FINI
Il s'en fallait beaucoup que tout le fût, et nous con-» naissions mal les gens avec qui nous traitions ! Je me suis dit plus d'une fois : Est-ce donc une chose si naturelle et tellement inhérente à la Comédie, de ne pouvoir vivre et prospérer sans piller les auteurs, que des droits bien reconnus, tme discussion profonde, un décompte exact, et enfin un accord signé de tous, ne puissent arrêter cette fureur d'usurper! Et croira-t-on que dans ce même cabinet de M* Gerbier, où nous fondions un accord public sur d'aussi grands sacrifices d'auteurs, et dans le moment même où nous le terminions, on travaillait à minuter sourdement un arrêt du conseil (qu'on se gardait bien de nous communiquer), par les clauses duquel on était bien sûr de regagner sur les auteurs deux fois plus que mes travaux ne venaient de forcer les comédiens de leur restituer?
0 comédiens ! les gens de lettres, qui sont les distributeurs des réputations, se taisent sur votre compte, ou ne parlent pas trop bien devons : comment n'avez-vous su qu'aliéner les seuls hommes capables de vous rendre par leurs écrits ce que le préjugé vous refuse, la considération publique? Vous êtes applaudis comme gens à talent; pourquoi ne voulez -vous pas être loués comme une société de gens honnêtes, la seule chose qu'il vous importe aujourd'hui d'acquérir?
En effet, trois semaines après la signature de l'accord, les aiUeurs apprennent qu*un nouvel arrêt du conseil existe (25 avril 1780). On en fait un grand mystère, et
COMPTE RENDU
ce ne fut que plus d'un mois après qu*il eut été lu à la Comédie que je parvins à en obtenir une copie. On citait entres autres Tarticle 7, dont quelqu'un avait fait le relevé.
f Art. 7. Les sommes au-dessous desquelles les pièces « seront censées être tombées dans les règles demeureront f fixées, covNE elles l'étaient dans l'ancien règlenent, à « douze cents livres pour les représentations d'hiver, et à c huit cents livres pour les représentations d'été... »
Arrêtons-nous un moment : ceci mérite un double examen.
Cet article 7 semblait d'abord n'être fait que pour rappeler, confirmer, donner enfin force de loi à l'usurpation sur les auteurs insérés en 1757 dans un règlement non communiqué, lequel avait abusivement porté la chute dans les règles, de cinq cents livres, où elle était depuis cent ans, à la somme de douze cents livres.
Voilà bien la confirmation d'un règlement secret que l'on veut appuyer en 4780, après vingt-trois ans d'abus, de l'autorité d*un arrêt du conseil.
Usurpation, possession, oubli du principe, et sanction, voilà comment les trois quarts des droits s'établissent.
Mais pourquoi s'arrêter en si beau chemin ? ont dit les comédiens. En coûterait-il plus de sanctionner tout de suite» une autre usurpation nouvelle et du même genre ? Les auteurs sont bonnes gens, essayons ; et l'on a fait ainiii la suite de l'article :
« sans que pour le calcul de ces sommes (douze
« cents livres et huit cents livres) on puisse demander « d'autre compte que cklui de la recette qui se fait a
« r A l'OHTI'.. »
(i'ftiîH, r^'ttephraso n'(\st h confirmation d'aucun artlrh» i^xihlant, d'aunin réglomont quelconque ; ici l'on hmU*h pi<'(lH joints par-(lossu8 la pudeur et l'honnMeté, pour (loiniiT, piMidant qu'on y est, la même sanction d'un miH /i un auln; abns introduit sourdement à la (!(Miii'ilie depuis celui des petites loges.
Aihhi les eonn^diens, assistés de leurs conseils, qui avaient di'jà diminué le sort des auteurs de plus de fiKiilié, en Taisant glissiT en 17r>7, dans le règlement nftiH'oriininniqné, (|ue la eluite dans les régies (alors audehhiMiK de rinq cents livn's) aurait lieu pour l'avenir InrMquf les picce» tonihcraîcnt à douze cents livres de ren'tli^ ; ainsi les emuédiens, dis-je, prolilant de ce que le nilenre, la laililesst^ ou la bonhomie des auteurs avaient laiuhé pahsiT et siibsister cet abus, essayent, en 1780, non r^euleinenl di^ s.nietioinier par un arrtH l'ancien ac- I loissenienl abusil de cinfi cents livres à douze cents li- VI en, mais encore de porter tout d'un coup, par un se- I ond a( ci-oissenient plus abusif, la somme dejdouze cents livreu il celle de deux rnilb? livres ; car douze cents livres prihnh hur la seule recelte de la porte, et huit cents li- VI n. de la recette des petites loges (oubliées dans ce dn iiiii coiiqdi'), lonl tomber les piices dans les règles JM hnu'nt à la somme de deux mille livres de recette f iihi'ir.
Anini (car on ne peut le présenter sous trop de faces)
les auteurs, à qui je venais de faire restituer, par la se vérité de mes calculs, plus d'un tiers de leurs droits usurpés sur le compte abusif de chaque représentatkn, reperdaient tout d'un coup, par cet article d*arrét,siir leurs droits entiers, les deux tiers retranchés du nombre des représentations ; car si, pour tomber dans les régla à douze cents livres de recette, et perdre sa propriété, un auteur avait pu jouir 'du fruit de vingt séances, il n'en devait plus espérer que douze, attendu que dont cents livres sont à deux mille livres de recette coaune vingt représentations sont à douze. Ici la preuve est complète de la plus mauvaise volonté, de quelque put qu'elle vienne; et les gens de lettres auraient dû me regarder comme un lâche complice de cette U6urpatioD,9 je l'avais passée sous silence.
