé ; l'échelle est enlevée.

LE COMTE

Enlevée !

ROSINE, Ux>nblée.

Oui, c'est moi... c'est le docteur. Voilà le fruit de ma crédulité. 11 m'a trompée. J'ai tout avoué, tout trahi : il sait que vous êtes ici, et va venir avec mainforte.

FIGARO regarde encore.

Monseigneur, on ouvre la porte de la rue.

ROSINE, courant dans les bras du comte afec frayeur. Ah, Lindor !...

LE COMTE avec fermeté.

Rosine, vous m'aimez ? Je ne crains personne ; et vous serez ma femme. J'aurai donc le plaisir de punir à mon gré l'odieux vieillard !...

ROSINE

Nou, non, grâce pour lui, cher Lindor! Mon cœur est si plein, que la vengeance ne peut y trouver place.

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