SCÈNE PIIEMIÊUE FIGARO, SUZ.\NNE
FK^ARO, la tenant k hras-le-corp».
lié bien ! amour, es-tu contente T Elle a converti son docteur, cette Une langue dorée de ma mère! Malgré sa répugnance, il l'épouse, et ton bourru d'oncle est bridé; il n'y a que monseigneur qui rage, car enfin noire hymen va devenir le prix du leur. Ris donc un peu de ce bon résultat.
SUZANNE
.Vs-tu rien vu de plus éi range ?
FIGARO
Ou plutôt d*aussi gai. iNous ne voulions qu'une dot arrachée à Texcellence; en voilà deux dans nos mains, qui ne sortent pas des siennes. Une rivale acharnée te poursuivait; j'étais tourmenté pjtr une furie ! tout cela s'est changé pour nous dans la pltu bonne des nlères. Hier j'étais comme seul au monde, et voilà que j*ai tous mes parents ; pas si magniliques, il est vrai, que je me les étais galonnés; mais assez bien pour nous, qui n'avons pas la vanité des riches.
LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE IV, SCÈNE IIL
ftOZANMB.
Aucune des choses que tu avais disposées, que nous attendions, mon ami, n*est pourtant arrivée !
FIGARO
Le hasard a mieux fait que nous lous, ma petite. Ainsi Ta le monde; on travaille, on projette, on arrange d'un côté; la fortune accomplit de l'autre : et, depuis Taffamé conquérant qui voudrait avaler la terre, jusqu'au paisible aveugle qui se laisse mener par son cliien, tous sont le jouet de ses caprices ; encore l'aveugle au chien estil souvent mieux conduit, moins trompé dans ses vues, que l'autre aveugle avec son entourage. — Pour cet aimable aveugle qu'on nomme Amour...
(il 1.1 reprend tendrement à bras-le-^orps.) SUZARftE. '
Ah ! c'est le seul qui m'intéresse !
FIGARO
Permets donc que, prenant l'emploi de la foli(% je sois le bon chien qui le mène à ta jolie mignonne porle, et nous voilà logés pour la vie.
Sl'ZAKKE, riant.
L'Amour et toi ?
FIGARO
Moi et l'Amour.
SUZANNE
Et vous ne chercherez pas d'autre gite ?
Si tu m'y prends, je veux bien que mille millions de galants...
SUZANNE
Tu vas exagérer : dis ta bonne vérité.
FIGARO
Ma vérité la plus vraie!
SUZANNE
Fi donc, vilain ! en a-t-on plusieurs?
FIGARO
Oh! que oui. Depuis qu'on a remarqué qu'avec le temps vieilles folies deviennent sagesse, et qu'anciens pelits mensonges assez mal plantés ont produit de grosses, grosses vérités, on en a de mille espèces. Et celles qu'on sait, sans oser les divulguer; car toute vérité n'est pas bonne à dire : et celles qu'on Tante, sans y ajouter foi ; car toute vérité n'est pas bonne à croire : et les serments passionnés, les menaces des mères, les protestations des buveurs, les promesses dos gens en place, le dernier mot de nos marchands ; cela ne finit pas. 11 n'y a que mon amour pour Suzon qui soit une vérité de bon aloi.
SUZANNE
J'aime ta joie, parce qu'elle est folle: elle annonce que tu es heureux. Parlons du rendez-vous du comte.
FIGARO
Ou plutôt n'en parlons jamais ; il a failli me coûter Suzanne.
Tu ne veux donc plus qu'il ait lieu?
FIGARO
Si vous m'aimez, Suzon, votre parole d'honneur sur ce point : qu'il s'y morfonde ; et c'est sa punition.
SUZARHE.
11 m'en a plus coûté de l'accorder que je n'ai de peine à le rompre : il n'en sera plus question.
FIGARO
Ta bonne vérité ?
SUZANNE
Je ne suis pas comme vous autres savants, moi, je n'en ai qu'une.
FIGARO
Et tu m'aimeras un peu?
SUZANNE
Beaucoup.
FIGARO
Ce n'est guère.
SUZANNE
Et comment?
FIGARO
En fait d'amour, vois-tu, trop u est pas même assez.
SUZANNE
Je n'entends pas toutes ces finesses; mais je n'aimerai que mon mari.
FIGARO
Tiens parole, et tu feras une belle exception à l'usa^'c.
(il veut r embrasser.)