LE MARIAGE DE FIGARO
COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN PROSE REPRÉSENTÉE, POUR LA PREMIÈRE FOIS, PAR LES COMÉDIENS ORDINAIRES DU ROI, LE MARDI 27 AVRIL 1784.
En faveur du badinage, Faites grâce à la raison.
{Vaud. de la pièce.)
PRÉFACE
En écrivant 'cette préface, mon but n'est pas de rechercher oiseusement si j'ai mis au théfttre une pièce bonne ou mauvaise ; il n'est plus temps pour moi : mais d'examiner 8crapiUeus6ment(etje le dois toujours) si j'ai fait une œuvre blâmable.
Personne n'étant tenu de faire une comédie qui ressemble aux autres ; si je me suis écarté d'un chemin trop battu, pour des raisons qui m'ont paru solides, ira-t-on me juger, comme Font fait MM. tels, sur des règles qui ne sont pas les miennes ? imprimer puérilement que je reporte l'art à son enfance, parce que j'entreprends de fhiyer un nouveau sentier à cet art, dont la loi première, et peutêtre la seule, est d'amuser en instruisant ? Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit.
Il y a souvent très-loin du mal que l'on dit d'un ouvrage à celui qu'on en pense. Le trait qui nous poursuit, le mot qui importune reste enseveli dans le cœur, pendant que la bouche se venge en blâmant presque tout le reste : de sorte qu'on peut regarder comme un point établi au théâtre, qu'en fait de reproches à l'auteur, ce qui nous affecte le plus est ce dont on parle le moins.
Il est peut-être utile de dévoiler, aux yeux de tous, ce double aspect des comédies ; et j'aurai fait encore un bon usage de la mienne, si je parviens, en la scrutant, à fixer l'opinion publique sur ce qu'on doit entendre par ces mots: Qu'est-ce que la décence théâtrale?
A force de nous montrer délicats, fins connaisseurs, et d'affecter, comme j'ai dit autre part, l'hypocrisie de la décence auprès du relâchement des mœurs, nous devenons des êtres nuls, incapables de s'amuser et de juger de ce qui leur convient : faut-il le dire enfin? des bégueules rassasiées qui ne savent plus ce qu'elles veulent, ni ce qu'elles doivent aimer ou rejeter. Déjà ces mots si rebattus, bon ton» bonne compagnie, toujours ajustés au niveau de chaque insipide coterie, et dont la latitude est si grande qu'on ne sait où ils commencent et unissent, ont détruit la franche et vraie gaieté qui distinguait de tout autre le comique de notre nation.
Ajoutez-y le pédantesque abus de ces autres grands mots décence et bonnes mœurs, qui donnent un air si important, si supérieur, que nos jugcurs de comédies seraient désolés de n'avoir pas à les prononcer sur toutes les pièces de théâtre, et vous connaîtrez à peu près ce qui garrotte le
génie, intimide tous les auteurs, et porte un coup mortel à la vigueur de l'intrigue, sans laquelle il n*y a pourtant que du bel esprit â la glace, et dés comédies de quatre jours.
Enfin, pour dernier mal, tous les états de la société sont parvenus â se soustraire à la censure dramatique : on ne pourait mettre au théâtre les Plaideurs de Racine, sans entendre aiyourd'hui les Dandins et les Brid*oisons, même des gens plus éclairés, s'écrier qu'il n'y a plus ni mœurs, ni respect pour les magistrats.
On ne ferait point le Turcaret sans avoir à l'instant sur les bras fermes, sous-fermes, traites et gabelles, droits réunis, tailles, taillons, le trop-plein, le trop-bu, tous les impositeurs royaux. Il est vrai qu'aujourd'hui Turcaret n'a plus de modèles. On l'offrirait sous d'autres traits, l'obstacle resterait le môme.
On ne jouerait point les fâcheux, les marquis, les emprunteurs de Molière, sans lévolter à le fois ia haute, la moyenne, la moderne et l'antique noblesse. Ses Femmes savantes irriteraient nos féminins bureaux d'esprit : mais quel calculateur peut évaluer la force et la longueur du levier qu'il faudmit, de nos jours, pour élever jusqu'au théâtre l'œuvre sublime du Tartufe^ Aussi l'auteur qui se compromet avec le puhMc pour l'amuser, ou pour l'instruire, au lieu d'intriguer â son choix son ouvrage, est-il obligé de toumiller dans des incidents impossibles, de persifler au lieu de rire, et de prendre ses modèles hors de la société, crainte de se trouver mille ennemis, dont il ne connaissait aucun en composant son triste drame.
J'ai donc réfléchi que si quelque homme courageux ne secouait pas toute cette poussière, bientôt l'ennui des pièces françaises porterait la nation au frivole opéra-comique, et plus loin encore, aux boulevards, à ce mmas infect de tréteaux élevés à notre honte, où la décente liberté, bannie du théâtre français, se change en une licence effrénée', où la jeunesse va se nourrir de grossières inepties, el perdre, avec ses mœurs, le goût de la décence et des chefs-d'œuvre de nos maîtres. J'ai tenté d'être cet homme, et si je n'ai pas mis plus de talent à mes ouvrages, au moins mon intention s'est-elle manifestée dans tous.
J'ai pensé, je pense encore, qu'on n'obtient ni grand pathétique, ni profonde moralité, ni bon et vrai comique au théâtre, sans des situations fortes et qui naissent toujours d'une disconvenance sociale, dans le sujet qu'on veut traiter. L'auteur tragique, hardi dans ses moyens, ose admettre le crime atroce : les conspirations, l'usurpation du trône, le
PRÉFACE
meurtre, l'empoigonnement, l'inceste, dans Œdipe et Phèdre ; le fratricide, dans Vendôme ; le parricide, dans Mahomet ; le régicide, dans Macbeth, etc., etc. La comédie, moins audacieuse, n'excède ftas .les disconvenances, parce que ses tableaux sont tirés de nos mœurs ; ses ^e\s, de la société. Mais comment frapper sur l'avarice, à moins de mettre en scène un méprisable avare ? démasquer l'hypocrisie, sans montrer, comnie Orgon dans le Tartufe^ un abominable hypocrite, épousant sa fille et convoitant sa femme f un homme à bonnes fortunes, sans le faire parcourir un cercle entier de femmes galantes? un joueur effréné, sans Tenvelopper de fripons, s'il ne Test pas déjà lui-même ?
Tous ces gens-là sont loin d'ôlre [vertueux ; l'auteur ne les donne pas pour tels : il n'est le patron d'aucun d'eux, il est le peintre de leurs vices. Et parce que le lion est féroce, le loup vorace et glouton, le re.iard rusé, cauteleux, la fable est-elle sans moralité ? quand l'auteur la dirige contre un sot que la louange enivre, il fait choir du bec du corbeau le fromage dans la gueule du renard, sa moralité est remplie: s'il la tournait centime le bas flatteur, il finirait son apologue ainsi : Le renard s'en saisit, le dévore; mais le fromage était empoisonné. La fable est une comédie légère, et toute comédie n'est qu'un long apologue: leur différence est, que dans la fable, les animaux ont de l'esprit, et que, dans notre comédie, les hommes sont souvent des bétes, et qui pis est, des bétes méchantes.
Ainsi, lorsque Molière, qui fut si tourmenté par les sots, donne à V Avare un fils prodigue et vicieux qui lui vole sa cassette et l'injurie en face, est-ce des vertus ou des vices qu'il tire sa moralité? Que lui Importent ces fantômes ? c'est vous qu'il entend corriger. Il est vrai que les aflicheurset balayeurs littéraires de son temps ne manquèrent pas d'apprendre au bon public combien tout cela était horrible! 11 est aussi prouvé que des envieux très-importants, ou des importants très-envieux, se déchaînèrent contre lui. Voyez le sévère Boileau, dans son épître au grand Racine, venger son ami qui n'est plus, en rappelant ainsi les faits :
L'ignorance et l'erreur, à ses naissantes pièces, En habits de marquis, en robes de comtesses, Venaient ponr difTamer son chef-d'œuvre nouveau. Et secouaient la télé à l'endroit le plus beau. Le commandeur voulait la scène plus exacte; Le vicomte, indigné, sortait au second acte : L'un, défenseur zélé des bigots mis en jeu, Pour prix de ses bons mots, le condamnait au feu ; L'autre, fougueux marquis, lui déclarant la guerre, Voulait venger la cour, immolée au parterre.
On voit môme, dans un placet de Molière à Louis XIV, qui fut si grand en protégeant les arts, et sans le goût éclairé duquel notre théâtre n'aurait pas un seul chef-d'œuvre de Molière : on voit ce philosophe auteur se plaindre amèrement au roi que. pour avoir démasqué les hypocrites, ils imprimaient partout qu'il était un libertin, un impie, un athée, un démon [vêtu de chair, habillé en homme ; et cela s'imprimait avec ApraotATioir et raiviLécE de ce roi qui le protégeait. Bien là-dessus n'est empiré.
Mais, parce que les personnages d'une pièce s'y montrent MHis des mœurs vicieuses, faut -il les bannir de la scène? Oue poursuivrait-on au théâtre? les travers et les ridicules ? cela vaut bien la peine d'écrire! ils sont diez nous comme les modes ; on ne s'en corrige |)oint, on en change.
