‹ Œuvres complètes de Beaumarchais, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 134 sur 356 · ACTE V, SCÈNE III. 2o · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. 2o

perruque ; en frémissant je m'évertue. Il s'élève une question sur la nature des richesses ; et comme il n'est pas nécessaire de tenir les choses pour en raisonner, n'ayant pas un sol , j'écris sur la valeur de l'argent et sur son produit net ; aussitôt je vois , du fond d'un fiacre y baisser poiir moi le pont d'un château fort , à l'entrée duquel je laissai l'espérance et la, liberté, (n se lève.) Que je voudrais bien tenir un de ces puissans de quatre jours j si légers sur le mal qu'ils ordonnent , quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil! Je lui dirais.... que les sottises imprimées n'ont d^mportance qu'aux lieux où \<m en gène le cours ; que sans la liberté de bUmer, il n'est point d'éloge flatteur; et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. (U se nttsied.) Las de nourrir un obscur pensionnaire^ on me met un jour dans la rue; et comme il faut dîner ^ quoiqu'on ne soi); plus en prison , je taille encore ma plume , et demande à chacun de quoi il est question : on me dit que pendant ma retraite économique il s'est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions^ qui s'étend même à celles de la presse; et que y pourvu que je ne parle en mes écrits y ni de l'autorité^ ni du culte, ni de la politique, ^i de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni do l'Opéra , ni des autres spectacles , ni de personne qui tienne à quelque chose , je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiler de cette douce liberté, j'annonce un écrit périodique , et , croyant n'aller sur les brisées d'aucun autre, je le nommQ journal inutile. Pou -ou! je vois s'élever contre moi mille pauvres diables à la feuille; on

ao4 LE MARIAGE DE FIGARO.

me supprime ; et me voilà derechef sans emploi ! — Le désespoir m'allait saisir; on pense à moi pour une place; mais par malheur j'y étais propre : il fallait un calcukteur, ce fut un danseur qui l'obtint. Il ne me restait plus qu'à voler ; je me fais banquier de Pharaon : alors, bonnes gens ! je soupe en ville , et les personnes dites comme il faut m'ouvrent poliment leur maison , en l'etenant pour elles les trois quarts du profit. J'aurais bien pu me remonter; je commençais même à comr- / prendre que, pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi en exigeant que je fusse honnête , il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde ; et vingt brasses d'eau m'en allaient séparer, lorsqu'un Dieu bienfaisant m'appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais ; puis laissant la fumée aux sots qui s'en nourrissent, et la honte au milieu du chemin , comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville , et je vis enfin sans souci. Un grand seigneur passe à Séville; il me reconnaît, je le marie ;^ et pour prix d'avoir eu par mes soins son épouse, il veut intercepter la mienne! intrigue, orage à ce sujet. Prêt à tOBfiber dans un abîme, au moment d'épouser ma mère, mes parens m arrivent à la file, (il se lève en s*échauffant.) On se débat; c'est vous, c'est lui, c'est moi, c'est toi; non, ce n'est pas nous ; eh mais ! qui donc ? ( il retombe assis. ) O bizarre suite d'événemens ! Comment cela m'est - il arrivé ? Pourquoi ces choses et non pas d'autres ? Qui ks a fixées sur ma tête? Forcé de parcourir la route oii je suis entré sans le savoir, comme j'en sortirai sans le vouloir , je l'ai jonchée d'autant de fleurs que ma gaielé

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