SCÈNE XVI
LE COMTE , LA COMTESSE rentrent dans la chambre. LE COMTE , une pinoe & la main qu*il jette sur le fauteuil.
Tout est bien comme je l'ai laissé. Madame, en m'ex« posant à briser cette porte, réfléchissez aux suites : encore une fois voulez-vous l'ouvrir?
LA COMTESSE
Ehl monsieur, .quelle horrible humeur peut altérer ainsi les égards entre deux époux ? Si l'amour vous dominait au point de vous inspirer ces fureurs, malgré leur déraison , je les excuserais ; j'oublierais peut-être
io6 LE MARIACiE DE FIGARO.
en faveur du motif ce qu'elles ont d'offensant pour moi. Mais la seule vanité peut - elle jeter dans cet excès un galant homme ?
LE COMTK.
^ Amour ou vanité, vous ouvrirez la porte; ou je vais à rinstant....
LA COMTESSE au-devant.
Arrêtez, monsieur, je vous prie. Me croyez- vous capable de manquer à ce que je me dois ?
LE COMTE
Tout ce qu'il vous plaira, madame; mais je verrai qui est dans ce cabinet.
LA COMTESSE effrayée.
Eh bien! monsieur, vous le verrez. Ecoutez-moi.... tranquillement.
LE COMTE
Ce n'est donc pas Susanne.
LA CbMTESSE timidemeni.
Au moins n'est-ce pas non plus une personne.... dont vous deviez rien redouter... Nous disposions une plaisanterie.... bien innocente, en vérité^ pour ce soir.... et je vous jure.... ,
LE COMTE
Et vous me jurez ?
LA COMTESSE
Que nous n'avions pas plus de dessein de vous offenser l'un que l'autre.
LE COMTE TÎtc.
L'un que l'autre! c'est un homme?
LA COMTESSE
Un enfant, monsieur.