Outré d'une pareille conduite et muni de cet étnnp arrêt, je vais à Versailles (26 avril 1780) faire les pins vives représentations à M. Âmelot. J'explique le motif de ma plainte, et j'apprends que le ministre, étrangeri tous ces détails, avait regardé le projet d'arrêt qu'on loi avait présenté comme le résultat de notre accord avec la Comédie. Eh ! comment le ministre ne s'y serait-ilpas trompé? M. Jabineau, avocat, et conseil de la Gométfie, en apportant le projet à Versailles, avait assuré qnH était minuté de concert avec moi, ce qui l'avait fait apédier sans difficulté.
Non-seulement les conseils de la Comédie l'aiaial assuré au ministre, mais ils en avaient tellement imposé à M. le maréchal de Duras, qu'ils étaient pairenosî lui faire 'écrire à M. Âmelot que cet arrêt était fait de concert avec les auteurs ; tandis qu'il est bien proo^ qu'aucun d'eux n'en avait jamais eu connaissance. On alla môme jusqu'à publier à Paris que j'avais donné les mains ou présidé secrètement à sa rédaction.
Celte ruse tendait à m'attirer les reproches des acteurs, et à me faire abandonner leurs intérêts par l'indignation dune pareille injure.
En effet, mes confrères m'en parlèrent avec araertraw- Ce trait de ma part leur paraissait raccomplissement des avis qu'on leur avait fait donner plusieurs fois, qne je m'entendais avec les supérieurs de la Comédie pour jouer les gens de lettres.
J'avais désabusé le ministre : je désabusai mes coofrères, en souriaQt avec eux de la maladresse de no5*iversaires : et je courus, le 2 mai 1780, chez M. le maréchal de Duras, qui, toujours rempli de son anciemit' bienveillance, et me voyant si bien instruit des raoyeD? qu'on avait employés pour tromper le ministre, voulut bien me dire que la chose n'était pas sans remède, ef que si je lui communiquais mes obsenations sur cet arrêt, il prierait lui-même M. Amelot d'en expédier un autre sur le nouveau plan que je projetterais.
En pareille occasion, perdre un moment eût été (Tniie imprudence impardonnable. Je fis mes observations sur larrôt dans la même journée ; et je pris la liberté detfemander, dès le second jour, un nouveau rendei-TOOsi M. le maréchal de Duras, qui eut Tégard délicat de f» l'accorder pour le lendemain 4 mai. Je m'y rendis, ao-
COMPTE RENDU
compagne de MM. Satirtn, Marmontel et Sedaine^ commissaires, et de MM. Bret^ DucU.Chamfort et Gudin^ nos confrères; car je me faisais un point d*honneur d*ètre la?é devant eux, par Tattestation de M. le maréchal de Duras, de la fausse imputation d'avoir connu un seul moi de cet arrêt injuste avant son expédition.
Ce premier point bien éclairci, nous présentâmes nos observations sur Tarrèt ; et M. le maréchal les trouva si justes, qu*il voulut bien nous réitérer Tassurance de signer la rédaction du nouveau projet d*arrét aussitôt que je l'aurais achevée sur ce nouveau plan^, ajoutant qu'il aTait déclaré la veille, à TAcadémie française, qu'il était Tennemi juré des injustices que les comédiens faisaient aux gens de lettres. 11 n*y eut donc encore que des grâces à lui rendre.
Je revins achever la nouvelle rédaction ; et le 6 mai 1780, jour que M. le maréchal m'assigna pour la lui porter, M. des Entelles, intendant des menus, et deux des premiers comédiens français, MM. Préviile etMonvel, s'étant trouvés comme par hasard chez lui, je le suppliai de les admettre à la lecture que j'allais lui faire du projet d'arrêt, désirant ne rien dissimuler à personne de mes travaux ni de leurs motifs.
A la lecture de l'article 7, le plus important de tous, M. Préville fit une observation qui me force à le rapporter ici tel que je l'avais rédigé.
< Art, 7. Les sommes au-dessous desquelles les pièces seront tombées dans les règles demeureront fixées, comme elles étaient dans l'ancien règlement, à douze cents livres pour les représentations d'hiver et huit cents livres pour les représentations d'été. Bien entendu que, pour ce calcul, toutes les recettes brutes, sans aucune déduction de frais, et sous quelque dénomination que ce soit, rentrent dans la recette brute de la porte, dont elles ont été successivement retranchées. Et cela selon la lettre et l'esprit de l'accord fait entre les auteurs et les comédiens, signé d'eux tous, des premiers gentilshommes de la chambre, approuvé, confirmé par Sa Majesté, et annexé au présent arrêt. »
M. Préville observa donc que, vu l'abondance de la recette ordinaire, si la Comédie était forcée de jouer les pièces nouvelles jusqu'à ce qu'elles tombassent à douze cents livres de recette entière, le public, las de les voir si longtemps, abandonnerait le spectacle : car y ayant déjà huit cents livres de recette par jour en petites loges, aucune pièce ne pouvait plus tomber Tété dans les règles ; et l'hiver elles y tomberaient tout aussi peu, puisque la plus mauvaise pièce donnerait au moins quatre cents livres de recette casuelle à la porte : ce qu'il ne disait pas, ajouta-t-il, pour toucher à la propriété des auteurs, mais afin qu'on cherchât un moyen d'empêcher une pièce usée pour le public de traîner longtemps à la plus basse recette.
Je répondis que la remarque était jusie, et qu'il ne fallait pas que le public souiïrit de la loi qui fixait la propriété des auteurs à un certain taux ; mais que cet inconvénient ne venant que d'une recette constamment abondante, et qui donnait chaque jour un produit as-
suré plus coniidérahle que le» frai» du »pectacle, il y avait un moyen simple de ménager tous les intérêts, qui était de restituer au droit des auteurs, sur le fhiit de chaque représentation, ce que le respect dû au pu* blic forcerait de retrancher sur le nombre des représentations.
