‹ Œuvres complètes de Beaumarchais, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 19 sur 356 · ACTE I, SCENE VH · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VH

CHÉRUBIN vîvemenU

Son ruban de nuit! donne-le-moi, mon cœur.

SUSANNE le rttirant.

Eh! que non pas ! — Son cœur! Comme il est familier donc ! Si ce n'était pas un mcweux sans conséquence.

(Chérubin arrache le ruban.) Ah ! le ruhan !

CHIÉRUBIN tourne autour du grand fouteufl.

Tu diras qu'il est égaré, gâté; qu'il est perdu. Tu diras tout ce que tu voudras.

sus ANNE tourne après lui.

Oh ! dans trois ou quatre ans , je prédis que vous serez le plus grand petit vaurien !.... Rendez-vous le ruban ?

( Elle veut le reprendre. ) CHlÉRUBIIf tire une romance de sa poche.

Laisse, ah! laisse-le-moi, Suson; je te donnerai ma romance; et pendant que le souvenir de ta belle maîtresse attristera tous mes momens, le tien v versera le seul rayon de joie qui puisse encore amuser mon cœur.

SUSAIï^IfE arrache la romance.

Amuser votre cœur, petit scélérat! vous croyez parler à votre Fanchette ; on vous surprend chez elle ; et vous soupirez pour madame; et vous m'en contez à moi par-dessus le marché !

CHÉRUBIN exalté.

Cela est vrai , d'honneur ! je ne sais plus ce que je suis; mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agitée; mon cœur palpite au seul aspect d'une femme; les mots amour et volupté le font tressaillir et le troublent. Enfin le besoin de dire à quelqu'unye vous aime est devenu pour moi si pressant, que je le dis tout seul, en courant dans le parc , à ta maîtresse , à toi , aux ar-

bres, aux nuages, au vent qui les emporte avec mes paroles perdues. — Hier je rencontrai Marceline....

SUSANITE riant.

. Ah ah ah ah^

CHERUBIN.

Pourquoi non ? elle est femme ! elle est fille ! une fille ! une femme ! ah ! que ces noms sont doux ! qu'ils sont intéressans !

SUSANNE

Il devient fou!

CHÉRUBIN

Fanchette est douce; elle m'écoute au moins; tu ne Tes pas, toi!

SUSANNE

C'est bien dommage; écoutez donc monsieur!

(File veut arracher le ruban; ) CHERUBIN tourne en fuyant.

Ah ! ouiche ! on ne l'aura , vois-tu , qu'avec ma vie. Mais, si tu n'es pas contente du prix, j'y joindrai mille

baisçrs. (U lui donne chasse à son tour.)

SUSANir^E tourne en fuyant

Mille soufflets si vous approchez. levais m'en plaindre à ma maîtresse; et , loin de supplier pour vous , je dirai moi-même ^ monseigneur: C'est bien fait, monseigneur; chassez -nous ce petit voleur; renvoyez à ses parens un petit mauvais sujet qui se donne les airs d'aimer madame, et qui veut toujours m'embrasser par contre-coup.

CHERUBIN voit le comte entrer; il se jette derrière le fauteuil avec

effroi.

Je suis perdu !

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