DE LA NATION
• Fait âuxdits comités réunis, Tan IV' de la liberté, lel" de l'égalité, 19 septembre 1702. »
Suivent toutes les signatures.
a Garran, l'Oriyier, L. Carnot, etc., etc. »
Craignant encore que la mémoire de M. Lebrun le ministre ne trabît sa bonne volonté, le lendemain 17 septembre je lui adressai, pour rappeler ses souvenirs, une letlre qui ne fait que rappeler ce qui a été dit plus haut; car j'avais soin de constater par écrit les détails des conversations, afin qu'on ne pût les nier quand le temps d'éclairer la nation arriverait.
Le soir, je fus frapper aux affaires étrangères pour recevoir de M. Lebrun ce qu'il me fallait pour partir, selon ses paroles données. Le suisse me dit que j'étais invité de monter au bureau où l'on donne les passeports. Un monsieur y alors très-poli, mais qui a bien changé depuis, me dit que, faute de mon signalement et de celui de M. laHogue, nos passe-ports n'étaient pas faits. Je donnai les deux signalements. Le mo/ï«/6wr/)o/i me promit qu'ils seraient prêts le lendemain. Je voulus passer chez le ministre pour recevoir sa lettre à M. de Mauldcj le cautionnement et mes fonds; on me ditqu't/ était sorti.
Le lendemain 17, j'y retournai : le clief du bureau des passe-porls me dit encore très-poliment que les noires devant être signés par tous les minisires ensemble, il fallait qu'il y eût conseil, mais que cela ne tarderail pas. Après l'avoir bien remercié, je voulus parler au ministre ; par maîlieur^ il était sorti!
Le lendemain 18, j'y fus de si bonne heure, qu'il n'y avait point d'affaire pour laquelle il piil être absent. Lnfin il me reçut, et me dit qu'il no pouvait i»as régler seul les objets qui me regardaient ; quon s* en entretiendrait le soir dans le conseil. Je demandai la permission d'y èlre : il eut la bonlé de me dire que cela pourrait y gêner la liberté des opinions. 11 voulut bien m'enlielenir sur les siirelésque je donnerais pour les avances qu'on devait me faire jusqu'à la livraison des armes à M. de Naulde. Je lui remis un acte par lequel j engageais Ions mes biens, conune le traité m'y obligeait.
il me dit que M. Clavicre voulait (ju'on envoyât quelqu'un pour examiner ma conduite en Hollande. « Je sais, lui dis-je, monsieur, quel est ce quclqu un-là; c'est moi qui scruterai la sienne, car je n'y ferai rien qu'appuyé de bons actes. Pendant que je les lirai dun œil, je ferai bien le guet de l'autre. >»
Il me remit au lendemain 10, pour le cautionnement^ les fonds, et la lettre à M. de Maulde. En rentrant chez moi, j'écrivis à M. Lebrun pour lui rappeler ses promesses, tant je craignais ses distractions! lui demandant ses soins et ses bonlés.
J'appris le 19 soir, paripielcpi'un de fort sûr, que le conseil avait décidé qu'on ne me donnerait pas un sou,
pas même sur mes deux cent cinquante mille lirm! Qu'eùt-il servi de me mettre en colère? Je le vovais: c'était un parti pris. L'homme qu'on envoyait enBdlande était M. Constantinî ! Je savais qu'il venait de passer un traité avec tous nos ministres, pour leurBvrer soixante mille fusils qu'il allait chercher en Hollande; ^'c savais que c'étaient les miens; que, profitait des embarras où le ministère me mettait, il me deiail renouveler ses offres faites par son ami Larcher, en liberté chez moi, puis au secret à VAhhaye. Je savais qu'il devait nie montrer son marché conclu avec tous ms ministres ; que, me prouvant par là que mon mal HaA sans remède, je lui céderais mes fusils à sept florins hàl sous, pour les revendre douze à la nation, sous le boo plaisir des ministres, lesquels, ne me donnant pas uiy obole, me refusant le cautionnement, me saciiant bien discrédité par mes six journées de prison et la malveillance connue, espéraient bien que je ne trouverais rien dans les bourses dont je disposais, et serais trop heureux d'accepter les offres de Constantini. Et je savais bien que par contre , on Pavait surchargé de six «rt mille francs en avances sur mes soixante mille fuùUi livrer au j^ouvernement, sous la caution, me dit^œ, d'un abbé! Je savais que leur noble agent, Constantm et compagnie^ allait avoir la fourniture exclusire de toutes les marchandises, armes et munitions quon dfvait tirer de Hollande. Je savais, je savais... Que ne savais je pas?
Je fus le lendemain, avant neuf heures, chez le rainistie. Par malheur, il était sorti! Résolu de me contenir, je lui écrivis chez son suisse, qui me dit, de s», part, de rcvenif à une heure.
« Ce jeudi 20 septembre il9t, à 9 hear« i« malin, chez voire suisse.