Je rappelai encore ici le principe de la chute dans les règles, dont l'esprit n'avait pas été de dépouiller un auteur vivant dans la vue d'enrichir les comédiens ; mais seulement de permettre à ces derniers de cesser de jouer une pièce lorsque la Comédie prouvait à Vauteurque le goût du public était usé sur l'ouvrage, put»qu'elle n'avait fait en recette que »e» frai» deux fois de suite, ou trois fois par intervalle : ce qu'il ne faut jamais oublier.
La chose fut bien débattue; et enfin M. le maréchal me proposa, par esprit de conciliation, de porter à quinze cents livres de recette entière le terme où les comédiens pourraient cesser de jouer régulièrement une pièce nouvelle. Et moi, qui voulais la paix autant que lui, je consentis à ce sacrifice, à cette augmentation de cent écu» en faveur de la Comédie, pourvu que l'auteur conservât son droit de propriété sur sa pièce, s'il plaisait un jour aux comédiens de la reprendre; et ce, tant qu'elle ne serait pas tombée, deux fois de suite à douze cents livres de recette, etc. J'écrivis sur-lechamp au bureau de M. le maréchal cette addition de clause à l'article 7. et elle me sembla le terminer à la satisfaction de tout le monde.
Pendant que je la rédigeais, les deux comédiens français s'entretinrent un moment dans une pièce voisine avec M. le maréchal; et lorsqu'ils rentrèrent, on me demanda si, pour compenser cette conservation de propriété des auteurs, je ne consentirais pas que les pièces nouvelles fussent jouées de deux jours l'un, sans distinction de grands et de petits jours, afin d'aller plus vite, et de représenter par an plus d'ouvrages nouveaux, ce qui plairait fort au public.
On craignait sans doute que je n'acceptasse point la proposition ; car sitôt que je dis que je n'y voyais point d'inconvénient, M. le maréchal me proposa d'y soumettre les auteurs par ma signature, et comme chargé de leurs pouvoirs, etc. Je consentis à le faire, pourvu toutefois qu'on accoutumât le public à ce changement en rompant l'ordre des jours de la Comédie, et donnant sans distinction de grands et de petits jours, pendant trois ou quatre mois, des tragédies ou comédies anciennes, avant de soumettre à cette épreuve les ouvrages nouveaux; ce qui passa pour arrêté.
La rédaction de l'article fut faite tout de suite, et signée de moi pour les auteurs ; elle le fut aussi de M. le maréchal de Duras et de MM . Préville et Monvel pour les comédiens. J'ai celte minute entre les mains; et j'appuie sur ce mot, parce qu'on ne tardera pas à juger de quelle importance cette minute est devenue pour démêler l'intrigue élevée contre ce second arrêt du conseil.
Je fis mettre au net la minute entière du projet de
Tarrét : le 9 mai, j'en portai l'expédition à M. le maréchal de Duras avec cette ininutei pour les confronter ; el M. lemaréchal, après en avoir pris lecture, écrivit de sa main au-dessous du dernier article immédiatement (je dis de sa main) :
• Ce projet ra'ayantété communiqué, je prie M. Amelot de vouloir bien veiller à son exécution, c Paris, ce 9 mai 1780.
« Le NARéCHAL DUC DE DuRAS. »
Et sur-Ie-cbamp au même bureau que M. le maréchal, j'écrivis au-dessous de sa signature :
« Ce projet d'arrêt du conseil ayant été communiqué « à l'assemblée des auteurs dramatiques, ils ont chargé « le soussigné, l'un de leurs commissaires et représen- « tants perpétuels, de supplier M. Amelot de vouloir « bien lui faire donner la plus prompte expédition. • Ce 9 mai 4780.
« Caron de Bbaunarchais. •
Si ce n'est pas là marcher en règle, et conserver tous les égards, je n'ai plus aucune notion de la manière ouverte et franche dont on doit se comporter en affaire importante.
On fit un paquet du fout, qui fut envoyé à M. Amelot, à Versailles ; et M. le maréchal en était si content, que j'obtins, dans c^tte même séance, qu'on livrerait à mes observations un nouveau règlement ignoré des auteurs, et qu'on avait annexé au premier arrêt' secret dont nous venions de réparer les torts, sous l'offre que je fis de n'insister vivement que sur les articles qui intéressaient |>ersonnellement les auteurs.
Ce n'glement me fut remis deux jours après par SI. desEntelles, intendant des menus. Je le trouvoi fait absolument dan<i In même esprit que le premier arrêt du cons^'il non communiqué : partout un dessein formé d'assnrvir les auteurs aux comédiens, d'envahir leurs droits et de les dégoûter du théâtre, comme gens dont on croit n'avoir plus aucun besoin pour vivre agréablement.
Presque tous les articles çn furent refondus sur le modèle du règlement dont on a lu le préambule dans ma première p.irlie ; et le 12 mai 1780, M. le maréchal Duras, foujiiiu's plein de bienveillance, en entendit la lecture devant qu.itorze auteurs dramatiques et l'intendant ou commissaire des menus. Dans cette assemblée, les ar- I ides subirent encore quelques retranchements et additions ; puis on en (it une seconde lecture publique ; et M, le maréchal de Duras, en ayant paraphé tous les bas des pages et additions en marge, arrêta le règlement en ces termes et le signa :
« Arrêté le présent règlement avec toutes les modifi- « calions et augmentations qu'il contient, tant dans le « corps (les articles que dans les marges; et je prie « M. Anieîot (le vouloir bien l'annexer tel qu'il est, ne « v(nii'tin\ à l'arrêt du conseil à l'expédition duquel il « donne ses soins actuellement. Ce 12 mai 1780.
