‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 46 sur 607 · SCÈNE III UL BARON, MADAME MURER · texte numérisé non relu

SCÈNE III UL BARON, MADAME MURER

MADAME MURER, d un ton sombre.

Eb bieo, monsieur, ètes-vous satisfait î II s*eu est pea Cilia que votre fille ne soit morte de frayeiu*.

LE RAMOa s'aaied sans rien dire près de la table, et s'appuie la

tète sur les mains, d'un air accablé.

MADAME MCRER, continuant.

Des cdats ! de la fureur ! sans choix de personnes.

LE BARtXf, sourdement.

Cnix qui ont fait le mal le reprochent aux autres.

MADAME MORER.

to bomme liYré à ses emportements I

LE BARON, désespéré.

Vous abusez de mon état et de ma patience. Vous avez juré de me faire mourir de chagrin. Laissez-nous, gardez votre héritage, il est trop cher : aussi bien ma malheureuse fille n'en aura-t-elle peut-être bientôt

plus besoin. (Use lève, et se promène avec égarement.)

MADAME MCRER.

Vous n'avez jamais su prendre un parti.

LE BARON

Je l'ai pris, mon parti !

MADAME MURER

Quel est-il ?

LE BARON, marchant pXvn vile et gesticulant violemment.

J'irai à la cour... oui, je vais y aller... Je tombe aux pieds du roi : il ne me rejettera pas. (Madame Murer hocbe u tète.) Et pourquoi me rejetterait-il î II est père... Je l'ai vu embrasser ses enfants.

MADAME MURER

La belle idée ! Et que lui direz-vous ?

LE BARON s* arrêtant devant elle.

Ce que je lui dirai? Je lui dirai: Sire... vous êtes père, bon père... je le suis aussi; mais j'ai le cœur déchiré sur mon fils et sur ma fille. Sire, vous êtes humain, bienfaisant... Quand un des vôtres fut en danger, nous pleurions tous de vos larmes ; vous ne serez pas insensible aux miennes. Mon fils s'est battu, mais en homme d'honneur ; il sert Votre Mjyesté comme son bisaïeul, qui fut emporté sous les yeux du feu roi; il sert comme mon père, qui fut tué en défendant la patrie dans les derniers troubles ; il sert comme je servais lorsque j*eus l'honneur d'être blessé en Allemagne... J ouvrirai mon habit, il verra mon estomac... mes blessures. U m'écoutera, et j'iyouterai : Un suborneur est venu en mon absence violer notre retraite et l'hospitalité ; il a déshonoré ma fille par un faux mariage... Je vous demande à genoux, sire, grâce pour mon fils et justice pour ma fille.

MADAME MURER

Mais ce suborneur est un homme qualifié, puissant.

LE BAItON, vivement.

S'il est qualifié, je suis gentilhomme... Enfin je suis un homme... Le roi est juste; à ses pieds toutes ces différences d'état ne sont rien : ma soeur, il n'y a d'élévation que poiu* celui qui regarde d'en bas ; aiHiessus tout est égal; et j'ai vu le roi parler avec bonté au moindre de ses sujets comme au plus grand.

(Il va et Tient.) MADAME MURER, d'un ton ferme.

Croyez-moi, monsieur le baron, nous suffirons à no tre vengeance.

LE BARON n'a entendu que le dernier mot.

Oui, vengeance!... et qu'on le livre à toute la rigueur des lois.

MADAME MURER, très-ferme.

Les lois! la puissance et le crédit les étouffent souvent ; et puis c'est demain qu'il prétend se marier. U faut le prévenir : incertitude! lenteur! est-ce ainsi qu'on se venge! Eh! la justice naturelle reprend ses

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