‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 20 sur 285 · LIVRE PRKIHKR · texte numérisé non relu

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passe sous silence d'autres aventures de ce genre, malgré l'attrait qu'elles peuvent offrir; mais je préfère m1 occuper démon art, pour lequel j'ai entrepris d'écrire, et ce sujet ne me fournira que trop à parler.

Bien que je fusse poussé par une honnête émulation à produire quelque pièce d'orfèvrerie qui égalât ou même surpassât celles de l'habile Lucagnolo, je ne renonçai jamais néanmoins à la joaillerie. Ces deux arts me rapportaient beaucoup de profit et encore plus d'honneur; dans l'un et dans l'autre je faisais continuellement des ouvrages qui ne ressemblaient à aucun de ceux de mes concurrents.

A cette époque il y avait à Rome un vaillant homme de Permise, nommé Lautizio (1). 11 n'exerçait qu'un seul art, mais aussi il y était unique au monde. — Chaque cardinal, à Rome, a nn cachet où sont gravées ses armes , accompagnées de nombreuses figures. Ces cachets sont à peu près de la dimension de la main d'un enfant de douze ans. Lorsqu'ils sont bien faits, ils se payent cent écus, et même plus. Je portais une louable envie au talent que Lautizio déployait dans ce genre de travail, qui cependant a si peu de rapports avec les autres branches de l'orfèvrerie, comme le prouvait, du reste, ce Lautizio, qui ne savait faire que des cachets. Je me livrai donc à l'étude de cet art, où je rencontrai d'énormes difficultés; mais, sans jamais me laisser rebuter par la fatigue, je travaillai sans relâche à profiter et à apprendre.

Il y avait encore à Rome un autre éminent artiste , Milanais de nation , que l'on appelait messer Caradosso (2). 11

<li Beavenuto parte au long de ce Leutitio dans le chapitre VI de sou Traité d* FOrfimrie, que 1*ob trouve dans le volante suivant. L. L.

\i) Ambrogio Foppa, aornommé Csradosso, naquit k Parie. H apportait à tes ouvrage* a* mîb eitraordinaire , mais aussi une lenteur extrême. Un jour, un aeignear espagnol , in** de ee qu'il ne loi livrait point an bijoa è IVpoqae convenue , l'appela Cara de Oa», c'est-à-dire visage d'oara. Foppe , qui ne comprenait point l'espagnol , trouvant ee ■em aarmnuenf , te l'appliqaa. Il loulet entoile le quitter, lorsqu'il en apprit la sîgni- Scanea ; mais il tait trop tard : ses eompalriolea le lai eonserrèreut malgré loi. L'his-

m MEMOIRES DK BKNVENUTO CELLINI.

faisait de petites médailles ciselées et quantité d'objets du même genre. Il exécuta, en outre , quelques Paix en demirelief, et des Christs de la dimension d'Un palme, en plaques d'or très-minces et d'un travail si admirable, que je le considérais comme le plus grand maître que j'eusse jamais vu dans son art : aussi étais-je jaloux de lui plus que de tout autre. A Rome se trouvaient encore quelques graveurs de médailles en acier, vrais guides et modèles de ceux qui veulent exceller dans la gravure des monnaies. Ce fut avec une ardeur extrême que je cherchai à me rendre ha* bile dans toutes ces différentes professions. Je ne négligeai pas davantage le bel art d'émailler, que je ne vis jamais bien pratiqué que par un de nos Florentins, nommé Amerigo (1). Je n'ai pas connu cet artiste personnellement, mais j'ai été à même d'admirer ses merveilleux ouvrages. Selon moi, personne au monde n'a jamais approché de leur divine perfection. Les travaux de l'émailleUr sont d'une difficulté extrême j car , pour les mener à fin , il faut les soumettre à l'action du feu, qui souvent les gâte et les détruit totalement. Néanmoins, je m'appliquai aussi de tout mon pouvoir à cet art. Mon apprentissage fut rude; mais j'y prenais tant de plaisir, que les difficultés mêmes me semblaient un délassement, grâce à un don particulier de l'auteur de la nature, qui m'avait doué d'une constitution si bonne et ai robuste^ que je pouvais, sans en abusée, faire tout ce qui me plaisait. Les professions dont je viens de parler différent tellement entre elles, que celui qui excelle dans l'une ne va presque jamais aussi loin dans l'autre. Quant à moi,

loirc mrme ne le désigne jamais autrement. Il est cité comme on artiale do pis* haut talent par Vaaari , Vit dn Frnncin „ t. III , p. «la ; et lie du Bramante, t. IV, p. Aft: I.e* médailles de Bramante , de Trivoliio et de Galeasso Sforsa sont les seule» que l'on connaisse de lui aujourd'hui. Dans son Traité Ht fOr/èrrerie , rhap. V, Cellini parie an long de Caradosso et de ses ouvrages. L. I«.

(I) Renrenuto parle encore avec grand éloge do cet Amerigo dans son Trmité d'Orftvrrrir. !.. !..

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