Les vices, les abus, voilà ce qui ne change point, mais se déguise en mille formes sous le masque des mœurs dominantes : leur arracher ce masque et les montrer à découvert, telle est la noble tâche de l'homme qui se voue au thi>âtre. Soit qu'il moralLte en riant, soit qu'il pleure en moralisant, Heraclite ou Démocrite, il n'a pas un autre de-
voir : malheur à lui, s'il s'en écarte I On ne peut corriger les hommes qu'en les faisant voir tels qu'ils sont. La comédie utile et véridique n'est point un éloge menteur, un vain discours d'académie.
Mais gnrdons-nous bien de confondre cette critique générale, un des plus nobles buts de l'art, avec la satire odieuse et personnelle : l'avantage de la première est de corriger sans blesser. Faites prononcer au théâtre par l'homme juste, aigri de l'horrible abus des bienfaits, tous les hommes sont des ingrats : quoique chacun soit bien près de penser comme lui, personne ne s'offensera. Ne pouvant y avoir un ingrat sans qu'il existe un bienfaiteur, ce reproche même établit une balance égale entre les bons et mauvais cœurs; on le sent, et.çeb console. Que si l'humonste répond qu'un bienfaiteur fait cent ingrats ; on répliquera justement qu't/ ny a peut-être pas un ingrat qui n'ait été plusieurs fois bienfaiteur : et cela console encore. Et c'est ainsi qu'en généralisant, la critique la plus amère porte du fruit sans nous blesser, quand la satire personnelle, aussi stérile que funeste, blesse toujours et ne produit jamais. Je hais partout cette dernière, et je la crois un si punissable abus, que j'ai plusieurs fois d'office invoqué la vigilance du magistra pour empocher que le théâtre ne devint une arène de gladiateurs, où le puissant se crût en droit de faire exercer ses vengeances par les plumes vénales, et malheureusement trop communes, qui mettent leur bassesse à l'en* chère.
N'ont-ils donc pas assez, ces grands, des mille et un feuillistes, faiseurs de bulletins, afficheurs, pour y trier les plus mauvais, en choisir un bien lâche, et dénigrer qui les offusque? On tolère un si léger mal, parce qu'il est sans conséquence^ et que la veimine éphémère démange un instant et périt /mais le théâtre est un géant qui blesse à mort tout ce qu'il frappe. On doit réserver ses grands coups pour les abus et les maux publics.
Ce n'est donc ni le vice, ni les incidents qu'il amène, qui font l'indécence théâtrale; mais le défaut de leçons et de moralité. Si l'auteur, ou faible ou timide, n'ose en tirer de son sujet, voilà ce qui rend sa pièce équivoque ou vicieuse.
Lorsque je mis Eugénie au théâtre (et il faut bien que je me cite, puisque c'est toujours moi qu'on attaque], lorsque je mis Eugénie au théâtre, tous nos jurés-crieurs à la décence jetaient feu et flamme dans les foyers, sur ce que j'avais osé montrer un seigneur libertin, habillant ses valets en prêtres, et feignant d'épouser une jeune personne qui parait enceinte au théâtre sans avoir été mariée.
Malgré leurs cris, la pièce a été jugée» sinon le meilleur, au moins le plus moral des drames, constamment jouée sur tous les théâtres, et traduite dans toutes les langues. Les bons esprits ont vu que la moralité, que l'intérêt y naissaient entièrement de l'abus qu'un homme puissant et vicieux fait de son nom, de son crédit, pour tourmenter une faible fille, sans appui, trompée, vertueuse et délaissée. Ainsi tout ce que l'ouvrage a d'utile et de bon naît du courage qu'eut l'auteur d'oser porter la disconvcnance sociale au plus haut point de liberté.
Depuis, j'ai fait len Dettx Amis, pièce dans laquelle un père avoue à sa prétendue nièce qu'elle est sa tille illégitime: ce drame est aussi très -moral, parce qu'à travers les sacrifices de la plus paifaite amitié, l'auteur s'attache à y montrer les devoirs qu'impose la nature sur les fruits d'un ancien amour, que la rigoureuse dureté des convenances sociales, ou plutôt leur abus, laisse souvent sans appui.
Entre autres critiques de la pièce, j'entendis dans une loge, auprès de celle que j'occupais, un jeune important de la cour qui disait gaiement à des dames : < L'auteur, « sans doute, est un garçon fripier qui ne voit rien de plus
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ff élevé que des commis des fermes et des marcliands « d'étoffes, et c'est au fond d'un magasin qu'il va chercher c les nobles amis qu'il traduit à la scène française! « Hélas ! monsieur, lui dis-je en m'avancant, il a fallu du moins les prendre où il n'est pas impossible de les supposer. Vous ririez bien plus de l'auteur, s'il eût tiré deux vrâis amis de rŒil-<le-B<£uf ou des carrasses? Il faut bien un peu de Traisemblance, même dans les actes vertueux.
Me livrant à mon gai caractère, j'ai depuis tenté, dans le Barbier de Séville, de ramener au théâtre l'ancienne et franche gaieté, en l'alliant avec le ton léger de notre plaisanterie actuelle : mais comme cela môme était une espèce de. nouveauté, la pièce fut vivement poursuivie. Il semblait que j'eusse ébranlé l'État; l'excès dos précautions qu'on prit, et des cris qu'on fit contre moi, décelait surtout la frayeur que certains vicieux de ce temps avaient de s'y voir démasqués. La pièce fut censurée quatre fois, cartonnée trois fois sur l'affiche à l'instant d'être jouée, dénoncée même au parlement d'alors ; et moi, frappé de ce tumulte, je persistais à demander que le public restât le juge de ce que j'avais destiné à l'amusement du public.
Je l'obtins au bout de trois ans, après les clameurs, les éloges ; et chacun me disait tout bas : Faites-nous donc des pièces de ce genre, puisqu'il n'y a plus que vous qui osiez rire en face.
Un auteur désolé pai* la cabale et les criards, mais qui voit sa pièce marcher, reprend courage, et c'est ce que j'ai fait. Feu M. le prince de Canti, de patriotique mémoire (car, en frappant l'air de son nom, l'on sent vibrer le vieux root patrie), feu M. le prince de Con/t, dcnc. me porta le défl public de mettre au thé&tre ma préface du Barbier, plus gaie, disait-il, que la pièce, et d'y montrer la famille de Figaro, que j'indiquais dans cette préface. Monseigneur, lui répondie-je, si je mettais une seconde fois ce caractère sur la scène, comme je le montrerais plus âgé, qu'il en saurait quelque peu davantage, ce serait bien un autre bruit; et qui sait s'il verrait le jour? Cependant, par respect, j'acceptai le défi; je composai cette Folle Journée, qui cause aujourd'hui la rumeur, il daigna la voir le premier. C'était un homme d'un grand caractère, un prince auguste, un esprit noble et fier: le dirai-je ? il en fut content.
Mais quel piège, hélas ! j'ai tendu au jugement de nos critiques, en appelant ma comédie du vain nom de Folle Journée ! Mon objet était bien de lui ôter quelque importance ; mais je ne savais pas encore à quel point un changement d'annonce peut égarer tous les esprits. En lui laissant son véritable titre, on eilt lu l'Époux suborneur. C'était pour eux une autre piste; on me courait dirféremment. Mais ce nom de Folle Journée les a mis à cent lieues de moi : ils n'ont plus rien vu dans l'ouvmge que ce qui ne sera jamais ; et cette remarque un peu sévère sur la facilité de prendre le change a plus d'étendue qu'on ne croit. Au lieu du nom de George Dandin, si Molière eût appelé son drame la Sottise des alliances, il eût porté bien plus de fruit ; si Begnard eût nommé son légataire, la Punition du célibat, la pièce nous eût fait frémir. Ce à quoi il ne songea pas, je l'ai fait avec réflexion. Mais qu'on ferait un beau chapitre sur tous les jugements des hommes et la morale du théâtre, et qu'on pourrait intituler : De l'Influence de Vaffiche!
Quoi qu'il en soil, la Folle Journée resta cinq ans au portefeuille; les comédiens ont su que je l'avais: ils me l'ont enfin arrachée. S'ils ont bien ou mal fait pour eux, c'est ce qu'on a pu voir depuis. Soit que la difficulté de la rendre excitât leur émulation, soit qu'ils sentissent avec le public que pour lui plaire en comédie il fallait de nouveaux efTorts, jamais pièce aussi difficile n'a été jouée avec autant d'ensemble ; et si l'auteur [comme on le dit) est resté au-
dessous de lui-même, il n'y a pas un seul acteur dont cet ouvrage n'ait établi, augmenté ou confirmé la réputation. Mais revenons à sa lecture, à l'adoption des comédiens.
Sur l'éloge outré qu'ils en firent, toutes les sociétés voulurent le connaître, et dès lors il fallut me faire des querelles de toute espèce, ou céder aux instances universelles. Dès lors aussi les grands ennemis de l'auteur ne manquèrent pas de répandre à la cour qu'il blessait dans cet ouvrage, d'ailleurs un tissu de bêtises, la religion, le gouvernement, tous les états de la société, les bonnes mœurs, et qu'enfin la vertu y était opprimée et le vice triomphant, comme de raison, ajoutait-on. Si les graves messieurs qui l'ont tant répété me font l'honneur de lire cette préface, ils y verront au moins que j'ai cité bien juste ; et la bourgeoise intégrité que je mets à mes citations n'en fera que mieux ressortir la noble infidélité des leurs.