« Lk NAn^.cnAi. DOC de Duras. »
Il est impossible de rien ajouter à la reconn^dssance des auteurs el à la satisfaction qu'en ressentit M. le maréchal ; il porta la grâce et la bonté jusqu'à dire 9ui quatorze personnes qui le remerciaient : Puisque mu êtes contents, messieurs, ce jour est le plus beau de m vie ; et voiu me trouverez inébranlable dans (xs disf^ sitions.
Cet arrêté, ces corrections, ces paraphes, celte signature, et ce que M. le maréchal avait écrit de sa main, a bas de Tarrêt, le 9 mai, et ces procédés touchanls (faB chef respectable de la Comédie, ne doivent pas sortir de la mémoire du lecteur ; on en verra les conséquences avant peu.
Je fîs faire deux copies collationnées de ce réglemot, tel qu'il venait d'être arrêté : Tune fut remise à 1. le maréchal de Duras; j'eus Fhonneur d'envoyer l'autre i M. Amelot, le 13 mai, après en avoir certifié l'exactitude en ces mots, au-dessous de l'arrêté de M. le miréchai de Duras :
Je soussigné, Vun des commissaires et représeniaiàs perpétuels des auteurs dramatiques^ certifie que Toriçtnal du présent règlement, signé, arrêté et paraphée toutes les pages, additions en marge^ par M. le nutrédui duc de Duras, en présence de quatorze députés deUtàtérature dramatique, aujourd'hui 12 mai 1 780, est reàé en dépôt dans mes mains, avec tous les papiers rdaiifti la présente affaire, pour que je puisse répondre de k fidélité de la présente copie, que je certifie conformé Voriginal,
Caron de Beaumarchais.
Je joignis dans le même paquet une copie collatioDnée de l'accord à l'amiable fait entre les comédiens et les auteurs, signé de toutes les parties ; pour être aussi annexée à l'arrêt du conseil que M. Amelot faisait expédier ; et le paquet fut adressé à M. Robinet, avec la lellre suivante:
« A Taris, 15 mai ITSO.
« J'ai l'honneur, monsieur, de vous adresser oneav « pie bien coUationnée et certifiée véritable du règle- « ment fait pour la Comédie française, et une copie fl aussi coUationnée et certifiée de l'accord entre les « auteurs et les comédiens ; pour les deux pièces être « annexées à la minute de Varrêt du conseil donijeads « chargé de vous renouvelei- la demande en double aer pêdHion, lune adressée à M. le maréchal duc Durât, « pour la Comédie, et Vautre adressée à moi pour If « dépôt des auteurs dramatiques. Il ne nous restera que' « des remercîments à vous faire ; et Tordre entier de? « gens de lettres me charge de vous les présenter ff d'avance, et de vous assurer de la très-haute considé- « lion et parfaite reconnaissance avec lesquelles nous <♦ avons l'honneur d'être, etc.
« Caron de Beaumarchais.
• Pour tous les avtettrs dramatiques.
COMPTE RENDU
« M. le maréchal de Ihiras vous renvoie ici le premier « arrêt du conseil pour Tannihiler. »
M. le maréchal de Duras crut devoh* écrire à M. Amelot, de son côté, pour le prier de lui adresser une lettre au nom du roi, par laquelle Sa Majesté défendait à toui les comédiens^ ou autres personnes, de faire aucune observation sur Varrét et le règlement actuels, tels quils venaient de sortir et ordonnait quon eût à les exécuter à la lettre, etc.
N. le maréchal espérait par là se mettra à couvert de nouvelles criailleries de la Comédie : il se trompait.
M Amelot envoya, le 20 mai i 780, une expédition de Tarrèt, en parchemin, à M. le maréchal de Duras, et une autre semblable à moi, pour être conservée au dépôt des auteurs. Il écrivit à M. le maréchal, au nom do roi, la lettre demandée ; et M. le maréchal ordonna sur-le-champ l'impression de Tarrêt du conseil et du règlement y annexé : fen ai vu les dernières épreuves entre les mains de M. des Entelles,
Puis tout à coup voilà les comédiens, les comédiennes, el les avocats leurs conseils, qui accourent chez M. le maréchal de Duras, et qui, malgré la lettre du ministre et la défense qu'elle contenait au nom du roi, le tourmentent sur tous les articles de Farrêt dans lesquels ils se prétendent lésés. M. le maréchal, outré, leur déclare qu'il n*en veut plus entendre parler, et que s'ils ont des observations à faire, ils peuvent s'adresser, s'ils l'osent, au ministre.
Leur douleur amère portait sur ce que les pièces de théâtre, disaient-ils, ne tomberaient plus dans les règles du vivant de leurs auteurs; et de ce qu'ils n'auraient plus la liberté de traiter à forfait, c'est-à-dire d'acheter à fort bon marché les ouvrages qu'on leur présenterait à la lecture.
On conçoit combien M. le maréchal dut être irrité de cette conduite : il me fit inviter, par M. des Entelles, d'en aller raisonner avec lui (le 27 juin). J'eus l'honneur de l'engager de toutes mes forces à écouter les observations des comédiens, parce qu'ils ne disputaient apparemment que faute de les bien entendre, et parce que c'est en quelque sorte altérer In bonté d'un acte, que d'empêcher d'autorité les gens qu'il intéresse d'en discuter la teneur et de la bien éciaircir. J'allai même jusqu'à lui représenter que messieurs ses collègues, moins fatigués que lui, verraient peut-être avec peine les comédiens recourir à une autre autorité que la leur.
