ACTE V, SCENE VI
LA COMTESSE à part.
Le petit page !
GHiRUBIIC s'arrête.
On se promène ici; gagnons vite mon asile , où la' petite Fanchette.... C'est une femme!
LA COMTESSE écoute.
Ah ! grands dieux !
CHjSrUBIX se baisse en regardant de loin.
Me trompé-je ? à cette coiffure en plumes qui se dessine au loin dans le crépuscule, il me semble que c'est Suson.
LA COMTESSE à part.
Si le comte arrivait !...
(Le comte parait dans le fond.) CHÉRUBIIV' s'approche et prend la main de la comtesse, qui se défend.
Oui j c'est la charmante fille qu'on nomme Susanne ! £h ! pourrais-je m'y méprendre à la douceur de cette main, à ce petit tremblement qui l'a saisie, surtout au battement de mon cœur !
( Il veut y appuyer le dos de la main de la comtesse ; elle la retire.)
LA COMTESSE b^s.
Allez- vous-en.
CHIÉRUBIN.
Si la compassion t'avait conduite exprès dans cet endroit du parc , où je suis caché depuis tantôt.
LA COMTESSE
Figaro va venir.
LE COMTE , s'avançant, dit à part.
N'est-ce pas Susanne que j'aperçois ?
CHlÉRUBIir à la comtesse.
Je ne crains point du tout Figaro , car ce n'est pas lui que tu attends.
ao8 LE MARIAGE DE nOARO. "
LA COMTESSE
Qui donc ?
LE COMTE à part.
Elle est avet quelqu'un.
GH^ÉRUBIN.
C'est monseigneur, friponne, qui t'a demandé ce rendez*>vous ce matin., quand j'ëtais derrière le fauteuil.
LE COMTE à part, avec fureur.
C'est encore le page infernal !
FIGARO à part '>
On dit qu'il ne faut pas écouter !
• SUSANKE à part.
Petit bavard !
LA COMTESSiS au page.
Obligez^moi de vous retirer.
CHÉRUBm.
Ce ne sera pas au moins sans avoir reçu le prix de mon obéissance. '
LA COMTESSE effrayée.
Vous prétendez ?
GHlBRUBIir avec feu.
D'abord vingt baisers pour ton compte, et puis cent pour ta belle maîtresse.
LA COMTESSE
Vous oseriez ?
GHéRUBIN.
Oh que oui ! j'oserai : tu prends sa place auprès de monseigneur , moi celle du comte , auprès de toi ; le plus attrapé, c'est Figaro.