Ainsi, dans le Barbier de Séville, je n'avais qu'ébranlé l'État ; dans ce nouvel essai, plus infâme et plus séditieux, je le renversais de fond en comble. Il n'y avait plus rien de sacré si l'on permettait cet ouvrage. On abusait l'autorité par les plus insidieux rapports ; on cabalait auprès des corps puissants, on alarmait les âmes timorées; On me faisait des ennemis sur le prie-Dieu des oratoires; et nioi selon les hommes et les lieux, je repoussais la basse intrigue par mon excessive patience, par la roideur de mon respect, l'obstination de ma docilité, par la raison, quand on voulait l'entendre.
Ce combat a duré quatre ans. Ajoutez-les aux cinq du portefeuille, que reste-t-il des allusions qu'on s'eflorce à voir dans l'ouvrage? Hélas ! quand il fut composé, tout ce qui fleurit aujourd'hui n'avait pas même encore germé; c'était tout un autre univers.
Pendant ces quatre ans de débat je ne demandais qu'un censeur ; on m'en accorda cinq ou six. Que vii'ent-ils dans l'ouvrage, objet d'un tel déchaînement? La plus badine des intrigues. Un grand seigueur espagnol, amoureux d'une jeune fille qu'il veut séduire, et les efforts que cette fiancée, celui qu'elle doit épouser, et la femme du seigneur, réunissent pour faire échouer dans son dessein un maltra absolu, que son rang, sa fortune et sa prodigalité rendent toutpuissant pour l'accomplir : voilà toot, rien de plus. La pièce est sous vos yeux.
D'où naissent donc ces cris perçants? De ce qu'au lieu de poursuivre un seul caractère vicieux, comme le joueur, l'ambitieux, l'avare, ou l'hypocrite, ce qui ne lui eût mis sur les bras qu'une seule classe d'ennemis, l'auteur a profité d'une composition légère, ou plutôt a formé son plan de façon à y faire entrer la critique d'une foule d'abus qui désolent la société. Mais comme ce n'est pas là ce qui gâte un ouvrage aux yeux du censeur éclairé, tous, en l'approuvant, l'ont réclamé pour le théâtre. Il a donc fallu l'y souffrir : alors les grands du monde ont vu jouer avec scandale
CeUe pièce, où Ton peint un insolent valet Disputant sans pudeur son épouse à ion maître.
H. GoDiN.
Oh! que j'ai de regrets de n'avoir pas fait de ce sujet moral une tragédie bien sanguinaire! Mettant un poignard à la main de l'époux outragé, que je n'aurais pas nommé Figaro , dans sa jalouse fureur je lui aurais fait noblement poignarder le puissant vicieux ; et comme il aurait vengé son honneur dans des vers carrés, bien ronflants, et que mon jaloux, tout au moins général d'armée, aurait eu pour rival quelque tyran bien horrible, et régnant au plus mal sur un peuple désolé; tout cela, très-loin de nos mœurs, n'aurait, je crois, blessé personne; on eût crié Bravo! ouvrage bien moral! Nous étions sauvés, moi et mon Figaro sauvage.
PRÉFACE
Mais ne voulant qu'amnaer nos Français et non faire ruisseler les larmes de leurs épouses, de mon coupable amant j'ai (ait un jeune seigneur d^ce temps-là, prodigue, assez galant, même un peu libertirC à peu près comme les autres seigneurs de ce temps-là. Mais qu'oserait-on dire au théâtre d'un seigneur, fans les offenser tous, sinon de lui reprocher son trop de galanterie? N'est-ce pas là le défaut le ynoins conteste par eux-mêmes? J*en vois beaucoup d'ici rougir modestement (et c'est un noble effort) en convenant que j'ai raison.
Voulant donc faire le mien coupable, j'ai eu le respect généreux de ne lui prêter aucun des vices du peuple. Direi- VDus que je ne le pouvais pas ? que c'eût été blesser toutes les vraisemblances? Concluez donc en faveur de ma pièce, puisque enfin je ne l'ai pas fait.
Le défaut même dont je l'accuse n'aurait produit aucun mouvement comique, si je ne lui avais gaiement opposé l'homme le plus dégourdi de sa nation, h vériiabîe Figaro, qui, tout en défendant Suzanne, sa propriété, se moque des projets de son maître, et sindigne très-plaisamment qu'il ose jouter de ruse avec lui, matire passé dans ce genre d'escrime.
Ainsi, d'une lutte assez vive entre l'abus delà puissance, l'oubli des principes, la prodigalité, l'occasion, tout ce que la séduction a de plus entraînant; et le feu, l'esprit, les ressources que l'infériorité piquée au jeu peut oppoter à cette attaque ; il naît dans ma pièce un jeu plaisant d'intrigue, où Vépoux tuborneur, contrarié, lassé, harassé, toujours arrêté dans ses vues, est obligé, trois fois dans cette journée, de tomber aux pieds de sa femme, qui, bonne, indulgente et sensible, finit par lui pardonner : c'est ce qu'elles font toujours. Qu'a donc cette moralité de bl&mable, messieurs?
La trouvei-vous un peu badine pour le ton grave que je prends ? Accueillez-en une plus sévère qui blesse vos yeux dans l'ouvrage, quoique vous ne l'y cherchiez pas : c'est qu'un seigneur assez vicieux pour vouloir prostituer à ses' cafirices tout ce qui lui est subordonné, pour se jouer, dans ses domaines, de la pudicilé de toutes ses jeunes vassales, doit Unir, comme celui-ci, par être la risée de ses valets. Et c'est ce que l'auteur a trte-fortement prononcé, lorsqu'on fureur, au cinquième acte, Almaviva, croyant confondre une femme infidèle, montre à son jardinier un cabinet, en lui criant : Enircê-y, toi, Antonio : conduii devant êon juge r infâme qui m'a déshonoré; et que celui-ci lui répond : // y a, parguienne, une bonne Providence ! Vouê en avez tant fak danê le payé, qu'il faut bien auui qu*à votre tour. . .
Cette profonde moralité se fait sentir dans tout l'ouvrage; et s'il convenait à l'auteur de démontrer aux adversaires qu'à travers aa forte leçon il a porté la considération pour la dignité du coupable ^lus loin qu'on ne devait l'attendre de la lermeté de son pinceau, je leur ferais remarquer que, croisé dans tous ses projets, le comte Almaviva se voit toujours humilié, sans être jamais avili.
En effet, si la comtesse usait de ruses pour aveugler sa alousie dans le dessein de le trahir, devenue coupable ellemêfoe, elle ne pourrait mettre à ses pieds son époux sans le dégrader à nos yeux. La vicieuse intention de l'épouse brisant un lien respecté, l'on reprocherait justement à Tauleur d'avoir tracé des mœurs blâmables : car nos jugements sur les monirs se rapportent toujours aux femmes; on n'est.^4^ pas assez les hommes pour tant exiger d'eux sur ce point délicat. Mais loin qu'elle ait ce vil projet, ce qu'il y a de mieux établi dans l'ouvrage est que nul ne veut faire une tiomperie au comte, mais seulement l'empêcher d'en faire à tout le monde. Cest la pureté des motifs qui sauve ici les moyens du reproche; et de cela seul que la corotease ne
veut que ramener son rotri, toutes les confusions qu'il éprouve sont certainement très-moralei; aucune n'est avi* lissante.
Pour que celte vérité vous frappe davantage, l'auteur oppose à ce mari peu délicat la plus vertueuse des femmes, par goût et par principes.
Abandonnée d'un époux trop aimé, quand l'expose-t-on à vos regards? Dans le moment critique où sa bienveillance pour un aimable enfant, son filleul, peut devenir un goût dangereux, si elle permet au ressentiment qui l'appuie de prendre trop d'empire sur elle. C'est pour mieux faire ressortir l'amour vrai du devoir, que l'auteur la met un moment aux prises avec un goût naissant qui le combat. Oh ! com* bien on s'est étayé de ce léger mouvement dramatique, pour nous accuser d'indécence! On accorde à la tragédie que toute?i)les reines, les princesses aient des «passions bien allumées qu'elles combattent plus ou moins; et l'on ne souffre pas que, dans la comédie, une femme ordinaire puisse lutter contre la moindre faiblesse! 0 grande influence de Vaffehe! Jugement sûr et conséquent I Avec la différence du genre, on blâme ici ce qu'on approuvait là. Et cependant, en ces deux cas, c'est toujours le même principe : point de vertu sans sacrifice.
J'ose en appeler à vous, jeunes infortunées que votre malheur attache à des Almaviva! distingueriez-vous toujours votre vertu de vos chagrins, si quelque intérêt importun, tendant trop à les dissiper, ne vous avertissait enfin qu'il est temps de combattre pour elle? Le chagrin de perdre un mari n'est pas ici ce qui nous touche ; un regret aussi personnel est trop loin d'être une vertu. Ce qui nous plaît dans la comtesse, c'est de la voir lutter franchement contre un goût naissant qu'elle blâme, et des ressentiments légitimes. Les efforts qu'elle fait alors pour ramener son fidèle époux mettant dans le plus heureux jour les deux sacrifices pénibles de son goût et de sa colère, on n'a nul besoin d'y penser pour applaudir à son triomphe ; elle est un modèle de vertu, l'exemple de ton sexe et l'amour du nôtre.
Si cette fnétaphysique de l'honnêteté des scènes, si ce principe avoué de toute décence théâtrale n'a point firappé nos juges à la représentation, c'est vainement que j'en étendrais ici le développement et les conséquences; un tri* bunal d'iniquité n'écoute point les défenses de l'accusé qu'il est chargé de perdre ; et ma comtesse n'est point traduite au parlement de la nation, c'est une commission qui la juge.
