‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 470 sur 607 · REPANDUE DANS AIX · texte numérisé non relu

REPANDUE DANS AIX

Beaumarchais payé ou pendu.

{Réêumé de M. le P. de C. rapporté dant le mémoire au corueil, p. 18.)

Un colporteur échauffé frappe à ma porte et me remet un mémoire en me disant : Monsieur le comte de la Biache vous prie, monsieur, de vous intéresser à son affaire. — Eh ! me connais-tu, mon ami ? — Non, monsieur, mais cela ne fait rien : nous sommes trois qui courons de porte en porte, et noire ordre est de ne pas même oublier les couvents et les boutiques. — Je ne suis pas curieux, ami ; je te rends grâce. — Ah ! monsieur, acceptez, je vous prie : je suis si chargé ! voilà bien du monde qui refuse ! — A la bonne heure : et toi, prends ces huit sous pour ta peine et ton présent. — Ma foi! monsieur, ça ne les vaut pas. Il court encore; et je me renferme.

Quel est donc ce nouvel écrit qu'on répand avec autant d^affectation que de profusion ? Je l'ouvre, et je vois une seconde édition d'un mémoire apporté par le comte de la Biache en 1776, et dont il avait alors inondé la Provence.

Je Tavais lu dans le temps ; je l'avais trouvé si pitoyable et tellement répondu par tous mes précédents écrits, que j*avais empêché mes conseils de s'en occuper, dans ' une consultation pour moi faite à Paris, où Ton s*atta> chail uniquement au fond de l'affaire, et sans s'y permettre un mot qui sentit la personnalité.

Ce procès, leur disais-je, est si clair et si bien connu, et le comte de la Biache a payé si cher le mal qu'il a voulu me faire, que je ne dois pas chercher à renouveler sa peine. Occupons-nous seulement à gagner le procès. Dans ma position le bruit et Téclat m'importuneraient beaucoup : des raisons froides et simples, une discussion forte et légale, telle est la production que je désire uniquement de vous.

Depuis mon départ de Paris, ce mémoire à consulter s'y était fait, ainsi que la consultation ; destiné seulement pour nos juges, on n'en avait pas tiré plus de cent exemplaires, et j'en avais remis un au procureur du comte de La Biache, à l'arrivée du ballot à Ai\.

Lecture faite au conseil de mon adversaire, et mon silence lui faisant penser qu'il m'avait laissé sans réplique à ses imputations, il a cru qu'il devait courir au jugement et renouveler dans toute la province les injures qu'il y avait semées il y a deux ans. 11 a donc vivement pres>é les magistrats, que je sollicitais de mon côté, de hâter l'instruction de l'affaire ; et, triomphant de ma

modération, il a versé de nouveau dans le publie trois m quatre mille exemplaires de sa consultation.

Mes amis et mes conseils, étomiés du froid mépris que je montrais pour cette injure et ces derniers cris d'un adversaire aux abois, en ont conclu que j'ignorais combien ses discours et ses ruses avaient écliaulTé les eprils dans cette ville. Votre défense est incomplète, ont-ils dit, si vous ne détruisez pas les impresâons qu'il a répandues contre vous. Il vous donne idpoarim maladroit fripon, fabricateur grossier des fausses appirences d'une intimité, d'une correspondance familière qui n'exista jemais entre vous et M. Duvemey. Toos n'êtes plus à Paris, où tout était connu ; les choses \â sont poussées au point que, sur votre silence même, vous courez risque d'être accablé par la prévention: car votre adversaire est d'un glissant, d'une activité, d'un insinuant, d'une adresse!... et ses amis!...

Enfm, les miens me l'ont tant répété, m'ont si bien prouvé la nécessité de relever ses calomnies, que, sans m'affecter de leur appréhension, je leur ai dit : Puisque vous pensez, messieurs, qu'il importe à mon honneur, si ce n'est pas à mon procès, d'enlever à l'ennemi le fruit éphémère de sa misérable intrigue, et son triomphe d'un jour en ce pays, oublions donc encore une fois qu'il est humiliant de se justifier, et laissant pour un moment d'honorables travaux, ne posons pas la plume que son frêle et ridicule édifice ne soit renversé de fond en comble.

11 en résultera seulement un mal, imprévu par vous, mais très-certain pour moi : c'est qu'il n'aura pas plutôt vu son masque arraché par cet écrit, qu'il va mettre autant d'obstacles, d'entraves au jugement du procès qu'il a l'air aujourd'hui d'en souhaiter la fin.

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