« L'article 7, qui les blesse le plus, lui dis-je, ne contient aucune innovation, si ce n'est un sacrifice de trois cents livres paç représentation que vous nous avez en- ^gés de faire à la Comédie pour le bien public, et que nous avons fait. La fin de cet article rappelle uniquement l'état naturel et la loi du droit il'auteur, expliquée dans tout le cours de l'article. Mais comme je venais d'admettre, au nom des auteurs, une restriction de trois cents livres sur nos droits, peut-être agréable au public, certainement utile aux comédiens, mais dom-
mageable à nous seuls, il m'avait paru nécessaire d'ajouter, pour qu'on n'abusât pas de cette restriction, sans que pour cela routeur perde son droit de propriété, pour toutes les fois que les comédiens joueront sa pièce alors mise au répertoire, laquelle ne cessera de lui appartenir que lorsque la recette totale brute, et sans aucune déduction de frais, suivant la spécification de r article 4 de V accord des auteurs dramatiques et des comédiens, sera tombée deux fois de suite, etc., diaprés un règlement contre lequel je renonce à réclamer. Tel est l'article 7 : pouvait-il être plus clair, plus légal et plus modéré? »
M. le maréchal et M. des Entelles en convinrent, et furent si frappés de la clarté de cette explication, qu'ils me proposèrent de voir M* Gerbier chez lui, pour lui démontrer que l'article était simple, et sans aucune innovation que le sacrifice de trois cents livres fait de notre part à la Comédie.
Je répondis que M* Gerbier le savait aussi bien que moi ; que par ces procédés étranges il avait certainement entendu se délivrer de moi et me fermer sa porte ; que néanmoins j'allais l'inviter à se trouver chez M. le maréchal, où je me rendrais moi-même à jour indiqué. Et j'écrivis la lettre suivante à N* Gerbier, le 30 juin 1780:
ff Je ne sais, monsieur, ce que vous pensez de notre « altercas ; mon avis est qu'il ne doit pas y avoir de « bavardage intermédiaire entre ce que je dis de vous « et ce que vous pensez de moi. Je suis prêt à répéter « en votre présence ce que j'ai dit tout haut : c'est « qu'avoir fait un arrêt du conseil et unl:cglement con- « traires aux principes de l'accord que nous terminions « en commun chez vous ; c'est que les avoir faits dans « le temps même où, de concert, nous tâchions de rap- « procher les acteurs et les auteurs, et qu'avoir en-
• voyé cet arrêt et ce règlement au ministre en lui fai- « sant dire et écrire que cela se faisait d'accord avec « moi, à qui Ton n'en avait rien dit, est un procédé
• si étrange, que je n'ai pu m'empêcher d'en être* fort « blessé.
« Or celui qui a fait le règlement et l'arrêt sans m'en « parier, n'est-ce pas vous? Celui qui a dit à M. Robinet M que j'en étais d'accord, n'est-ce pas M. Jabineau, « votre confrère ? Et la personne à qui on l'a fait croire < et qui l'a écrit au ministre, n'est-ce pas M. le maré- « chai de Duras ?
« Dans mon premier ressentiment, j'ai répondu à « ceux qui m'invitaient d'aller chez vous examiner les 1 réclamations de la Comédie, que vous n'aviez pu avoir « d autre intention que de me fermer votre porte en « me traitant aussi mal ; mais comme l'intérêt du M Théâtre-Français me touche beaucoup plus que le i< mien, j'oublie volontiers ce dernier pour ne m'occu- <f per que de l'autre ; et j'ai l'honneur de vous prévenir «i que je dois aller lundi, à onze heures, chez M. le ma- « réchal de Duras, pour agiter de nouveau cette affaire. « Si vous n'avez pas de répugnance à vous y rendre,
COMPTE RENDU
« j^aime mieux la traiter avec vous qu'avec tout autre, «< parce que, bornant ma prétention modeste au seul a honneur d*avoir raison, plus mon adversaire aura de n lumières, moins je craindrai d'être contredit par un « faux ou fol argument, dont le privilège appartient a aux comédiens.
« J ai Thonneiur d'être, avec toute la considération 4 que vous m'avez refusée, etc.
« Garok de Beaumarchais. »
M^ Gerbier m'écrivit en réponse (2 juillet 1780) qu'il ôtait trop accablé d'affaires pour pouvoir entrer dans aucun détail ni vérification de tout ce qui s'était passé. 11 ajoutait : i Si je ne devais aux comédiens mes soins « en qualité d'un de leurs conseils, je renoncerais « tout à fait à me mêler d'une affaire dont il n'aurait « jamais dû être question, après l'accord que j'étais c parvenu à conclure à la satisfaction de MM. les au- « teurs. »
Ainsi M' Gerbier refusait un éclaircissement dont je m'étais bien douté qu'il n'avait pas besoin. Cependant il avait un mémoire tout prêt pour les comédiens ; et, malgré ce qu'on vient de lire dans sa lettre, il avait cependant minuté un troisième arrêt du conseil, destructeur du second, et fait sur le plan du premier, qu'on n'avait pas osé soutenir.
Cependant les comédiens, d'accord avec M^ Gerbier, écrivaient à MM. Saurin et Marmontel, mes confrères, et non à moi, qu'ils avaient ordre de M. le maréchal de Duras de les prier de se trouver ce même lundi chez M' Gerbier, pour travailler à cette affaire.