On a vu la légère esquisse de son aimable caractère, dans la charmante pièce d'Heureusement. Le goût naissant que la jeune femme éprouve pour son petit cousin l'officier n'y parut blâmable à personne ; quoique la tournure des scènes pût laisser à penser que la soirée eût fini d'autre manière, si l'époux ne fût pas rentré, comme dit l'auteur, heureueement. Heureusement aussi l'on n'avait pas le projet de calomnier cet auteur : chacun se livra de bonne foi à ce doux intérêt qu'inspire une jeune temme honnête et sensible, qui réprime ses premiers goûts; et notez que dans cette pièce l'époux ne parait qu'un peu sot ; dans la mienne, il est infidèle : ma comtesse a plus de mérite.
Aussi, dans l'ouvrage que je défends, le plus véritable intérêt se porte-t-il sur la comtesse : le reste est dans le même esprit.
Pourquoi Suzanne la camériste, spirituelle, adroite et rieuse, a-t-elle aussi le droit de nous intéresser? C'est qu'attaquée par un séducteur puissant, avec plus d'avantage qu'il n'en faudrait pour vaincre une fille de aon état, elle n*bésile pas à confier les intentions du comte aux deux personnes les plus intéressées à bien surveiller sa conduite, sa, maîtresse et son fiancé: c'est que dans tout son r6le, presque le plus long de la pièce, il n'y a pas une phraae, un
PRÉFACE
root, qui ne respire la sagesse et l'attachement à ses deroirs : la seule ruse qu'elle se permette est en fateur de sa mattresse, à qui son dévouement est cher, et dont tous les vœux sont honnêtes.
Pourquoi, dans ses libertés sur son maître, Figaro m'amuse-ti'il, au lieu de m'indigner? C'est que, l'opposé des valets, il n'est pas, et vous les avez, le malhonnête homme de la pièce : en le voyant forcé, par son état, de repousser l'insulte avec adresse, on lui pardonne tout, dès qu'on sait qu'il ne ruse avec son seigneur que pour garantir ce qu'il aime, et sauver sa propriété.
Donc, hors le comte et ses agents, chacun fait dans la pièce à peu près ce qu'il doit. Si vous les croyes malhonnêtes parce qu'ils disent du mal les uns des autres, c'est une règle très-fautive. Voyez nos honnêtes gens du siècle ; on passe la vie à ne faire autre chose! Il est môme tellement reçu de déchirer sans pitié les absents, que moi, qui les défends toujours, j'entends murmurer très-souvent : Quel diable d'homme, et qu'il est contrariant ! il dit du bien de touljf le monde I
Est-ce mon page, enfin, qui vous scandalise? et l'immoralité qu'on reproche au fond de l'ouvrage serait-elle dans l'accessoire? 0 censeurs délicats, beaux esprits sans fatigue, inquisiteurs pour la morale, qui condamnez en un clin d'œil les réflexions de chiq années, soyez justes une fois, sans tirer à conséquence ! Un enfant de treize ans, aux premiers battements du cœur, cherchant tout sans rien démêler, idolfttre, ainsi qu'on l'est à cet ftge heureux, d'un objet céleste pour lui, dont le hasard fit sa marraine, est-il un sujet de scandale? Aimé de tout le monde au chftteau, vif, espiègle et brûlant, comme tous les enfants spirituels, par son agitation extrême il dérange dix fois, sans le vouloir, les coupables projets du comte. Jeune adepte de la nature, tout ce qu'il voit a droit de l'agiter : peut-être il n'est plus un enfant, mais il n'est pas encore un homme; et c'est le moment que j'ai choisi pour qu'il obtint de l'intérêt, sans forcer personne à rougir. Ce qu'il éprouve innocemment, il l'inspire partout de même. Dtrez-vous qu'on l'aime d'amour? Censeurs, ce n'est pas là le mot : vous êtes trop éclairés pour ignorer que l'amour, même le plus pur, a un motif intéressé : on ne l'aime donc pas encore ; on sent qu'un jour on l'aimera. Et c'est ce que l'auteur a mis avec gaieté dans la bouche de Suzanne quand elle dit à cet enfant : Oh ! dan» trois ou quatre anê, je prédis que vous serez le plus grand petit vaurien!...
Pour lui imprimer plus fortement le caractère de l'enfance, nous le faisons exprès tutoyer par Figaro. Supposez-lui deux ans de plus, quel valet dans le château prendrait ces libertés? Voyez-le à la fin de son rôle; à peine a-t-il un habit d'officier, qu'il porte la main à l'épée, aux premières railleries du comte sur le quiproquo d'un soufflet. Il sera fier, notre étourdi! mais c'est un enfant, rien de plus. N'ai-je pas vu nos dames dans les loges aimer mon page à la folie? Que lui voulaient-elles? hélas! rien: c'était de l'intérêt aussi ; mais comme celui de la comtesse, un pur et naif intérêt... un intérêt .. sans intérêt.
Mais est-ce la personne du page ou la conscience du seigneur qui fait le tourment du dernier, toutes les fois que l'auteur les condamne à se rencontrer dans la pièce? Fixez ce léger aperçu, il peut vous mettre sur la voie; ou plutôt apprenez de lui que cet enfant n'est amené que pour ajouter à la moralité de l'ouvrage, en vous montrant que l'homme le plus absolu chez lui, dès qu'il suit un projet coupable, peut être mis au désespoir par l'être le moins important, par celui qui redoute le plus de se rencontrer sur sa route.
Quand mon page aura dix-huit ans, avec le caractère vif et bouillant que je lui ai donné, je serai coupable à mon toui', si je le montre sur la scène. Hais à treize ans, qu'in-
spire-t-il? quelque chose de sensible et doux, qui n'est ni amitié ni amour, et qui tient un peu de tous deux.
J'aurais de la peine à faire croire à l'innocence de ces impressions, si nous vivions dans un siècle moins chaste, dans un de ces siècles de calcul, où, voulant tout prématuré, comme les fruits de leurs serres chaudes, les grands mariaient leurs enfants à douze ans, et faisaient plier la nature, la décence et le goût aux plus sordides convenances, en se hfttant sutiout d'arracher, de ces êtres non formés, des enfants encore moins formables, dont le bonheur n'occupait personne, et qui n'étaient que le prétexte d'un certain trafic d'avantages, qui n'avait nul rapport ii eux, mais uniquement à leur nom. Heureusement nous en sommes bien loin; et le caractère de mon page, sans conséquence pour luimôme, en a une relative au comte, que le moraliste aperçoit, mais qui n'a pas encore frappé le grand commun de nos jugeurs.
Ainsi, dans cet ouvrage, chaque rôle important a quelque but moral. Le seul qui semble y déroger est le rôle de Marceline.
Coupable d'un ancien égarement dont son Figaro fut le fruit, elle devrait, dit-on, se voir au moins punie par la confusion de sa faute, lorsqu'elle reconnaît son fils. L'auteur eût pu même en tirer une moralité plus profonde : dans les mœurs qu'il veut corriger, la faute d'une jeune fille séduite est celle des hommes, et non la sienne. Pourquoi donc ne l'a-t-il pas fait?
Il l'a fait, censeurs raisonnables ! Étudiez la scène suivante, qui faisait le nerf du troisième acte, et que les comédiens m*ont prié de retrancher, craignant qu'un morceau si sévère n'obscurcit la gaieté de l'action.
Quand Molière a bien humilié la coquette ou coquine du Misanthrope, par la lecture publique de ses lettres à tous ces amants, il la laisse avilie sous les coups qu'il lui a portés : il a raison; qu'en ferait-il? Vicieuse par goût et par choix, veuve aguerrie, femme de cour, sans aucune excuse d'erreur, et fléau d'un fort honnête^homme, il l'abandonne à nos mépris, et telle est sa moralité. Quanta moi, saisissant Taveu naïf de Marceline au momen^ de la reconnaissance, je montrais cette femme humiliée, ei Bartholo qui la refuse et Figaro leur fils commun, dirigeant l'attention publiqne sur les vrais fauteurs du désordre où l'on entraine sans pitié toutes les jeunes filles du peuple, douées d'une jolie figure.
Telle est la marche de la scène,
BniD'oiSON
[Pariant de Figaro qui vient de reconnaître sa mh'e en C'est clair : i-il ne l'épousera pas.
Ni moi non plus,
MARCEUNE.
Ni vous! Et votre fils? Vous m'aviez juré...
BARTHOLO
J'étais fou. Si pareils souvenirs engageaient, on serait tenu d'épouser tout le monde.
BRin'oisox
E-et si l'on y regardait de si près, personne n'épouserait pè-ei'sonne.
BARTHOLO
Des fautes si connues! une jeunesse déplorable! MARCELINE, s'échauffant par degrés.
Oui, déplorable, et plus qu'on ne croit! Je n'entends pas nier mes fautes ; ce jour lesatropbien prouvées! Mais qu'il est dur de les expier après trente ans d'une vie modeste ! J'étais née, moi, pour être sage, et je le suis devenue sitôt qu'on m'a peimis d'user de ma raison. Mais dans l'âge des illusions, de l'inexpérience et des besoins, où les séducteurs
PRÉFACE
nous ttsiëgent, pendant que la misère nous poignarde, que peut opposer une enrant à tant d'ennemis rassemblés ? Tel nous juge ici sévèrement, qui peut-être en sa vie a perdu dii inlortunèes.
ncAio.
Les plus coupables sont les moins généreux ; c'est la règle.
VARCiUHB, vivement.