« MOXSIEIR,
« Je ne viens point vous importuner plus longtemr^, mais seulement preu'lre congé de vous. Je reviendni à une heure, connue vous l'ordonnez, prendr»» vo5 lettres pour M. de Maulde, si vous croyez devoir mVa remettre.*
« Ce que f appris hier au soir me confirme que je k dois rien attendre de ce ministère, excepté vous, inùitsienr ; et que je ne puis trop me hâter de partir, si^ veux servir mon pa\s. Je fais un emprunt onéreuxpiur les obj<'ts de» mon voyage. Je le constate juridiquement: et quand je reviendrai de Hollande, je ferai tout et ç» convient à un bon Français outragé!
(( Recevez l'assurance du respect de
« Beaumauchais. *
Je retournai vers une heure chez M. Lebrun. 11 ^ reçut d'un air... qui ^emblait annoncer du chagriu à' tout celui qu'on me donnait... à peu près l'air... dû premier jour (pie je le vis. Cela me rendit attentif, «r c'était un grand cliangemenl.
<( Trônez vos passe-ports, me dit-il, et partez. Ail'^ tiouver 3/. de }laulde de ma part y et faites ensemble y^
MÉMOIRES
ic mieux delà chose, — Et sur quel fondement, monsieur, voulez -vous qu'il m'en croie pour exécuter les devoirs que le traité du \S juillet lui impose, si vous, ministre, qui le mettez en œuvre, ne joignez pas une adhésion tnîièio à ce traité, passé par vos prédécesseurs, en lui donnant l'ordre ministériel de Vexécuter en tout point ? Je n'en ai nul besoin pour moi, mais lui ne marche que sur votre ordre.
— H faut bien qu'il le fasse, me dit vivement le ministre; car ma lettre le lui enjoint : cest le titre luimême que je lui adresse par vous. Jk vais le certifier, en r insérant dans mon paquet. »
Il écrivit en ma présenc e, au bas de Vacle du \S juillet, ce^ mots : Pour copie conforme à l'original. Paris, ce 'lO septembre 1792.
Le ministre des affaires étrangères.
Signé : Lebrun.
— H rouvrit son paquet à M. deMaulde, pour ajouter un post-scriptum relatif à la reconnaissance à l'adhésion et à renvoi qu'il lui faisait du traité du \S juillet.
— Et le cautionnement, lui dis-je, ne le remettez-vous pas ? C'est là le préalable à tout ; et je ne puis partir, si je ne l'emporte avec moi.
— // vaut mieux pour vous et pour moi (me dit-il sans me regarder) que je l envoie à M. de Maulde, puisque, l'affaire étant à nous, cest pour nous qu'il doit le donner ! Soyez sûr quil le recevra avant votre arrivée à la Haye,
Quant aux fonds que l'on vous refuse, ajouta-t-il obligeamment, vous avezraison de vous plaindre, ^hïs si vous avez, pour Unir, besoin de deux cent mille francs 611 même de cent mille écus , je donnerai l'ordre à M. de Maulde de vous les compter sur vos demandes. Il a sept cent mille francs à moi, et je les prends sur ma responsabilité.
Vous me ferez môme plaisir si vous voulez, vous, négociant, sur les notes que je vous remettrai, vous informer du prix des qualités des toiles, etd'autres objets importants, sur lesquels je serai fort aise d'avoir les avis d'un homme sage. Laissez-moi racté et le paquet, et revenez demain matin; je vous les remettrai avec toutes vos notes. — C'est sur la foi, monsieur, de vos paroles que je pars, lui dis-je en le fixant beaucoup. — Vous pourezy compter, dit-il en détournant les yeux. •
J'y retournai le lendemain, 21 septembre ;on m'annonça : le domestique revint, et me remit une simple lettre à l'adresse de M. deMaulde.
— Ix* ministre ne peut vous voir. II vous fait dire, monsieur, démonter au bureau prendre vos passe-ports «»t de partir pour la Hollande. Étonné de la réception: — Mon cher, lui dis-je, demamlez-lui si le traité d'hier est dans la lettre qu'il m'envoie, et s'il a oublié ses notes. 11 entra, et revint, me disant que M. Lebrun nantit pas autre chose à me dire; que le traité était inséié il.ins la lettre, et que je partisse au plus tôt.
Uraro ! me dis-je: aussi vais-je partir ! après autant de jours perdus, sans aucun secours de personne, sans
savoir si j'emporte et l'acte certifié et l'ordre de rexécuter, ou quelque lettre insignifiante comme toutes celles qu'ils écrivent ! Je pris tristement mes passe-ports, et fus trouver une personne qui devait me faire prêter l'argent qui m'était nécessaire ; car je ne comptais plus sur celui de BI. Lebrun.
