LA MÈRE COUPABLE, ACTE V, SCÈNE VIIL
BÉGEARSS, un peu surpris, «e remet, prend son parti, cl dil :
Elle ne peut Tèlre pour personne, si mon ami ne la désavoue pas ; s'il met mon àme à Taise, en me permettant d'avouer que je tiens de lui ces effets. Celui-là n'a pas un bon cœur, que la gratitude fatigue; et cet aveu manquait à ma satisfaction. (Nouirani le Comte.) Je lui dois bonheur et fortune ; et quand je les partage avec sa digne fille, je ne fais que lui rendre ce qui lui appartient de droit. Remettez-moi le portefeuille; je ne veux avoir que Tlionneur de le mettre à ses pieds moi-même, en signant noire heureux contrat, (il veut
le reprendre.)
FIGARO, sautant de joie.
Messieurs, vous l'avez entendu? vous témoignerez s'il le faut. Mon maître, voilà vos effets ; donnez-les à leur détenteur, si votre cœur l'en juge digne. (Il lui remet le portefeuille.)
LE COMTE, se levant, à Bégearss.
Grand Dieu ! les lui donner ! Homme cruel, sortez de ma maison ; Tenfer n'est pas aussi profond que vous ! Grâce à ce bon vieux serviteur, mon imprudence est réparée : sortez à l'instant de chez moi.
BÉGEARSS
0 mon ami, vous éles encore trompé !
LE COMTE, hors de lui, le bride de sa Iclti'e ouverte.
Et cette lettre, monstre ! m'abuse- t-elle aussi?
BEGEARSS la voit; furieux, il arrache au Comte la lettre, et i^o
montre tel qu'il est.
Âh!... Je suis joué ; mais j'en aurai raison.
lp.on.
Laissez en paix une famille que vous avez remplie d'horreur.
BÉGEARSS, furieux.
Jeune insensé ! c'est loi qui vas payer pour tous; je t'appelle au combat.
LÉON, vite.
J'y cours.
}.E COMTE, vite.
Léon !
LA COMTESSE, vite.
Mon fils !
FLORESTINE, vile.
Mon frère!
LE CONTE
Léon ! je vous défends... (A Bégearss.) Vous vous êtes rendu indigne de l'honneur que vous demandez. Ce n'est point par cette voie-là qu'un homme comme
vous doit terminer sa vie. (Bégèans fait un geste affreux, sans parler.)
FIGARO, arrêtant Léoi^ vivement.
Non, jeune homme! vous n'irez point : monsieur voire père a raison, et l'opinion est réformée sur celte horrible frénésie ; on ne combattra plus ici que les ennemis de l'État. Laissez-le en proie à sa fureur ; et s'il ose vous attaquer, défendez-vous comme d'un assassin; personne ne trouve mauvais qu'on tue une béte enragée ; mais il se gardera de Toser : l'homme
capable de tant d'horreurs doit être aussi Jâche que
BÉGEARSS, hora de lui.
Mallieureux !
LE C iMTE, frappant du pied.
Nous laissez-vous enfin ? c e^t un suppHce de voiis
voir. (La Comtesse est efTrayée sur sou siège; Florestiue ci Suaume la souliennenl; Léon se réunit & elles.)
BÉGEARSS, les dents serrées.
Oui, morbleu, je vous laisse ; mais j'ai la preuve en main de votre infâme trahison ! Vous n'avez demandé l'agrément de Sa Majesté, pour échanger vos biens d'Espagne, que pour être à portée de troubler sans péril l'autre côté des Pyrénées.
LE COMTE
0 monstre ! que dit-il ?
Ce que je vais dénoncer à Madrid. N'y etît-il que le buste en grand d'un Washington dans votre cabinet, j'y fais confisquer tous vos biens.
FIGAHO, criant.
Certainement; le tiers au dénonciateur !
BÉGEARSS
Mais, pour que vous n'échangiez rien, je cours chez notre ambassadeur arrêter dans ses mains Tagrément de Sa Majesté, que l'on attend par ce courrier.
FIGARO, tirant un paquet de sa poche, s'écrie vivement :
L'agrément du roi? le voici; j'avais prévu le coup; je viens, de votre part, d'enlever le paquet au secrétariat d'ambassade. Le courrier d'Espagne arrivait ! (Le
Comte, avec vivacité, prend le paquet.)
BÉGEARSS, furieux, frappe sur son front, fait deux pus pour sortir
et se retourne.
Adieu, famille abandonnée ! maison sans mœurs et sans honneur ! Vous aurez Fimpudeur de conclure un mariage abominable, en unissant le frère avec la sœur ; mais l'univers saura votre infamie, (il sort.)