Honunes plus qu'ingrats, qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes, c'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre jeunesse ; vous et vos magistrats si vains du droit devions juger, et qui nous laissent enlever par leur coupable négligence, tout honnête moyen de subsister. Est-il un seul état pour les malheureuses filles? elles avaient un droit naturel à toute la parure des femmes; on y laisse former mille ouvriers de l'autre sexe.
riOARO.
Ils font broder jusqu'aux soldats !
VABCELiiii, exaltée.
Dans les rangs même plus élevés, les femmes n'obtiennent de vous qu'une considération dérisoire. Leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle ; traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes ; ah ! sous tous les aspects, votre conduite avec nous fait horreur ou pitié.
nSABO.
Elle a raison.
LB coMTB, à part.
Que trop raison.
brid'oisox.
Elle a, mon-on Dieu ! raison.
MARCEUXB .
Hais que nous font, mon fils, les refus d'un homme injuste? Ne regarde pas d'où tu viens, vois où tu vas : cela seul importe à chacun. Dans quelques mois ta fiancée ne dépendra plus que d'elle-même; elle t'acceptera, j'en réponds : vis entre une épouse, une mère tendre, qui te chériront à qui mieux mieux. Sois indulgent pour elles, heureux pour toi, mon fils ; gai, libre et bon pour tout le monde, il ne manquera rien à ta mère.
nGARO.
Tu parles d'or, maman, et je me liens à ton avb. Qu'on est sot, en effet ! il y a des mille et milVe ans'qi^^e le monde roule, et dans cet océan de durée, où j'ai par hasard attrapé quelques chétifs trente ans qui ne reviendront plus, j'irais me tourmenter pour savoir à qui je les dois I tant pis pour qui s'en inquiète. Passer ainsi la vie à chamailler, c'est |teser sur le collier sans relâche, comme les malheureux chevaux de la remonte des fleuves, qui ne reposent pas» même quan 1 ils s'arrêtent et qui tirent toujours, quoiqu'ils a'ssent de marcher. Nous attendrons.
J'ai bien regretté qq morceau ; et maintenant que la pièce e«t connue, si les comédiens avaient le courage de le reslituer à ma prière, je pense que le public leur en saurait beaucoup de gré. Ils n'auraient plus même à répondre, comme je fus forcé de le faire à certains censeurs du beau monde, qui me reprochaient à la lecture de les intéresser pour une fenune de mauvaises mœurs. — Non, messieurs, je n'en parle pas pour excuser ses mœurs, mais pour vous faire rougir des vôtres sur le point le plus destructeur de toute honnêteté publique, la corruption des jeuneg personnes; et j'avais raison de le dire, que vous trouvei ma pièce liH)p gaie parce qu'elle est souvent trop sévère. 11 n'y a que façon de s'entendre.
— Mais votre Fiyaro est un soleil tournant, qui brûle, en jaillissant, les manchettes de tout le monde. — Tout le monde est exagéré. Qu'on me sache gré du moins s'il ne brûle pts au» les doigts de ceux qui croient s'y reconnaî-
tre : au temps qui court on a beau Jeu sur cette matière au thé&tre. M'est-il permis de composer en auteur qui sort du collège? de toujours faire rire des enfants, sans jamais rien dire à des hommes? et ne devez-vous pas me passer un peu de morale en faveur de ma gaieté, comme on passe aux Français un peu de folie en faveur de leur raison?
Si je n'ai versé sur nos sottises qu'un peu de critique badine, ce n'est pas que je ne sache en former de plus sévère : quiconque a dit tout ce qu'il sait dans son ouvrage y a mis plus que moi dans le mien. Mais je gaixle une foule d'idées qui me pressent, pour un des sujets les plus moraux du théâtre, aigourd'hui sur mon chantier : la Mère coupable ; et si le dégoût dont on m'abreuve me permet jamais de l'achever, mon projet étant d'y faire verser des larmes à toutes les femmes sensibles, j'élèverai mon langage à la hauteur de mes situations : j'y prodiguerai les traits de la plus austère morale, et je tonnerai fortement sur left vices que j'ai trop ménagés. Apprêtez-vous donc bien, messieurs, & me tourmenter de nouveau ; ma poitrine a d^à grondé ; j'ai noirci beaucoup de papier au service de votre colère.
Et vous, honnêtes indifférents, qui jouissez de tout sans prendre parti sur rien ; jeunes personnes modestes et timides, qui vous plaisez à ma Folle Journée ( et je n'entra prendis sa défense que pour justifier votre goût]/iorsque vous verrez dans le inonde un de ces hommes trenehants critiquer vaguement la pièce, tout blâmer sans rien désigner, surtout la trouver indécente : examinez bien cet homme-là ; sachez son rang, son état, son caractère ; et vous connaîtrez sur-le-chai|p le mot qui l'a blessé dans l'ouvrage.
On sent bien que je ne parle pas de ces écumeurs littéraires qui vendent leurs bulletins ou leurs affiches à tant de liards le paragraphe. Ceux-là, comme Vabbé Basile, peuvent calomnier ; ils médiraient qu'on ne les croirait pas. Je parle moins encore de ces libellistes honteux qui n'ont trouvé d'autre moyen de satisfaire leur rage, l'assassinat étant trop dangereux, que de lancer, du cintre de nos salles, des vers intâmes contre l'auteur, pendant que l'on jouait sa pièce. Ils savent que je les connais : si j'avais eu dessein de les nommer, c'aurait été au ministère public; leur supplice est de l'avoir craint, il suffit à mon ressentiment : mais on n'imaginera jamais jusqu'où ils ont osé élever les soupçons du public sur une aussi lâche épigrammel semblables à ces vils charlatans du pont Neuf qui. pour accréditer leurs drogues, farcissent d'ordres, de cordons, le tableau qui leur sert d'enseigne.
Non, je cite nos importants, qui, blessés, on ne sait pourquoi, des critiques semées dans l'ouvrage, se chargent d'en dire du mal, sans cesser de venir aux noces.
C'est un plaisir assez piquant de les voir d'en bas au spectacle, dans le très- plaisant embarras de n'oser montrer ni satisfaction ni colère; s'avançant sur le bord des loges, prêts à se moquer de l'auteur, et se retirant aussitôt pour celer un peu de grimace ; emportés par un mot de la scène, et soudainement rembrunis par le pinceau du moraliste ; au plus léger trait de gaieté, jouer tristement les étonnés, prendre un air gauche en faisant les pudiques, et regardant les'femmes dans les yeux, comme pour leur reprocher de soutenir un tel scandale; puis, aux grands applaudissements lancer sur le public un regard méprisant, dont il es écrasé ; toujours prêts à lui dire comme ce courtisan dont parle Molière, lequel, outré du succès de l'École des /«nmes, aiaitdes balcons au public, Ris donc, public, ris donc! En vérité, c'est un plaisir, et j'en ai joui bien des fois.
Celui-là m'en rappelle un autre. Le premier jour de la Folle Journée, on s'échauffait dans le foyer (même d'honnêtes plébéiens) sur ce qu'ils nommaient spirituellement
PRÉFACE
mon audace. Un petit fieilbrd sec et brusque, impatienté de tons ces cris, frappe le pbncber de sa canne, et dit en s'en allant : Not Français »ont comme Uê enfants qui braitieni quand on les ébeme. Il a^it du sens, ce Tieillard I Peut-être on pouvait mieux parler: mais pour mieux penser. J'en défle.
Avec cette intention de tout blâmer, on conçoit que les traits les plus sensés ont été pris en mauvaise part. !l*ai-jc pas entendu vingt fois un murmure descendre des loges à cette réponse de Figaro ?
Ll COMTE.
Une réputation détestable ?
ncASo.
Et si je vaux mieux quelle, y a-t-il beaucoup de seigneurs qui puissent en dire autant f
Je dis, moi, qu'il n'y en a point, qu'il ne saurait y en évoir, à moins d'une exception bien rare. Un bomme obscur ou peu connu peut valoir mieux que sa réputation, qui n'est que l'opinion d'autrui. Mais de même qu'un sot en place en parait une fois plus sot, parce qu'il ne peut plus rien cacber ; de même un grand seigneur, Tbomme élevé en dignités, que la fortune et sa naissance ont placé sur le grand tbeâtre, et qui, en entrant dans le monde, eut toutes les préventions pour lui, vaut presque toujours moins que sa réputation, s'il parvient à la rendre mauvaise. Une assertion si simple et si loin du sarcasme devait-elle exciter le murmure ? Si son application parait fâcheuse aux grands peu soigneux de leur gloire, en quel sens fait- elle épigramme sur ceux qui méritent nos respects? et quelle maxime plus juste au théâtre» peut servir de frein aux puissants et tenir lieu de leçon â ceux qui n'en reçoivent point d'autres ?