Poussés ainsi à bout, la Comédie et son conseil fuyaient tant qu'ils pouvaient la clarté que je versais journellement sur leur intrigue ; et, dans l'espoir de séduire ou de tromper deux des commissaires des auteurs qui n'avaient pas suivi leurs démarches aussi sévèrement, ils les invitaient seuls, sans M. Sedaine et sans moi, à une assemblée chez M* Gerbier; ils compromettaient M. le maréchal de Duras, en abusant de son nom pour m' exclure ; et M' Gerbier, qui n'avait le temps (le se mêler de rien, se mêlait de tout ; et l'affaire dont (par sa lettre) il refusait de s'occuper en ma présence le lundi, chez M. le maré'^hal de Duras, il se l)roposait de la terminer en mon absence le même lundi !
Et pour qu'on ne croie pas que j'en unpose sur les petites menées des comédiens, voici leur lettre du 0 juillet 1780, à M. de Mamiontel :
« Monsieur,
« Monseigneur le maréchal de Duras ayant témoigné « à la Comédie qu'il désirait qu'elle pût se concilier u avec MM. les auteurs, et vous ayant indiqué avec « M. Saurin comme devant être les représentants de (f MM. les auteurs dans celte conciliation, la Comédie a « saisi avec empressement ce moyen de rapprochement • « et, par sa délibération de dimanche dernier, en ac- « ceptanl la négociation projetée, elle a ajouté la pro- « position d'un troisième auteur {M, Brei), pour dépar-
ti tager les deux autres en cas de division dans b «( avis.
« D'après cette délibération, MM. du conseil ( c'eK-«- « dire M* Gerbier) m'ont chargé d'avoir rhonneurde ■ vous proposer une première assemblée lundi, à midi, « chez M* Gerbier, quai Malaquais. Je vous prie, moD- « sieur, de me faire savoir si ce jour et l'heure ?» < conviennent, pour que j'avertisse tous ceux qui dgi- • vent se trouver à cette assemblée.
« J'ai l'honneur d'être avec respect, « Monsieur, votre, etc.
« De LA POBTE, « secrétaire de la Comédie française. •
Mes collègues, étonnés d'une inviutioo qu'on aiat eu grand soin de me cacher, se transpcMrtér^ d» M. le maréchal de Duras ce jour même, pour s>xpfiquer sur cette nouvelle intrigue de la Comédie.
« Personne, lui disent-ils, ne sait mieux que tous, monsieur le maréchal, que les travaux el tous les sois de cette affaire ont été confiés à M. de Beaumaràiais conjointement avec nous, qu'il a toutes les pièc^dB procès entre les mains, et qu'il n'est ni décent m possible qu'aucun de nous accepte une assemblée oà Le Beaumarchais ne soit pas appelé. »
M. le maréchal de Duras leur répond qu'il n'i niBe connaissance de la lettre ni de la malhonnêteté des comédiens; qu'il désapprouve infiniment leur coodoitei mon égard, et que cet abus de son nom est une audace dont il doit se ressentir ; que,Join d'écarter M. àt^at marchais delà suite de cette affaire, qu'il traitait depuis trois ans avec lui, il se disposait au contraire à bi écrire, et à l'inviter à la seule assemblée dont il fi question, pour le vendredi d'ensuite, chez M. lenarechal de Richelieu, où l'on tâcherait de rapprocher les esprits et les intérêts de tout le monde.
M. de Marmontel répondit en ces mots à la lettre di secrétaire de la Comédie :
« T juilJd. »
« Je viens, monsieur, d'avoû- l'honneur de voirï.t « maréchal de Duras. L'arrangement qu'il a pris aiec « M. le maréchal de Richelieu lève toute difficullê. i^ « vous prie de dire à MM. les comédiens que, s'ilme^i « possible d'être à Paris le jour de rassemblée, j'ypor- <( terai, ainsi que MM. mes collègues, l'esprit de coo- « corde ou de conciliation qu'on a droit d'attendre de « nous ; persuadé que les intérêts des gens de lettres « et celui des comédiens, bien entendus, n'enctoÏTart « jamais faire qu'un.
« J'ai l'honneur d'être, etc.
« De Marmontel. i
Cependant les comédiens, qui croyaient avoir réussi écarter l'homme dont ils redoutaient le coup d'ail «*tère s'en donnaient le triomphe en"public. Il s répandaient que M. le maréchal de Duras, outré de ce que je l'aies trompé en changeant à mon gré les articles de l'air», venait de me fermer sa porte, et de transmettre i d'i»-
COMPTE RENDU
1res personnes le pouvoir de suivre leur affaire. Beau* coup de gens le croyaient et le répétaient.
Je reçus Tinvitation pour rassemblée du vendredi cbex M. le maréchal de Richelieu, et Ton ne parla plus de celle indiquée chez M* Gerbier. La petite intrigue eut la petite confusion de son petit échec, et quant à la personne qu'on s'était promis d'écarter, elle continua de marcher paisiblement à son but, comme s'il ne fût rien arrivé. Je me rendis; le 14 juillet 1780, chez M. le maréchal de Richelieu, accompagné de MM. Saurin et Sedaine; M. de Marmontel, troisième commissaii^e, étant à la campagne, fut suppléé par M. Brei.
Cependant la Comédie, qui a plus d'une ressource, ue désespérait pas encore du succès ; elle se flattait que, hérissé de calculs et de définitions, toujours à cheval sur les principes, ne pouvant souffrir qu'on en tirât de légères ou fausses conséquences, et devant plaider de- Tanl six grands seigneurs , protecteurs-nés des comédiens, et plus accoutumés à commander d'un geste à la Comédie qu'à suivre une discussion pénible qui eût rapport à elle, j'aurais du dessous, et que je ne tiendrais pas devant l'éloquence parlière, agréable et facile de M* Geii)ier, et de quatre comédiens, tous défenseurs de la même cause.
11 ma paru que le plan de M* Gerbier était de faire IMSser à cette assemblée un troisième projet d'arrêt du conseil, absolument minuté sur le plan de ce premier que mes observations avaient fait évanouir : il le tenait tout prêt dans sa poche.
