‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 304 sur 607 · E COMTE tire de n poche nn bracelet entouré de brillants · texte numérisé non relu

E COMTE tire de n poche nn bracelet entouré de brillants

Je ne veux plus te déguiser tous les détails de mon niïront; écoute. Un certain Léon d'Astorga, qui fut jadis mon pnge, et que Ton nommait Chérubin...

BÉGEARSS

Je Fîii connu ; nous servions dans le régiment dont je TOUS dois d'être major. Mais il y a vingt ans qu'il n'est plus.

LK CONTE

C'est ce qui fonde mon soupçon. 11 eut l'audace de Taiiner. Je la crus éprise de lui ; je Téloignai d'Andalousie, par un emploi dans ma légion. — Un an après la naissance du fils... qu'un combat détesté m'enlève (il met la main k m yeax.) lorsque je m'embarquai vice<i>roi du >lexique; au lieu de rester à Madrid, ou dans mon palais à Séville, ou d'habiter Aguas-Frescas, qui est un superbe séjour, quelle retraite, ami, crois-tu que ma femme choisit ? Le vilain château d'Astorga, chef-lieu d'une méchante terre que j'avais achetée des parents de ce page. C*est là qu'elle a voulu passer les trois années de mon absence; qu'elle y a mis au monde... (après neuf ou dix mois, que saisje?) ce misérable enfant, qui porte les traits d'un perfide! Jadis, lorsqu'on m'avait peint pour le bracelet de la comtesse, le peintre ayant trouvé ce page fort joli désira d'en faire une étude; c'est un des beaux tableaux de mon cabinet.

BÊGBARSS.

Oui... ai baise lei yeux.) à telles enseignes que votre épouse...

LE COMTE, vivement.

Ne veut jamais le regarder. Eh bien! sur ce portrait, j*ai fait faire celui-ci, dans ce bracelet, pareil en tout au sien, fait par le même joaillier qui monta tous ses diamants ; je vais le substituer à la place du mien. Si elle en ganle le silence, vous sentez que ma preuve estfaile. Sous quelque forme qu'elle en parle, une explication s/vt-re éclaircitma honte à l'instant.

BéoEARSS.

Si VOUS demandez mon avis, monsieur, je blâme un !el projet.

LE COMTE

Pourquoi ?

bAgearss.

L'Iionnear répugne à de pareils moyens. Si quelque

liasard, heureux ou malheureux, vous eût présenté certains faits, je vous excuserais de les approfondir. Mais tendre un piège ! des surprises ! Eh ! quel homme, un peu délicat, voudrait prendre un tel avantage sur son plus mortel ennemi ?

le comte.

11 est trop tard pour reculer ; le bracelet est fait, le portrait du page est dedans...

BÉGEARSS prend l'écrin.

Monsieur, au nom du véritable honneur...

le conte a enlevé le bracelet de l'écrin.

Ah ! mon cher portrait, je te tiens ! J'aurai du moins la joie d'en orner le bras de ma fille, cent fois plus digne

de le porter!... (il y substitue l'autre. Bégeans feint de »yop-

po«er. Ils lireut chacun récrin de leurcdté.)

BÉGEARSS Tait ouvrir adroitement le double fond, et dit avec colère:

Ah ! voilà la boite brisée !

le comte regarde*

^on; ce n'est qu'un secret que le débat a fait ouvrir. Ce double fond renferme des papiers?

BÉGEARSS, t'y opposant.

Je me flatte, monsieur, que vous n'abuserez point...

LE COMTE, impatient.

• Si quelque heureux hasard vous eût présenté cer» tains faits, me disais-tu dans le moment, je vous excuserais de les approfondir... » Le hasard me les offre,

et je vais suivre ton conseil, m arrache let papiers )

BÉGEARSS, avec chaleur.

Pour l'espoir de ma vie entière, je ne voudrais pas devenir complice d'un tel attentat ! Remettez ces papiers monsieur, ou souffrez que je me retire. (D l'éioigne. Le

Comte tient des papiers et lit. Bégearv le regarde en dessom, et s'applaudit secrètement.)

LE CONTE, avec fureur.

Je n'en veux pas apprendre davantage: renferme tous les autres, et moi je garde celui-ci.

BÉGEARSS

. Non ; quel qu'il soit, vous avez trop d'honneur pour commettre une...

LE COMTE, flÀremeut.

Une... ? Achevez, tranchez le mot, je puis l'entendre.

BÉGEARSS , se courbant.

Pardon, monsieur, mon bienfaiteur! et n'imputez qu'à ma douleur l'indécence de mon reproche.

LE COMTE

Loin de l'en savoir mauvais gré, je t'en estime davantage, (n se jette sur un fauteuil.) Ah ! perfide Rosine!... car, malgré mes légèretés, elle est la seule pour qui j'aie éprouvé... J'ai subjugué les autres femmes! Ah ! je sens à ma rage combien cette indigne passion... ! Je me déteste de l'aimer !

BÉGEARSS

Au nom de Dieu, monsieur, remettez ce fatal papier.

Page 1