< Non qu'il faille oublier > (a dit un écrivain sévère ; et je me plais â leciter, parce que je suis de son avis] c non qu'il
< faille oublier, dit-il, ce qu'on doit aux rangs élevés : il est c juste, au contraire, que l'avantage de la naissance soit le
< moins contesté de tous, parce que ce bienfait gratuit de
< l'hérédité, relatif aux exploits, vertus ou qualités des c aïeux de qui le reçut, ne peut aucunementblesser l'amourc propre de ceux auxquels il fut refusé ; parce que, dans une c monarchie, si l'on ôtait les rangs intermédiaires, il y aurait c trop loin du monarque aux sujets; bientôt on n'y verrait t qu'un despote et des erclaves : le maintien d'une échelle
< graduée du laboureur au potentat intéresse également les c hommes de tous les rangs, et peut-être est le plus ferme 4 appui de la constitution monarchique. >
Mais quel auteur parlait ainsi? Qui faisait celte profession de foi sur la noblesse, dont on me suppose si loin? C'était Pierre- Adoustin Caron de Beadmarchais, plaidant par écrit au parlement d'Aix, en 1778, une grande et sévère question qui décida bientôt de l'honneur d'un noble et du sien. Dans l'ouvrage que je défends on n'attaque point les États, mais les abus de chaque État : les gens seuls qui s'en rendent coupables ont intérêt â le trouver mauvais ; voilà les rumeurs expliquées : mais quoi donc ! les abus sont-ils devenus si sacrés, qu'on n'en puisse attaquer aucun sans lui trouver vingt défenseurs ?
Un avocat célèbre, un magistrat respectable, iront-ils donc s'approprier le plaidoyer d'un Bartholo, le jugement d'un Brid^oison} Ce mot de FigatH> sur l'indigne abus des plaidoiries de nos jours [c'est dégrader le plus noble insti' tut) a bien montré le cas que je fais du noble métier d'avocat ; et mon respect pour la magistrature ne sera pas plus suspecté, quand on saura dans quelle école j'en ai recherché la leçon, quand on lira le morceau suivant, aussi tiré d'un moraliste, lequel, parlant des magistrats, s'exprime en ces termes formels :
< Quel homme aisé voudrait, pour le plus modique hono«
c raire, foire le métier cruel de se lever â quatre heures* c pour aller au Palais tous les jours s'occuper, sons des c formes prescrites, d'intérêts qui ne sont jamais les dens? c d'éprouver sans cesse l'ennui de l'importun ité, le dégoût c des sollicitations, le bavardage des plaideurs, la mono- < tonie des audiences, la fatigue des délibérations, et la cona tention d'esprit nécessaire aux prononcés des arrêts, s'il « ne se croyait pas payé de cette vie laborieuse et pénible c par l'estime et la considération publique? Et cette estime c est-elle autre chose qu'un jugement, qui n'est même c aussi flatteur pour les bons magistrats qu'en raison de sa ff rigueur excessive contre les mauvais?*»
Mais quel écrivain m'instruisait ainsi par ses leçons? Vous allez croire encore que c'est PiEERE-AuGusTnr; vous l'avez dit, c'est lui, en 1773, dans son quatrième mémoire, en défendant jusqu'à la mort sa triste existence, attaquée par un soi-disant magistrat. Je respecte donc hautement ce que cliacun doit honorer, et je blâme ce qui peut nuire.
— Mais dans cette Folle Journée, au lieu de saper les abus, vous vous donnez des libertés très-réprébensibles au théâtre : votre monologue surtout contient, sur les gens disgraciés, des traits qui passent la licence! — Eh I croyezvous, messieurs, que j'eusse un talisman pour tromper, séduire, enchaîner la censure et l'autorité, quand je leur soumis mon ouvrage? que je n'ai pas dû justifier ce que j'avais osé écrire? Que fais-je dire â Figaro, parlant à l'homme déplacé? Que les tottises imprimées n*oni d'imporpartance qu'aux lieux oîi Von en gêne le cours. Est-ce donc là une vérité d'une conséquence dangereuse? Au lieu de ces inquisitions puériles et fatigantes, et qui seules donnent de l'importance à ce qui n'en aurait jamais, si, comme en Angleterre, on était assez sage ici pour traiter les sottises avec ce mépris qui les tue ; loin de sortir du vil fumier qui les enfante, elles y pourriraient en germant, et ne se propageraient point. Ce qui multiplie les libelles, est la faiblesse de les craindre : ce qui fait vendre les sottises, est la sottise de les défendre.
Et comment conclut Figaro? Que sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur, et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. Sont-ce là des hardiesses coupables, ou bien des aiguillons de gloire? des moralités insidieuses, ou des maximes réfléchies, aussi justes qu'encourageantes?
Supposez-les le fruit des souvenirs. Lorsque satisfait du présent, l'auteur veille pour l'avenir dans la critique du passé, qui peut avoir droit de s'en plaindre? Et si. ne désignant ni temps, ni lieu, ni personnes, il ouvre la voie au théâtre à des réformes désirables, n'est-ce pas aller à son but?
La Folle Journée explique donc comment, dans un temps prospère, sous un roi juste et des ministres modérés, l'écrivain peut tonner sur les oppresseurs, sans craindre de blesser personne. C'est pendant le règne d'un bon prince qu'on écrit sans danger l'histoire des méchants rois; et plus le gouvernement est sage, est éclairé, moins la liberté de dire est en presse : chacun y faisant son devoir, on n'y craint pes les allusions : nul homme en place ne redoutant ce qu'il est forcé d'estimer, on n'affecte point alors d'opprimer chez nous cette même littérature qui fait notre gloire au dehors, et nous y donne une sorte de primauté que nous ne pouvons tirer d'ailleurs.
En effet, à quel titre y prétendrions-nous? Chaque peuple tient à son culte, et chérit son gouvernement. Nous ne sommes pas restés plus braves que ceux qui nous ont battus à leur tour. Nos mœurs plus douces, mais non meilleures, n'ont rien qui nous élève au-dessus d'eux. Notre littérature seule, estimée de toutes les nations, étend l'empire de la langue française, et nous obtient de l'Europe entière
PRÉFACE
une prédilection avouée qui justifie, en Tbonorant, la protection que le gouvernement lui accorde.
Et comme chacun cherche totjgours le seul avantage qui lui manque» c'est alors qu'on peut voir dans nos académies l'homme de la cour siéger avec les gens de lettres ; les talents personnels, et la considération héritée, se diq[>uter ce noble objet, et les archives académiques se remplir presque également de papiers et de parchemins.
Revenons à la FolU Journée.
Un monsieur de beaucoup d'esprit, mais qui l'économise un peu trop, me disait un soir au spectacle : Expliquezmoi donc, je vous prie, pourquoi dans votre pièce on trouve autant de phrases négligées qui ne sont pas de votre style? — De mon style, monsieur 1 Si par malheur j'en avais un, je m'efforcerais de l'oublier quand je fais une comédie; ne connaissant rien d'insipide au théâtre comme ces fades camaïeux où tout est bleu, où tout est rose, où tout est l'auteur, quel qu'il soit.
Lorsque mon sujet me saisit, j'évoque tous mes personnages et les mets en situation : — Songe à toi, Figaro, ton maître va te deviner. — Sauvez-vous vite. Chérubin; c'est le comte que vous touchez. ^ Ahi comtesse, quelle imprudence avec un époux si \iolent? — Ce qu'ils diront, je n'en sais rien; c'est ce qu'ils feront qui m'occupe. Puis, quand ils sont bien animés, j'écris sous leur dictée rapide, sûr qu'il ne me tromperont pas, que je reconnaîtrai BMiU, lequel n'a pas l'esprt de Figaro, qui n'a pas le ton noble du comte, qui n'a pas la sensibilité de la comtesse, qui n'a pas la gaieté de Suzanne, qui n'a pas l'espièglerie du page, et surtout aucun d'eux la sublimité de Britïoison : chacun y parle son langage : eh ! que le dieu du naturel les priserve d'en parler d'autre! Ne nous attachons donc qu'à l'examen de leurs idées, et non à rechercher si j'ai dû leur prêter mon style.
Quelques malveillants ont voulu jeter de la défaveur sur cette phrase de Figaro : Sommes-nous des soldais qui tuent et se font tuer pour des intérêts qu'ils ignorent ? Je veux sawoir, wtoi, pourquoi je me fâche! Kirti\er8 le nuage d'une conception indigeste, ils ont feint d'apercevoir que je réjmnds une lumière décourageante sur l'état pétiUfle du sol" dot; et il y a des choses qu'il ne faut jamais dire. Voilà dans toute sa force l'argument de la méchanceté ; reste à en prouver la bêtise.
Si, comparant la dureté du service à la modicité de la paye, ou discutant tel autre inconvénient de la guerre, et comptant la gloire pour rien, je versais de la défaveur sur ce plus noble des affreux métiers, on me demanderait justement compte d'un mot indiscrètement échappé. Mais, du soldat au colonel, au général exclusivement, quel imbécile homme de guerre a jamais eu la prétention qu'il dût pénétrer les secrets du cabinet pour lesquels il fait la campagne? C'est de cela seul qu'il s'agit dans la phrase de Figaro. Que ce fou4à se montre, s'il existe; nous l'enverrons étudier sous le philosophe Babouc, lequel éclaiixit disertement ce point de discipline militaire.
En raisonnant sur l'usage que l'homme fait de sa liberté dans les occasions difficiles, Figaro pouvait également opposer à sa situation tout état qui exige une obéissance implicite; et le cénobite zélé, dont le devoir est de tout croule sans jamais rien examiner, comme le guerrier valeureux, dont la gloire est de tout affronter sur des oi*dres non motivés, de tuer et se faire tuer pour les intérêts qu'il ignore. Le mot de Figaro ne dit donc rien, sinon qu'un homme libre de ses actions doit agir sur d'autres principes que ceux doot le devoir est d'obéhr aveuglément
Qa'aorait-ce été, bon Dieu ! si j'avais fait usage d'un mot qu'on attribue au grtmd Condé, et que j'entends louer à outrance par on mêmes logiciens qui déraisonnent sur ma
phrase! k les croire, le grand Condé montra la plus noble présence d'esprit, lorsque, arrêtant Louis XIV prêt à pousser son cheval dans le Rhin, il dit à ce monarque : Sire, avei'Vous besoin du bâton de maréchal?
