LES DEUX AMIS, ACTE II. SCÈNE X
SAIKT-ALBAIf.
Jamais il ne perdra cette belle chaleur.
AURELLT.
Et tout Tor que la guerre disperse, messieurs, qui le fait rentrer à la paix ? Qui osera disputer au commerce llionneur de rendre à l'État épuisé le nerf et les richesses qu'il n'a plus? Tous les citoyens sentent l'importance de cette tâche : le négociant seul la remplit. Au moment où le guerrier se repose, le négociant a le bonheur d*ètre à son tour l'homme de la patrie.
SAIKT-ALBAN.
Vous avez raison.
ADRELLY.
Mais laissons cette conversation, monsieur : qui vous ramène sitôt en ville ?
8AINT-ALBAN.
Probablement le même objet qui faisait partir monsieur de Nélac. Ma Compagnie me rappelle ; elle me charge... Vous permettez que nous traitions devant vous...
Tous VOUS moquez ! Pour peu que...
8AI!(T-ALBAN
11 n'y a point de mystère. L'objet de ma mission est de rassembler tous les fonds de cette province épars dans les caisses de nos divers receveurs, et de les laire pa^ser sur-le-champ à Paris.
NÉLAC PÈRE, à part.
<)u'entends-je ?
ACRELLY.
Ce n'est pas l'affaire d'un moment.
SAlKT-ALBAIf.
J*avais d'abord cru l'opération plus pénible : mais j'ai appris, dans ma tournée, que j'avais des grâces à rendre à l'exactitude de monsieur de Mélac : il m'a sauvé les trois quarts de l'ouvrage.
MÉLAC PÈRE» interdit.
Monsieur...
AURELLY.
\h ! vous pouvez vous flatter, messieurs, que vous o'avei pas beaucoup de receveurs de celte fidéUté : il est exact et toujours prêt. 11 ne fait pas travailler vos fonds, lui !
SAINT-ALBA!!
Nous estimons trop monsieur de Mélac pour lui faire un mérite d'une chose aussi simple. Commençons donc par envoyer cet argent si désiré. Alors, dégagé de tous soins, je pourrai jouir du plaisir de philosopher quel-
<|lies jours avec vous. iXélac pèro parait plongé dans une pmfoode rêverie. Saint-Alban continue à Aurelly.) A propOS,
monsieur, vous ne me dites rien de mademoiselle votre oicce, la plus aimable...
AURELLV.
Monsieur, il lui est arrivé un grand malheur.
8A15T-ALBAX.
lo malbeiur I
AURELLY.
Oui, monsieur. Elle avait arrangé pour ce soir le plus beau, le plus brillant concert...
SAlNT-ALBAN.
Qui peut avoir renversé ce charmant projet î
AURELLY.
Faut-il le demander ? notre philosophe. Il nous a remontré qu'en ce temps de crise mille honnêtes gens étaient peut-être au désespoir sur les payements, et que ce ton de fête... Voyez son air consterné dès qu'on en parle.
MÉLAC PÈRE, reyenant à lui.
Je... je rêvais aux diverses sommes qui m'ont été remises.
SAINT-ALBAM.
J'ai l'état ici. Environ cinq cent mille francs. Voulezvous que nous passions dans votre cabinet ?
NÉLAC PÈRE, enibarravé.
Si vous VOUS reposiez quelques joiu's ?
Eh mais ! tu pars !
MÉLAC PbRË, plus troublé.
Je différerais...
SAINT-ALBAN
Ail I bon Dieu, me reposer ! Il y a cinq nuits que je n'arrête point ; et ce n'est qu'après m'ètre bien assuré que tous les fonds de la province étaient en vos mains, que j'ai repris ma route pour cette ville.
NÉLAC PÈRE, à part.
Tout est perdu *
SAINT -ALBAN, d*un too dégagé.
Je suis d'une paresse... Tennemi juré du travail. J'ai toutes les peines du monde à m'arracher à l'inaction, pour m'occuper d'affaires ; mais aussi, quand je suis lancé, je ne m'arrête plus que tout ne soit terminé. 11 est assez plaisant que cette impatience d'être oisif me tienne lieu du jnérite contraire aux yeux de ma Compagnie.
AURELLY.
Moi, je vous conseille de vous enfermer avant le diner ; la diligence part cette nuit, vous pourrex y placer le caisson.
SAINT-ALBAN
C'est bien dit.
AURELLY.
S'ils font les difficiles, ils ont un fort ballot à moi ; votre argent prendra sa place : il est plus pressé que mon envoi.
Rien de plus obligeant.
AURELLY.
Allons, allons, débarrassez-vous la tête.
NÉLAC PKRE, outré, à Aurelly.
Et vous... n'embarrassez pas la vôtre, mon ollicieux ami.
AURELLY.
Comment donc I