Mon plan à moi fut de poser un premier principe du droit des auteurs, et de montrer tous les abus qui Tavaient progressivement altéré ; de prouver ensuite que mes travaux, depuis quatre ans, étaient une chaîne de notions déduites les unes des autres, et qui établissaient si lumineusement le droit des auteurs, que les comédiens et leurs conseils avaient été obligés de le reconnaître : témoin l'accord fait à l'amiable entre les auteurs et les acteurs. Les débats durèrent pendant neuf ou dix heures.
Nais, voyant enfin qu'on ne m'entamait pas, on voulut passer outre, et rayer d'autorité ce septième article : le moment était pressant : je protestai contre. On trouva l'acte et le mot peu respectueux pour les supérieurs de la Comédie, on me le dit avec humeur ; et moi, qui ue prenais point le change sur une querelle ainsi détournée de son objet, j'assurai de nouveau tous les grands seigneurs devant qui j'avais l'honneur de parler de mon profond respect ; mais j'sgoutai que le respect dû au rang n'entraînait point le sacrifice du droit, et je continuai de protester contre tous changements quelconques de l'article 7.
Ainsi Tarrèt du conseil du 12 mai 1780, signé Amelot, et dont j'avais reçu de ce ministre l'expédition en parchemin depuis deux mois et demi, fut maintenu par moi dans toute son intégrité, quoiqu'on n'eût cessé dans toute cette séance de le traiter d'arréi subreptice ou surpru, et quelquefois (par bonté pour moi) de simple projet darréi
La discussion ou plutôt le débat s'échauffait, lorsque M* Gerbier, comptant sans doute sur les bontés de M. le maréchal de Duras, se permit de lui dire, en montrant les députés des auteurs avec dédain : Monsieur le maréchal, s*ils ne veulent point de notre arrêt, livrez-nouS" les, ^t laissez faire aux comédiens ; ils vous en rendront bon compte. Cette phrase, très-offensante pour tous les auteurs dramatiques, me ûl monter le feu au visage; je pris la liberté de me lever et de rompre la séance.
En me retirant, je m'aperçus bien qu'on faisait peu de cas de ma protestation, et que, regardant comme arrangé ce qui n'avait pu l'être, on se disposait à faire passer au ministre le projet d'arrêt de M* Gerbier, comme absolument fixé par le consentement unanime des parties.
En conséquence, et pour doimer à ma protestation toute la force dont elle était susceptible, le lendemain, je fis signifier l'arrêt du 12 mai aux comédiens, et je chargeai l'huissier du conseil de leur remettre la lettre suivante :
« Messieurs,
« La signification que je vous fais faire aujourd'hui, c tant en mon nom que stipulant les intérêts des aui leurs dramatiques mes confrères, de l'arrêt du con- « seil d Ëtat du roi, du 12 mai 1780, portant régle- « ment des droits des auteurs dramatiques, n'est point « une déclaration de guerre de ma part ; il n'est aucun « de vous, messieurs, dont j'aie personnellement à me c plaindre, et nul n'aime et n'estime autant que moi le «t beau talent de plusieurs d'entre vous.
« Mais, dans une assemblée tenue vendredi dernier i chez M. le maréchal de Richelieu, les avocats vos « conseils ont paru douter de l'existence de cet arrêt ; « et, dans le cas de son existence prouvée, ils ont été < jusqu'à le qualifier, en votre nom, d'arrêt subreptice « ou surpris,
« Si ces imputations viennent d'une autre cause que « de l'ignorance où vous êtes de l'arrêt, et de la ma- « nière dont il a été rendu, la signification que je vous « en fais faire va vous mettre à portée de poursuivre
• les prétendus auteurs de la surprise faite à Sa Ma- « jesté , dans une affaire qui vous intéresse, ou de dés- « avouer ce propos imprudemment avancé en votre « nom.
• Un autre motif de la signification de cet arrêt est « que les intérêts de plusieurs auteurs et les miens « en particulier souffriraient trop d'une plus longue « inexécution de quelques-uns de ses articles. Comme il 4 y a deux mois et demi qull est expédié et envoyé à «< MM. vos supérieurs et à vous, je demande qu'il soit «' exécuté, sans prétendre vous ôter le droit de repré» a sentation ; et avec le désir sincère de pouvoir adop-
* ter, pour mes confrères et pour moi, tout ce qui sera » proposé pour le rapprochement et la conservation de « nos droits respectifs*
• J'ai l'honneur d'être avec considération, etc.
« GaAO.^ 01 BlàUlUAGiUlB. •
COMPTE RENDU
£d conservant ainsi de mon mieux les droits des auteurs et défendant rarrêl qu'on voulait attaquer, je ne renonçais pas à l'espoir de parvenir à une conciliation raisonnable, je faisais la guerre d'une main en proposant la paix de l'autre.
.Les comédiens furent se plaindre à M. le maréchal de Duras de la signiûcationque je leur faisais faire, comme d'un attentat contre Fautorité souveraine ; et moi, de mon côté, j'eus l'honneur de l'en prévenir pour justifier la précaution que je venais de prendre.