Heui'eusement on ne prouve nulle part que ce grand homme ait dit cette grande sottise. C'eût été dire au roi devant toute son armée : Vous moquez-vous donc, sire, de vous exposer dans un fleuve? Pour courir de pareils dangers, il faut aVoir besoin d'avancement ou de fortune!
Ainsi l'homme le plus vaillant, le plus grand générai du siècle aurait compté pour rien l'honneur, le patriotisme et la gloire I un misérable calcul d'intérêt eût été, selon lui, le seul principe de la bravoure ! Il eût dit là un affreux mot ; et si j'eu avais pris le sens pour l'enfermer dans quelque trait, je mériterais le reproche qu'on fait gratuitement au mien.
Laissons donc les cerveaux fumeux louer ou blâmer au hasard, sans se rendre compte de rien ; s'extasier sur une sottise qui n'a pu jamais être dite, et proscrire un mot juste et simple, qui ne montre que du bon sens.
Un autre reproche assez fort, mais dont je n'ai pu me laver, est d'avoir assigne pour retraite à la comtesse un certain couvent d'Ursulines. Ursulines ! a dit un seigneur joignant les mains avec éclat. Ursulines ! a dit une dame en se renversant de surprise sur un jeune Anglais de sa loge! Ursulines! ah! mi lord, si vous entendiez le français!... Je sens, je sens beaucoup, madame, dit le jeune homme en rougissant. — C'est qu'on n'a jamais mis au théâtre aucune femme aux Ursulines! Abbé, parlez-nous donc! l'abbé [toujours appuyée sur l'Anglais], comment trouvez-vous Ursulines J Fort indécent, répond l'abbé, sans cesser de lorgner Smanne. Et tout le beau monde a répété : Ui*sulincs est fort indécent. Pauvre auteur! on te croit jugé, quand chacun songe à son affaire. En vam j'essayais d'établir que, dans l'événement de la scène, moins la comtesse a dessein de se cloîtrer, plus elle doit le feindre, et faire croire à son é|>oux que sa retraite est bien choisie : ils ont proscrit mes Ursulines!
Dans le plus fort de la rumeur, mbi, bon homme, j'avais été jusqu'à prier une des actrices qui font le charme de ma pièce, de demander aux mécontents à quel autre couvent de filles ils estimaient qu'il fût décent que l'on fit entrer la comtesse? A moi cela m'était égal ; je l'aurais mise où l'on aurait voulu; aux Augustines,iiVix Célestines,z\a Clairettes, aux Visitandines , même aux Petites Cordelières , tant je tiens peu aux Ursulines ! Mais on agit si durement !
Enfin, le bruit croissant toujours, pour arranger L'affaire avec douceur, j'ai laissé le mot Ursulines à la place où je l'avais mis : chacun alors, content de soi, de tout l'esprit qu'il avait montré, s'est apaisé sur Ursulines, et l'on a parlé d'autre chose.
Je ne suis point, comme l'on voit, l'ennemi de mes ennemis. En disant bien du mal de moi, ils n'en ont point fait à ma pièce; et s'ils sentaient seulement autant de joie à la déchirer que j'eus de plaisir à la faire, il n'y aurait personne d'afOigé. Le malheur est qu'ils ne rient point; et ils ne rient point à ma pièce, parce qu'on ne rit point à la leur. Je connais plusieurs amateurs qui sont même beaucoup maigris depuis le succès du Mariage : excusons donc l'effet de leur colère.
A des moralités d'ensemble et de détail, répandues dans les flots d'une inaltérable gaieté; à un dialogue assez vif, dont la facilité nous cache le travail, si l'auteur a joint une intrigue aisément filée, où l'art se dérobe sous l'art, qui se noue et se dénoue sans cesse à travers une foule de situations comiques, de tableaux piquants et variés qui soutiennent, sans la fatiguer, l'attention du public pendant les trois heures et demie que dure le même spectacle
IIA
i*RÊFACE.
;mm1 '|u« nul bmwM dt Mtr« a'*nU cocor« oté leo- («r), i|uii rM«ll-tl t bin à <W pautni mécbiaU que laut Buli irrlurl ■luqucr, poucWtr» l'fuUitr |«r de* in- Jurm vTti«l'->i KiirmieiiM, iti>|iri<n^ : ^nt m qu'un • bit Ml» rallcM. Il<t ont (n4iM 6|<uM juiqu'à U ctlomnir, IKwr lâelwfr do iwi prtlre d»n* l'nprlt de tout ca qui influe •I) friiK* J>ur la iw|hm d'un ciio)nt. Hiureuierncnt que Rwn outrano mt Mnu Im t<:ui de U ration, qui dcpuii dtl firitulx muiii l« mit, la Jiiko et ra|<pr^ie. Le liiuer jpiMr lint tn'il Un |>lii>lr, M In wnile imguaee que je itM Mit pnrtiilM, )« n'dcrin inini ceci pour le* lecieuri MlucUi la r<^cil d'un mil Irop connu toucho peu; mal* diii* qualra-viiiKli *pi> Il iioncia ton Fruit. Le* tuleun de n ti'tnin-lt coriipararonl leur eiirt au nAtrc ; et noi cnranli Hiiranl t quai prli on |«uviil umuKcr leur* pèret .
AlInrM m falli ce n'ral pai loul cela qui |jl<ue. Ix «rai inniir qui ta caclm, et qui dam l>'i rrpllt du cœur produit toua le* aulrta reproclw*. oat tenturmà d«ni ce qualrain :
rriiirqtiiil rfl riiara, qu'on >■ tant itcuitor, K>l>ll ii*F fureur itehM pir lut •'>!■ t
ftw»i>n'ri prcndi'* ri ifi-Mnnrfrr :
YoUAUtnrtlnilniU malt.
tn edet, Figaro parlant du-mfticr do covrliuii, le ddllnlt ilai>i CM lerniea adttrrii. Ja ne pula le nier, Je l'ai dit. Kal* ravltndrai-jn mr en polntt SI c'eil un mal, le retnhta irrall plm : 11 faudrait poter méthodiquement co qiio i« n'ai hll qu'Indiquer ; roTonIr à montrer qu'il n'y a
filnt lia aynnnyme, en frincala, oittR! t'kommê dé la eour, ktmm» H* eour, »l (« ecHrliiait fiar métitf. Il hudralt r^pdtar iju'Aoihih* H* Itt tour peint Mulemntt un nolilp 4iat : qu'il a'rntend de l'Iwcnme de qualité, vivant «voo U iinblcMa et l'éclat que pou ran^ lui impose : que al net hammt rf* 'i cour aime la bien par goilt, una hil^'M; il, loin do Jam«U nuire à personne, il ae hit rallnirr de loa malirea, aimer de acs égaux, cl respecter dw aulrM, aloi^ cette am-cptlon reçdt un nouveau lutire> M J'm rannai* plu* d'un i|iio )c nommerais avec plaisir, ail en ^talt iiueaiion.
Il faudrait mnntrer qu'Anume <(•■ mur, en bon l^ntai;, tal nmln* l'^iwnoï d'mi iSlat que le rfeumt d'un caractère •droil. liant, maia r^mîi pre*nnl la main de tout te monde en ftliMant chemin k travers ; menant flnement son lnlrlfUi> avN l'air de toii^ira servir; ne se taisant point d'ennemi», mais doimant pria d'un ttm*. dans l'occasion, d# rfpatile au meilleur tml, pour laiurtr sa ehuie et k tMnpIh'er rue U (ï4tc; louant i pui tout pr^ugtl qui pmimiit ralMiUr sa marrhet M>uri«nt k ce qui lui diplait, P\ crillqwini « qu'il ap|irMi*«, irloil les hommes qui r^'«uK«l ; dans Im lUimiu utiles de $a tenune. ou de sa tMllivtw. M vajauiqtie cv qu'il duti voir : ttiBa...
rt*«aNl ti>ul. fAnr l« (airr cowrt.
Km i^nlahl* ktmttt <<« rmr.
l^te •f<vt>'>>w *'** ï** an») défaivnHe que «elle do iVMtftMN fwr tMfHT. <4 i-'nt l'hMuue dont parie fï-
MaU quand jVtMitrai) b drtniUi» de ee deraàer; qMM)><. [«t^v1l1ran1 )i<ns )» |ii<s»Mm, je le ouBtrenÊ •««e !>'« «Miniien ^u)i<s)ic. haut <4 t«s 1 b tôt»; nm- )l<«Hi4 «iw ><r:fDnl: «vint ivuim )« |irH«aKk'Rs sait' ta JtiilMkr ««e; !«' 4,'AniMI l'air Al f^vtf^mtiml jtnr » awp «■*»< A» parti: di^raul (ew ks oMtoumifti q«i M*Wi'v«Mr*i NM «TÂtil. MsaM laM aaAàtr hacMif de m ^ M M<t>Ml q«Va«MW; vwaàaM m Maltnsm i m* MMtoV), M tewM («««r «n fWsirc Me, «c, «c. m
■[ualre pagea d'été. ; il faudrait taujoan retenir «a dUtique de Figaro :
sous Henri III, loui d'autres ri raire de l'tiiilorien : el quant k vicieux du liècle e.
1 y ra eut, dil-oo.
ore; nuis c'est l'ai-
'. suis d'av» que les
s saints; qu'il buttent
an* pour les canoniser. Vais puisque j ai promis la critique de ma plice, il faut eoCn que je la donne.
