SCÈNE XI MÉLAC p£be, AURELLY
AURELLT, gaiement.
k t'ai bien désiré tout à Fbeure à l'Intendance ; tu m'aorais m batailler...
MEUC r&RE.
Contre qui?
AURELLY.
<> DOUTeau noble, si plein de sa dignité, si gros d'artmi et si bouffi d'orgueil, qu'il croit toujours se comoMire lorsqu'il salue un roturier.
MÉLAC PERE, distrait.
loins il y a de distance entre les hommes, plus ils sont pointilleux pour la faire remarquer.
AURELLT.
Celui-ci, qui, jusqu'à l'époque de mes lettres de no- \àt<ie, ne m*aTait jamais regardé, s'avise de me com- {4uiif>Dter aujourd'hui d'un ton supérieur : « Je me flatte (m a4-il dit) que tous quittez enûn le commerce avec b roture. »
MiLAC PÈRE, à part.
Ah! dieux!
AURELLT.
ijuoi?
M^LAC pftRB» l'efforçant de rire.
ie crob TeDleodre.
AURELLT.
« AU contraire, monsieur, ai-je répondu ; je ne puis mieux reconnaître le nouveau bien que je lui dois, qu'en continuant à l'exercer avec honneur. »
MÉLAC PÈRE, embarrassé.
Âh! mon ami, le commerce expose à de si terribles revers !
AURELLT. . .
tu m'y fais songer : l'agent de change ne s'explique pas ; mais, à son air, je gagerais que le payement ne se passera pas sans quelque banqueroute considérable.
MÉLAC PÈRE
Je ne vois jamais ce temps do crise, sans éprouver un serrement de cœur sur le sort de ceux à qui il peut être fatal.
AURELLT.
Et moi, je dis que la. pitié qu'on a pour les fripons n'est qu'une misérable faiblesse, un vol qu'on fait aux honnêtes gens. La race des bons est-elle éteinte pour...?
MÉLAC PÈRE
Je ne parle point des fripons.
AURELLT, avec chaleur.
Les malhonnêtes gens reconnus sont moins à craindre que ceux-ci : l'on s'en méûe ; leur réputation garantit au moins de leur mauvaise foi.
MÉLAC PÈRE
Fort bien : mais...
AURELLT.
Nais un méchant qui travailla vingt ans à passer pour un honnête homme porte im coup mortel à la confiance, quand son fantôme d'honneur disparaît : l'exemple de sa fausse probité fait qu'on n'ose plus se fler à la véritable.
MÉLAC PÈRE, douloureusement.
Mon cher Âurelly, n'y a-t-il donc point de faillites excusables? 11 ne faut qu'une mort, un retard de fonds, il ne faut qu'une banqueroute frauduleuse un peu considérable, pour en entraîner une foule de malheureuses.
AURELLT.
Malheureuse on non, la sûreté du commerce ne permet pas d'admettre ces subtiles diflërences : et les faillites qui sont exemptes de mauvaise foi ne le sont presque jamais de témérité.
MÉLAC PÈRE
Mais c'est outrer les choses, que de confondre ainsi...
AURELLT.
Je voudrais qu'il y eût là-dessus des lois si sévères, qu'elles forçassent entin tous les hommes d'être justes.
Eh! mon ami, les lois contiennent les méchants sans les rendre meilleurs; et les mœurs les plus pures ne peuvent sauver un honnête homme d'un malheur imprévu.
AURELLT.
Monsieur, la probité du négociant importe à trop de gens, pour qu'on lui fasse grâce en pareil cas.
LES DEUX AMIS, ACTE I, SCÈNE \m.
MÉLAC PÈRE
Mais écoutez-moi.
ÀURELLT.
Je vais plus loin. Je soutiens que Thonneur des autres est engagé à ce que celui qui ne paye pas soit flétri publiquement.
XÉLÂG PÈRE, mettaDtses mains sur son visage.
Ah! bon Dieu!
AURELLT.
Oui, flétri. S*il est malheureux, entre mourir et paraître indigne de vivre, le choix est bientôt fait, je 'crois. Qu*il meure de douleur; mais que son exemple terrible augmente la prudence ou la bonne foi de ceux qui Tout sous les yeux.
MÉLAG PÈRE, 6* échauffant.
Vous condamnez, sans distinction, à Topprobre un infortuné comme un coupable?
Je n*y mets pas de difTérence.
HÉLAG PÈRE.
Quoi ! si Tun de vos amis, victime des événements...
AURELLT.
Je serais son juge le plus sévère.
MÈLAC PÈRE, le regardant fiiement
Si c'était moi?
AURELLT.
Si c'était toi?... Son air m'a fait trembler.
xéLAC PÈRE.
Vous ne répondez pas?
' AURELLT, fièrement.
Si c'était vous?... (Ayec effusion.) Mais premièrement, tu n'es pas négociant : et voilà comme tu fais toujours; quand tu ne peux convaincre mon esprit, tu attaques mon cœur.
MéLAC PÈRE, & part.
Oh ciel ! comment lui apprendre... •