C'est maintenant que je dois expliquer comment cette foule de précautions que j*avais prises lors de la discussion et rédaction de l'arrêt du 12 mai 1780, et dont j'ai prié le lecteur de ne pas perdre la mémoire, sont devenues très-importantes : elles le sont devenues à tel point, que, si j'eusse manqué d'en prendre une seule, je demeurais entaché sous l'accusation bizarre d'avoir fabriqué, transcrit et fait signifier aux comédiens un faux arrêt du conseil et un faux règlement ; puisque, malgré toutes les preuves que j'ai prodiguées du concours de M. le maréchal de Duras à la formation de cet arrêt, de la foule de ses discussions contradictoires, de ses consentements, adhésions, signatures, paraphes sur toutes les pages, lettres au soutien, etc., il passe pour constant, au moment où j'écris, que l'arrêt en parchemin que j'ai fait signifier aux comédiens n'est pas plus le véritable arrêt du conseil que le règlement y ani^exé n'est le vrai règlement discuté, arrêté, signé et paraphé par M. le maréchal de Duras, mais un arrêt et règlement de ma façon, dont jamais M. le maréchal n'a eu connaissance.
On est tenté de me croire en démence, au récit d'une pareille folie , mais on cessera de rire quand on saura qu'entre autres preuves de ce fait, le 8 août dernier, M. le maréchal de Richelieu, dont la bonté pour moi ne s'est jamais démentie, mais auquel M* Gerbier venait à rinstaut d'assurer la vérité de ces accusations, me demanda fort sérieusement si j'attesterais bien par écrit i\ueje n avais rien changé aux minutes des arrêts et règlement signés par son collègue le maréchal de Duras en les faisant signifier aux comédiens !
Je ne sais s*il prit mon étonnement pour de la confusion ; mais, sur ma réponse que je trouvais un peu dur qu'il parût en douter, il me dit que je lui ferais le plus grand plaisir de signer la déclaration, qu'il allait écrire lui-même en mon nom. 11 se mit à son bureau, où il écrivit l'énoncé qui suit :
« L'arrêt dont M. de Beaumarchais demande l'exécu- « t ion est l'expédition fidèle de la minute signée et pa- <' raphée par M. le maréchal de Duras, après discussion a contradictoire, sans qu'on y ait ajouté un seul mot ; « celte minute est entre les mains de M. Amelot ; et « M. le maréchal de Duras aéciit à M. Amelot pour lui « dt^mander une letlre au nom du roi, que M Amelot a « envoyée, et que M. le maréchal de Duras a duns les « mains, par laquelle le roi faildéfense à toute peisomie « de s'opposer à l'exécution de cet arrêt, et même d'y « faire aucune observation ; et M. deBeaunjarchaiscon-
< sent à essuyer le déshonneur public, s*il y a un mol c dans cet exposé dont il ne fournisse la preuve, et sH i a fait sigmiier autre chose que ce même arrjt e& « parchemin, daté du 12 mai 1780, tel qu'il l'a reço de « Amelot, ni fait aucune autre signification ou opp»- « sition. »
M. le maréchal voulut bien m^en faire la lectnie, d me dit, avec un regard de lynx: c Le plus difficile o'é- « tait pas de l'écrire; mais c'est de tous le voir signer « que je suis bien curieux. »
Je pris la plume, et j'écrivis au bas de h déclantion:
Je soussigné certifie tout VexpoMé ci-^euus conform à la plus exacte vérité, et je me dévoue à Vexicratwh fÊblique, «t je nen prouve p<u tout le contettu. 0 t août 1780.
Câeox db Beàcmaecbais.
J'ajoutai de suite au-dessous :
a J*ai de plus entre les mains Toriginal du régiemot « dont l'expédition est aussi remise à M. Amelot, ë. qii i est annexée audit arrêt du IS mai 1780, lequel, dfi- « cuté et rédigé en présence et avec M. le marédul de « Duras, devant quatorze auteurs, est paraphé à toëes « les pages et à tous les renvois, et enfin signé pv « M. le maréchal de Duras. Même date que dessus.
c Garo!i de Beauiurchais. •
Jamais étonnement ne fut égal à celui de M. le ouréchal de Riclielieu, quand il lut ce que j'avais écrit: « Par ma foi, me dit-il, il est absolument impossible de « ne vous pas croire, et dés ce moment je ne doale « plus de rien de ce que vous me direz; mais avooet « qu'il y a, je ne sais de quelle part, une infernale raê «< chanceté dans tout ceci ! » — Doutez encore, je \oii5 prie, monsieur le maréchal, jusqu'à ce que l'honnear de me justifier par les faits ait effacé la honte que je sens d'en avoir eu besoin. Gardez mon écrit, daigna m'en faire délivrer seulement une expédition cerliflée de vous : elle sera mon titre pour mettre au plus grand jour ma conduite modérée, celle des auteurs et leurs droits usurpés, tout ce qu'on a tenté pour se maintenir dans celte usurpation, et leurs procédés pacifiques poor eu obtenir la restitution. Depuis quatre ans, ils m'ont confié leurs intérêts; aucun propos de leur part, lûfmoire, épigramme ou sarcasme, ne leur est échappe: ce n'est faute assurément ni de chaleur, ni de ressentiments légitimes; mais plus ils ont été modérés et p* lieiits, plus il est juste enfin qu'une loi émanée du loi fixe le sort et l'état des auteurs, et les mette à jamais» l'abri de pareilles vexations. — Je suis de votre avis, (lit M. le maréchal ; et je commence à concevoir où vous avez puisé toute la chaleur de votre plaidoyer dans noire dernière assemblée : il n'est pas défendu d'awir un peu de colère quand on est autant outragé.
M. le maréchal me remit la copie de ma déclaralioo, et écrivit au bas :
COMPTE RENDU
ifie que la présente copie est conforme à rori- !é entre mes mains. Ce 12 août 1780.
Le MARéCHAL DE RiCHELIEU.
t part aux auteurs, mes constituants, de ce qui irriver: ils m'ont ordonné de rendre le compte on vient de lire, et qu'il est temps de résumer, d'objets rassemblés ont souvent rompu le iil qu'il importait d'établir ; il faut le renouer en lots.