‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 354 sur 607 · SCÈNE XVII LE COMTE, LÉON, SUZ.VNNE; LA COMTESSE, évanouie · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII LE COMTE, LÉON, SUZ.VNNE; LA COMTESSE, évanouie

LéON, lui tenant le flacon sou.5 le nei.

Si Ton pouvait la faire respirer ! 0 Dieu ! rends-moi ma malheureuse mère ! La voici qui revient...

SCZA57i^, pleurant.

Madame! allons, madame!...

LA COMTESSE, revenant à elle.

Ah ! qu'on a de peine à mourir!

Léon, égaré.

Non, maman, vous ne mourrez pas !

U COMTESSE, égarée.

0 ciel ! entre mes juges ! entre mon époux et mon fils! Tout est connu... et, criminelle envers tous deux...

(Elle se jette k terre et se prosterne.) Vengez-TOUS l'un et

l'autre ! Il n'est plus de pardon pour moi! (Avec horreur.) Mère coupable, épouse indigne, un instant nous a tous perdus ! J'ai mis l'horreur dans ma famille ! j'allumai la guerre intestine entre le père et les enfants ! Ciel juste! il falliiit bien que ce crime lût découTert! Puisse ma mort expier mon forfait!

LE GOMTl, au désespoir.

Non, revenez à vous! votre douleur a déchiré mon âme! Asseyons-ia, Léon! mon fils ! (liéon dit nn grtnd

moavemeot.) Suzanne, asseyons-la. (Di la remettent sur le (kaieoil.)

.SCÈNE XVIII LES pRiciDiiiTs, FIGARO.

PI6AR0, accourant.

Elle a repris sa connaissance T

SDZANIIB.

Ah, Dieu ! j^étouffe aussi. (EUe se desserre.)

LR GOMTB crie.

Figaro, T08 secours!

LA MRRE COrPABLE, ACTE IV, SCÈNE XVIII.

FIGARO y étouffé.

Un moment ! calmez-vous. Son état n*est plus si pressant. Moi qui étais dehors, grand Dieu ! Je suis rentré bien à propos!... Elle m'avait fort effrayé ! Allons, madame, du courage !

LÀ COMTfiSSK, priant, renversée.

Dieu de bonté, fais que je meure !

LÉON, en Tasiejant mieux.

Non, maman, vous ne mourrez pas, et nous réparerons nos torts. Monsieur, vous que je n'outragerai plus en vous donnant un autre nom, reprenez vos titres, vos biens ; je n'y avais nul droit : hélas ! je l'ignorais . Mais, par pitié, n*écrasez point d*un déshonneur public cette infortunée qui fut votre... Une erreur expiée par vingt années de larmes est-elle encore un crime, alors qu'on fait justice ? Ma mère et moi, nous nous bannis • sons de chez vous.

LE COMTE, exalté.

Jamais ! vous n'en sortirez point.

LÉON

Un couvent sera sa retraite ; et moi, sous mon nom de Léon, sous le simple habit d'un soldat, je défendrai la liberté de notre nouvelle patrie. Inconnu, je mourrai pour elle, ou je la servirai en zélé citoyen. (Suzanne

pleure dans un coin ; Figaro e«t absorbé dans l'autre.)

LA COMTESSE, péniblement.

Léon, mon cher enfant, ton courage me rend la vie. Je puis encore la supporter, puisque mon fils a la vertu de ne pas détester sa mère. Cette fierté dans le malheur sera ton noble patrimoine. U m'épousa sans biens, n'exigeons rien de lui. Le travail de mes mains soutiendra ma faible existence, et toi, tu serviras l'Ëtat,

LE COMTE, avec désespoir.

Non, Rosine ! jamais. C*est moi qui suis le vrai coupable. De combien de vertus je privais ma triste vieil-

LA COMTESSE

Vous en serez enveloppé. — Florestine et Bégearss vous restent : Floresta, votre fille, l'enfant chéri de votre cœur!...

LE COMTE, étonné.

Gomment?... d'où savez-vous?... qui vous l'a dit?...

LA COMTESSE

Monsieur, donnez-lui tous vos biens ; mon fils et moi n'y mettons point d'obstacle : son bonheur nous consolera. Mais, avant de nous séparer, que j'obtienne au moins une grâce. Apprenez-moi comment vous êtes possesseur d'une terrible lettre que je croyais brûlée avec les autres. Quelqu'un m'a-t-il trahie ?