En général, ion grand début est ipie je lu Tai point faite tu obttrvani U monde ; qu'elle ne peint rien de ce jui ezitU. et ne rappelle jamai» limage de la toeiélé où Fon vil ; que tet maurt, ba$teà et corrompue», n'ont pat même le mirUe d'être vraiei. Et c'est ce qu'on lisait demiëreroent dang un beau discouis Imprimé, composé par un homme de jbicn, auquel il n'a manqué qu'un peu d'esprit pour être un écrivain médiocre. Xais, médiocre ou non, moi qui ne lis Jamais u^age de cette allure oblique et torse avec laqulle un sbire qui n'a pas l'air de vous regarder, vous doime du stylet au flanc, je suia de l'avis de celuin^i. Je conviens qu'k U vérilé la génération passée ressemblait beaucoup i ma piËce; que li génération future lui ressemblera bnucoup aussi; niais que pour la génération présente, elle ne lui ressemble aucunement; que je n'ai jamais rencontré ni mari suborneur, ni seigneur libertin, ni courtisan avide, ni juge ignorant el passionné, ni avocat injurisnl, ni gens médiocres avancés, ni traducteur bassement jaloui. El que si (les Imes pures, qui ne s'y reconnaissent point du tout, s'Irritent contre ma pièce et la décbb^nt sans reikche, c'est uniquement par respect pour leurs grands -pèi'ea et sensibilité pour leurs petils-enfanis. J'espère, après cette déclaration, qu'on me Isissera bien tranquille : n l'u nui.
FERSONKAGES.
LE maTE AUUVlVA, gnod corrvgi
Lt COXTEffiE, ta femme.
riG(RO. vsleldecbuDbre du comte i
du cMlaau.
SCU^XE. première camérlite de 11
et Smncée ds Figaro, H.tRCEU>E, ttamt de chi[«e.
AXTOMO, Jardinier du chlte». onde de Su-
iinH «1 prre de Fincheti*.
FUtCHETTE, fille d'inloiiio. ŒËRCBLN. premier page du mmle.
URTBOLO, midedii de S^nlle.
IUSU£. mitre de <'U>ceia de li comIcb*.
ncn Gtsn» BRiinvat,
ICTBORS.
da art*. I. h*TBU.
Mrrl£-K.ax, [relBer. annUire de don Ca»
«l]rrE-.^H£lL. JMM [tuloBreia.
r^ lav ttmttax.
H»lUi. pifww da «MeL
LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE I, SCÈNE I
CABACTÈRES ET UABILLEMEXTS DE LA PIÈCE.
Lb Comte ALMAYIVA doit éti'e joué Irà-nobleroent, mais avec grâce et liberté. La corrupUun du cœur ne doit rien ôter au UoH ton de ses manières. Dans les mœurs de ce tempê-là, les grands traitaient en badinant toute entreprise sur les femmes. Ce rdle est d'autant plus pénible à bien rendre, que le personnage est toujours sacriûé. Nais joué par un comédien excel* lent (Jf. Moli), il a fait ressortir tous les rôles, et assuré le succès de la pièce.
Son Yélement du premier et second acte est un habit de chasse avec des bottines à mi-jambe, de l'ancien costume espagnol. Du troisième acte jusqu'à la fln, un habit superbe de ce costume.
\sk COMTESSE, agitée de deux sentiments contraires, ne doit montrer qu'une sensibilité réprimée, ou une colère très-modérée ; rien surtout qui dégrade aux yeux du spectateur son caractère aimable et vertueux. Ce rôle, un des plus difficiles de la pièce, a fiiit infiniment d'honneur au grand talent de M"* SatN<-Ka< cadette.
Son vêlement du premier, second et quatrième acte, est une lévite commode, et nul ornement sur la tète : elle est chez elle, et censée incommodée. Au quatrième acte, elle a l'habillement et 11 haute coiffure de Smanne.
FIGARO. L'on ne peut trop recommander à l'acteur qui jouera ce rôle de bioi se pénétrer de son esprit, comme l'a fait Jf. ikuineourL S'il y voyait autre chose que de la raison assaisonnée de gaieté et de saillie, surtout s'il y mettait la moindre charge, il avilirait un rôle que le premier comique du théâtre, Jf. Préviliet a jugé devoir honorer le talent de tout comédien qui saurait en saisir les nuances multipliées, et pourrait s'élever i son entière conception.
Son vètemebt comme dans le Barbier de SéviUe,
Sl'ZA!(iHE. Jeune personne adroite, spirituelle et rieuse, mais non de cette gaieté presque effrontée de nos soubrettes corruptrices I son joli caractère est dessiné dans la préface, et c'est là que l'actnce qui n'a point vu Jf"* Contât doit l'étudier pour le bien rendre.
Son vêtement des quatre premiers actes est un juste blanc à basquines trés-élégant, la jupe de même, avec une toque, appelée depuis par nos marchandes, à la Suzanne. Dans la îète du quatrième acte, le comte lui pose sur la tète une loque à long voile, à hautes plumes, et à rubans blancs. Elle porte au cinquième acte la lévite de sa maîtresse, et nul ornement sur la tète.
Marceline est une femme d'esprit, née un peu vive, mais dont les fautes et l'expérience ont réformé le caractère. Si l'actrice qui le joue s'élève avec une fierté bien placée à la hauteur irés-morale qui suit la reconnaissance du troisième acte, elle ajoutera beaucoup à l'intérêt de l'ouvrage.
Son vêtement est celui des duègnes espagnoles, d'une couleur modeste, un bonnet noir sur la tète. A>TO.MO ne doit montrer qu'une demi-ivresse, qui se dissipe par degrés; de sorte qu'au cinquième acte on n'eu aperçoive presque plus.
Son vêtement est celui d'un paysan espagnol, où les manches pendent par derrière ; un chapeau et des souliers blancs. FA.NCHETTE est une enfknt de douzQ ans, très-naïve. Son petit habit est un juste brun avec des ganses et des boutons d'argent, la jupe de couleur tranchante, et une toque noire à plumes sur la tête. Il sert celui des autres paysannes de la noce. CUÉRUBL^. Ce rôle ne peut être joué, comme il l'a été, que par une jeune et très-jolie femme } nous n'avons point à nos théâtres de tivs-jeune homme asses formé pour en bien seniir les finesses. Timide à l'excès devant la comtesse, ailleurs un charmant pohsson ; un désir inquiet et vague est le fond de son caractère. 11 s'élance à la puberté, mais sans projet, sans connaissances, et tout entier à chaque événement; enfin il est ce que toute mère, au fond du cœur, voudrait peut-être que fût son fils, quoiqu'elle dût beaucoup en souffrir.
Son riche vêtement, au premier et second acte, est celui d'un page de cour espagnol, blanc et brodé d'argent; le léger manteau bleu sur l'épaule, et un chapeau chargé de plumes. An quatrième acte il a le corset, la jupe et la toque des jeunes paysannes qui l'amènent. Au cinquième acte, un habit uniforme d'officier, une cocarde et une épée. BARTHOU). Le caractère et l'habit comme dans le Barbier de
SéviUe ; il n'est ici qu'un rôle secondaire. KASlLE. Caractère et vêtement comme dans le Barbier de Séiille;
il n'est aussi qu'on rôto secondaire.
Bftlir0l905 doit avoir cetl« bonne et (tanche asiurauco des bêtes
qui n'ont plus leur timidité. Son bégayement n'est qu'une grâce de plus qui doit être à peine sentie, et l'acteur se tromperait lourdement et jouerait à conire-sens, s'il y cherchait le plaisant de son rôle. Il est tout entier dans l'opposition de la gravité de son état au ridicule du caractère ; et moins l'acteur le chargera, plus il montrera de vrai talent.
Son habit est une robe de juge espagnol, moins ample que celle de nos procureurs, presque une soutane ; une grosse perruque, une gonille, ou rabat espagnol au cou, et une longue baguette blanche à la main.
DOUBLE-NAIN. Vêtu comme le juge ; mais la baguette blanche plus courte.
L'HUISSIER ou ALGUAZIL. Habit, manteau, épée de Crispin, mais portée à son côté sans ceinture de cuir. Point de bottines, une chaussure noire, une perruque blanche naissante et longue à mille boucles, une courte baguette blanche.
GRIPPE-SOLEIL. Habit de paysan, les manches pendantes, veste de couleur tranchée, chapeau blanc.
UNE JEUNE BERGÈRE. Son vêtement comme celui de Fanchette.
PÉDRILLE. En vente, gilet, ceinture, fouet, et bottes de poste, une résille sur la tête, chapeau de courrier.
PERSONNAGES NUETS, les uns en habits de juges, d'autres en habits de paysans, les autres en habits de livi^.
Placement de* acteurs.
Pour faciliter les jeux du théâtre, on a eu l'attention d'écrire au commencement de chaque scène le nom des personnages dans l'ordre où le spectateur les voit. S'ils font quelque mouvement grave dans la scène, il est désigné par un nouvel ordre de noms, écrit en note à l'instant qu'il arrive. Il est important de conserver les bonnes positions théâtrales; le relâchement dans la tradition donnée par les premiers acteurs en produit bientôt un total dans le jeu des pièces, qui finit par assimiler les troupes négligentes aux plus faibles comédiens de société.
Lu et approuvé, le iS janvier 1785.
Bai:T.
Vu l'approbation, permis d'imprimer, ce 31 janvier 1785.
LxRoia.