L'homme me dit : « Monsieur, votre emprunt est « manqué ; l 'on vous regarde comme un homme pho- « scRiT que le gouvernement veut perdre, et les bourses « vous sont fermées. »
Je revins chez moi, où je pris le peu d'or que tout homme sage met en réserve pour les cas imprévus. Les écus que je destinais pour le trésor national, quand on m'aurait remis mes fonds, je les portai chez un banquier, pour avoir un crédit de pareille somme sur la Hollande ; et je partis avec trente mille francs, au lieu des fortes sommes qui m'étaient nécessaires, et quils m'ont si traîtreusement gardées ! Je partis donc, mais non sans avoir fait une protestation contre toutes les horreurs que j'avais éprouvées de nos ministres, et que je voulais déposer cachetée chez mon notaire, pour être ouverte en temps et lieu, en cas de mort ou de malheur. Mais la crainte qu'un acte de dépôt de ce paquet cacheté ne leur donnât, avant le temps, l'éveil sur ma protestation, qui ne devait paraître que dans le cas où le ministre Lebrun manquerait à toutes ses paroles, m'a fait changer d'avis. Je l'ai laissée cachetée sur la table de mon secrétaire fermé, où elle sera trouvée quand on lèvera les scellés qui ont été mis chez moi lors du décret d'accusation. Je demande qu'elle soit ouverte et lue en présence des commissaires qui feront l'inventaire de mes papiers, afin qu'elle devienne authentique.
En attendant je la transcris ici, sur la copie que j'en ai gardée. A Londres, ce 8 février 1793*.
i/fl protestation contre les ministres, déposée cachetée chez M. Dufouleur, notaire, rue Montmartre*.
Ne sachant plus ce que le sort me garde, ni si je réussirai à vaincre les obstacles que des méchants, des traîtres accumulent chaque jour contre l'arrivée en France des fusils dont la nation a tant besoin, et que les Hollandais nous retiennent à Tervère:
Je déclare que les manœuvres qui partirent d'abord de l'intérieur des bureaux de la guerre d'alors sont devenues depuis celles des ministres actuels.
Je déclare que ces ministres ont fait ce qu'ils ont ^u (et n'ont que trop réussi) pour arrêter M. (/e /a Hogue en France, et l'empêcher d'aller en Hollande exécuter la mission que les ministres précédents et trois comités réunis lui avaient donnée, conjointement avec moi, d'aller m' exproprier des fusils à Tervère, et de les livrer pour la nation à M. de Maulde, notre ministre à la
' La publicité de celle cinquième époque de mon mémoire, envoyé d'Anslelerre en février, ayanl été relard«e jusqu'à ce jour il maiï par la dirncullé d'avoir des imprimeurs, et mes >ct^llés ayanl été levés, sans examen ni descriplion de mes papiers, j'ai retrouvé dans mon bureau l'original de ma protestalion, dont je Terai l'usage qui y est indiqué.
* On va voir tout à l'heure pourquoi elle ne fut pas déposée.
MÉMOIRES
Haye, el maivclial de camp, instruit, selon le vœn du huitième article, du traité du 18 juillet 1792.
Je déclare que ces ministres ont supposé un ordre de l'assemblée nationale, lequel n'a jamais exUié; que sur cet ordre supposé, ils ont retenu en France M. la Hoguey mon agent.
Je déclare que le ministre Lebrun, répondant le 16 septembre aux députés des comités militaire el des armes, que l'assemblée lui envoyait pour le presser de me remettre le cautionnement obligé et les fonds nécessaires à la libéi'ation des fusils, leur a solennellement promis que, sous vingt-quatre heures, il me remettrait tout ce qu'il fallait i^our aller libérer et livrer à la nation ces armes à Tervère, et me donnerait le cautionnement promis et les fonds stipulés dans Vacte r/u 18 juillet; que, d'accord ensuite avec les autres ministres, il m'a déclaré que le conseil exécutif me refusait argent et cautionnement: me promettant pour m'engager à partir, que lui Lebrun, y suppléerait des fonds de son département.
Je déclare qu'en vertu de ces menées et de ces refus, je pars sans aucuns moyens pécuniaires, et presque sans espoir de mVn procurer chez l'étranger, mon arrestation à Paris et mon emprisonnement à V Abbaye ayant altéré mon crédit tant en ce pays-ci qu'ailleurs.
Je déclare que je proteste de tout mon pouvoir contre la trahison du ministère actuel, que je le rends responsable envers la nation de tout le mal qu'elle peut entraîner, el qu'en ceci je ne fais qu'exécuter ce dont je les ai sévèrement prévenus dans ma lettre, en forme de mémoire, remise à M. Lebrun le 10 août, cette année, où je lui dis sans ménagement ces mots : « Après vous « avoir expliqué ce qu'un nouveau ministre peut ne pas « deviner, si le ministère va en avant en conlre-carrant « ces données, je suis forcé de déclarer, monsieur, çm'ici cf ma responsabilité finit ; que j^en dépose le fardeau sur « LE POUVOIR EXÉCUTIF, quc j'ai l'honneur d'en pré- « venir.
« J'ai été dix fois accusé : n est-il pan temps que
« je me justifie?... Les ministres ne doivent rien ordonner sans être d'accord avec moi ; ou bien répondre seuls de tout r événement a la patrie, dont les intérêts sont