FIGARO, s'écria nt.

Oui ! rinfâme Bégearss : je Tai surpris tantôt qui la remettait à monsieur.

LE COMTE, parlant vile.

Non, je la dois au seul hasard. Ce matin, lui et moi, pour un tout autre objet, nous examinions votre écrin, sans nous douter qu'il eût un double fond. Dans le débat, et sous ses doigts, le secret s'est ouvert soudain, à son très-grand étonnement. Il a cru le coffre brisé.

FIGARO, criant plus fort.

Son étonnement d'un secret? Monstre! c*est lui qui l'a fait faire !

LE COMTE

Est-il possible ?

LA COMTEgSE.

Il est trop vrai.

LB COMTE

Des papiers frappent nos regards; il en ignorait l'existence ; et, quand j'ai voulu les lui lire, il a refusé de les voir.

SUZA55E, 6*écriant.

Il les a lus cent fois avec madame !

LE COMTE

Est- il vrai ? Les connaissait-il ?

LA COMTESSE

Ce fut lui qui me les remit, qui les apporta de l'armée, lorsqu'un infortuné mourut.

LE COMTE

Cet ami sûr, instruit de tout... ?

nCARO, LA COMTFgSB, suzAHNB, ensemble, criant. C'est lui !

0 scélératesse infernale! Avec quel art il m'avait engagé ! A présent je sais tout.

FIGARO

Vous le croyez !

LE COMTE

Je connais son affreux projet. Mais, pour en être plus certain, déchirons le voile en entier. Par qui savez-vous donc ce qui touche ma Florestine ?

LA COMTESSE, vite.

Lui seul m'en a fait confidence.

LÉON, vite.

II me l'a dit sous le secret.

SUZANNE, vite.

II me Ta dit aussi.

LE COMTE, avec horreur,

0 monstre ! Et moi j'allais la lui donner! mettre ma fortune en ses mains !

FIGARO, vivement.

Plus d'un tiers y serait déjà, si je n'avais porté, sans vous le dire, vos trois millions d*or en dépôt chez M. Fal : vous alliez Ten rendre le maître : heureusement je m'en suis douté. Je vous ai donné son reçu...

LE COMTE, vivement.

Le scélérat vient de me l'enlever pour en aller toucher la somme.

FIGARO, désolé.

0 proscription sur moi ! Si l'argent est remis, tout ce que j'ai fait est perdu ! Je cours chez M. Fal. Dieu veuille qu'il ne soit pas trop tard !

LE COMTE, à Figaro.

Le traître n'y peut être encore.

FIGARO

S'il a perdu un temps, nous le tenons. J'y cours, (n

Ttsut sortir.)

lA MÈRE COUPABLE. ACTE V, SCftNE III.

LE COMTE, Tivcmetit, l'arrête.

Mais, Figaro, que le fatal secret dont ce moment vient de t'instruire reste enseveli dans ton sein !

FIGARO, avec nnc gramlo scn^biliu^.

Mon maître, il y a vingt ans qu'il est dans ce sein-là, et dix que je travaille à empêcher qu'un monstre n*en abuse! Attendez surtout mon retour, avant de prendre aucun parti.

LE COMTE, vivement.

Penserait-il se disculper ?

FIGARO

Il fera tout pour le tenter (il tire une leUrc de sa poche.) mais voici le présenratif. Lisez le contenu de celte épouvantable lettre ; le secret de IVnfer est là. Vous me saurez bon gré d'avoir tout fait pour me la procurer. (U lui remet la lettre de B^gearw.) Suzanne! des gOUttes

à ta maîtresse. Tu sais comment je les prépare, (il lui donne un flacon.) Passez-Ia sur sa cliaise longue, et le plus grnnd calme autour d'elle. Monsieur, au moins, ne recommencez pas; elle s'éteindrait dans nos mains!

LE COMTE, exalté.

Recommencer ! je mo ferais horreur !

FIGARO, à la Comtesse.

Vous Fentendez, madame? Le voilà dans son caractère, et c'est mon maître que j'enlends. Ah ! je l'ai toujours dit de lui : la colère, chez les bons cœurs, n'est qu*iin besoin pressant de pardonner ! (il sort précipitamment. Le Comte et Léon prennent la Comtesse mus les bras; ils «orient tous.)

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